Sommaire

Fermer Petite bibliothèque

Fermer Les origines du village


L'abécédaire d'Épehy

Fermer Le village

Fermer Les champs

Fermer Instantanés

Fermer À propos de...

Fermer Au fil des ans...

Fermer Galerie de Portraits

Fermer 1914-2014, le centenaire

Fermer Courrier des Lecteurs

Recherche



Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
Captcha
Recopier le code :
19 Abonnés
Annuaire de liens
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Record de visites

   visiteurs

Le 10/03/2013 à 04h08

À propos de... - L'Affaire d'Épehy

À propos du livre : "The Epehy Affair"

Étonnant ! Voilà que notre petit village fait le titre d'un roman récemment publié en Angleterre : "The Epehy Affair", l'Affaire d'Épehy, aux Éditions Olympia Publishers, 340 pages, Londres, avril 2009.
Pourquoi donc un auteur britannique, Geof Willis, s'intéresse t-il ainsi à nous aujourd'hui et qu'est-ce que cette "Affaire" à laquelle Épehy serait lié ?

La photo de couverture du livre (Fig.1) nous renseigne immédiatement sur l'époque dont il s'agit : elle représente la tombe d'un soldat anglais de la Première Guerre mondiale qui, si le roman dit vrai, se trouve au cimetière britannique de la Ferme du Bois, celle du SECOND LIEUTENANT A.S. MC LAREN, 7TH BN. LONDON REGIMENT, 18TH SEPTEMBRE 1918. L'auteur nous prévient d'ailleurs que tous les personnages de ce roman sont fictifs, sauf un seul, le Second Lieutenant A.S. McLaren.

Fig. 1. La tombe du Second Lieutenant McLaren (photo de couverture, ouvrage cité).
Fig.1. La tombe du Second Lieutenant McLaren (photo de couverture, ouvrage cité).

La pierre tombale porte la date du 18 septembre 1918 : c'est précisément, comme nous l'a rappelé Gérard Delauney (commentaire de l'article "Malassise") le jour de l'offensive qui a marqué le début de la "bataille d'Épehy", bataille qui devait confirmer l'usure de la résistance allemande et annonçait la fin prochaine de cette longue guerre. Le sous-lieutenant McLaren y trouva la mort1.
"L'Affaire" est donc très clairement située dans l'espace (Épehy) et dans le temps (18 septembre 1918), mais de quoi s'agit-il ?
 

Un long suspens...
Il faut reconnaître que le lecteur est soumis à un très long suspens avant d'être pleinement informé sur la nature de cette "affaire". En effet, une fois passées la page de titre et sa photo, tout le roman se déroule en Angleterre et le mot "Épehy" n'apparaît pour la première fois qu'à la page 293 (sur un total de 339) : voilà une attente on ne peut plus frustrante, surtout pour un lecteur Épéhien !
Le personnage principal du roman se prénomme James et nous ne saurons son nom de famille que vers le milieu du roman : Godwin. Mais il déclare s'appeler John Hart et, par la suite, prendra aussi le prénom de Edward. C'est donc un homme qui se cache, et qui fuit. Notre première rencontre avec lui se place dans une gare de Londres : le 20 mai 1919, il prend, à Paddington Station, un billet de train pour la ville de Bath, à plus de 150 km à l'ouest de la capitale, non sans voir auparavant échangé dans les toilettes son uniforme militaire contre des vêtements civils. Caractéristiques : grand, jeune (une vingtaine d'années), une instruction supérieure à la moyenne, et il boite, souffrant apparemment d'une infirmité au niveau du genou. L'homme qui l'accompagnait jusque là, Jimmy, le quitte alors en emportant l'uniforme dans un sac.
James se cache et fuit. En réalité, il descendra du train avant Bath, en sautant imprudemment sur la voie lors d'un ralentissement, pour se rendre au petit village nommé Colerne dans la région d'élevage des Cotswold Hills.
Ce village est, en fait, le lieu de naissance de l'auteur du roman, un lieu dont il a visiblement gardé la nostalgie. Il sait nous le décrire dans les moindres détails, nous montre de façon attachante la vie quotidienne de ses habitants, raconte des scènes ou des anecdotes qui sont très probablement des souvenirs d'enfance et nous peint longuement un tableau quelque peu idyllique de la campagne environnante au début de ce 20° siècle.

Fig. 2. Un village dans les Cotswolds (photo Internet).
Fig.2. Un village dans les Cotswolds (photo Internet).

Pourquoi James s'est-il arrêté à Colerne ? À ceux qui le lui demandent, il dit rechercher un ami connu autrefois, mais qui semble ne plus y être et dont, d'ailleurs le nom qu'il en donne ne dit rien à personne. Visiblement, là encore il fabule et cache la véritable raison de son voyage.
Pour vivre, il cherche et exerce différents emplois, dans l'agriculture, et notamment dans une ferme d'élevage laitier, celle des O'Dell dont le plus jeune fils a disparu à la guerre. Les habitants s'étonnent que ce citadin, vu son niveau d'instruction, accepte de tels emplois mais aussi qu'il en démissionne rapidement pour changer constamment de lieu, et finalement se fait embaucher dans les petites villes de la région, notamment dans une grande pêcherie dont le patron verrait volontiers en lui son successeur et son gendre. Mais il ne se fixe jamais, sans cesse il se déplace et se cache, et l'on apprend peu à peu qu'il est recherché par la police militaire. Pourquoi ?

Le tragique épisode de la bataille d'Épehy
Rendons nous sans plus attendre à la fin du roman pour une première approche de cette "affaire".
Surprise : James ne se prénomme pas James (ni John, ni Edward...), mais Robert, et James est le prénom de son frère ainé, connu comme Jimmy. Pourquoi cette usurpation d'identité ? Laissons "James" raconter son histoire :
"Un jour du début novembre 1917, j'étais à la maison, au retour de l'école (…). Le facteur est arrivé avec une lettre, une enveloppe brune, adressée à Jimmy. Je l'ai regardée un bon moment. Je ne supportais pas l'idée que Jimmy soit envoyé en France, les nouvelles qui en provenaient n'étaient jamais bonnes. J'ai ouvert la lettre et, comme je m'en doutais, c'était sa feuille de route. Il devait partir avant la fin du mois. J'en ai parlé à des amis dont les frères étaient partis en France et ils m'ont dit qu'il valait mieux se porter volontaire et intégrer un régiment de son choix plutôt qu'être affecté là où le voudrait le ministère de la Guerre.
J'ai pris la décision d'y aller moi-même et de ne rien dire à personne. Avec les papiers de Jimmy, je suis allé me renseigner à Bedford Square, le quartier général du 12° Bataillon du London Regiment. On les appelait aussi les Rangers. Ils me donnèrent une date de convocation. Un matin, très tôt, j'ai quitté subrepticement la maison avec toutes les affaires nécessaires et j'ai rejoint le régiment.

Nous avons suivi l'entraînement de base dans la plaine de Salisbury et, trois mois plus tard, nous avons embarqué pour la France. Après une période d'acclimatation, on nous a dispersés entre les différentes unités du régiment. C'était vers la fin mars (1918) et la pression des Allemands pour vaincre était très forte. C'est alors que j'ai participé à l'action pour la première fois. Heureusement je me trouvais avec de bons soldats expérimentés qui protégeaient vraiment les nouvelles recrues, surtout les jeunes. Personne ne le savait, mais je n'avais que seize ans et demi.
Nous avons participé à plusieurs batailles et je me suis endurci à voir ce que je voyais. Je me suis fait des amis, et j'ai aussi perdu des amis.(...). Nous étions tous bons camarades, même avec les officiers. L'un d'eux, en particulier, était comme l'un d'entre nous et il y en avait certains que nous pouvions appeler par leur prénom, sauf au cours des batailles. Nous nous racontions l'histoire de nos vies avant la guerre et nous promettions de nous revoir quand tout cela serait fini. Personne ne croyait que nous pouvions mourir, comme si nous étions indestructibles.

(…) Les choses ont ensuite changé et nous avancions sans arrêt. Les Allemands défendaient fermement quelques places et en abandonnaient d'autres. On nous dit que notre objectif suivant était d'atteindre la ligne Hindenburg. Nous étions à l'entrée d'un petit village appelé Épehy, qui était lourdement défendu par les Allemands. Nous nous trouvions dans une tranchée peu profonde abandonnée par l'ennemi, juste hors de portée des tirs, et nous eûmes alors droit à quelques jours de repos, sans doute pour permettre au commandement d'évaluer notre position. Nous savions parfaitement qu'ils allaient nous envoyer prendre le village. Cela paraissait une opération fort redoutable.

Fig. 3. Sortie de la tranchée (coll. P. Donaint).
Fig.3. Sortie de la tranchée (coll. P. Donaint).

(…) L'officier qui nous commandait écrivait souvent des lettres. J'en étais arrivé à le connaître très bien. Il me disait toujours que je devrai lui rendre visite quand la guerre serait finie. Nous échangions quelques bonnes histoires. Nous venions de deux milieux complètement différents. Nous avons parlé des jours à venir et nous pensions que la guerre serait terminée vers Noël. Pour le nouvel an, nous irions tous chez nous. D'après ce qu'il me disait, je suis sûr que c'est cela qu'il écrivait dans ses lettres.
Le soir du 17 septembre, on nous dit que l'assaut sur Épehy commencerait le lendemain à 5 heures 30, et la tension commença à monter. Notre capitaine fut appelé à une réunion des officiers pour discuter de la tactique. Au retour, il était d'humeur maussade. Il parcourut la ligne et dit à chacun de se préparer à une attaque difficile. Notre premier objectif du jour était d'atteindre le quai de la voie ferrée. Nous nous sommes préparés, et puis nous avons essayé de dormir un peu.
(…) Dans les tranchées, j'étais toujours à ses côtés et je voyais que, cette fois, quelque chose l'inquiétait. Je pensais d'abord que c'était la bataille à venir, mais cela ne lui ressemblait pas ; d'habitude il allait et venait, bavardait avec les gars et les encourageait. Cette fois, il ne bougeait pas. Je me demandais si on lui avait dit qu'il fallait s'attendre à de lourdes pertes.

Tout à coup il m'a demandé quel était mon âge, et naturellement je lui ai donné l'âge de Jimmy. Il ne m'a pas cru. Il m'a dit que je ne devais pas participer à la bataille du lendemain et que j'allais devoir rester en arrière et aider le "pioneer corps" qui se charge des blessés et des mourants. Deux ou trois semaines plus tôt, je m'étais vanté de mon âge auprès d'une jeune recrue. Je pense que celui-ci avait dû le raconter à quelqu'un et que l'information avait parcouru la ligne jusqu'à arriver à mon capitaine. Il fut catégorique pour dire que je ne devais pas me battre le lendemain, ni pour le reste de la guerre. J'étais furieux. Je voulais y aller, mais maintenant j'allais faire figure de poltron. J'étais déterminé à monter à l'assaut.
Au matin, le ciel était très sombre et chacun attendait le signal pour y aller. Je fis semblant de ne pas participer aux préparatifs.
Le signal arriva et la ruée hors de la tranchée fut accompagnée d'un tir nourri. La capitaine avait avec lui sa prise de guerre, un Luger de type Parabellum M17 qu'il avait gagné lors d'une bataille précédente. Après avoir franchi quelques petites marches, il s'avança sur le terrain. Je commençais à le suivre, mais il me cria de rester en arrière. Je refusais. Il me mit en joue avec son arme et répéta l'ordre, mais je lui fis "non" de la tête. Il fit feu et me toucha au genou. Je suis alors tombé en arrière dans la tranchée, mais lui aussi. À ma gauche, le sous-lieutenant (MacLaren) tomba aussi, raide mort. D'autres étaient blessés, morts ou mourants. Il y avait là un nid de mitrailleuses allemandes qui faisaient d'énormes ravages.
Mon capitaine avait reçu une rafale de mitrailleuse dans le dos et aux épaules. Il paraissait assommé. Je le tirais vers moi. Il ne pouvait pas bouger. Il fit un effort pour parler : "James, James, dans ma tunique, s'il te plait ? Dans ma tunique, prends les lettres, emmène les chez moi, s'il te plait", me demanda t-il. Il commença à cracher du sang, il était mourant. Il me dit de rester en dehors de cette terrible guerre, parce que j'étais trop jeune. Il me demanda de dire à sa famille qu'ils les aimait. Puis une remontée de sang l'étouffa. Il perdit conscience et, cinq minutes plus tard, il mourait dans mes bras"

Après ce récit tragique, James révèle qu'à la demande de son capitaine, il lui a retiré sa plaque d'identité pour la joindre aux lettres. En échange, il a pris celle du Second Lieutenant McLaren, tué au combat, pour la lui mettre, de sorte que la tombe qui porte le nom de ce dernier, au Wood Farm Cemetery d'Épehy, est en réalité celle du capitaine Daniel O'Dell. Une façon de lui éviter d'être pour toujours un soldat inconnu comme tant d'autres, bien que ce ne soit pas son nom.

Cet épisode de la bataille d'Épehy lève donc un coin du voile sur "l'Affaire" : La pérégrination de James avait pour objectif d'aller remettre ces lettres et la plaque d'identité à la famille de son capitaine. Celui-ci s'appelait Daniel O'Dell, et sa famille était justement celle qui tenait la ferme d'élevage de Colerne où il a travaillé quelque temps. Les lettres rapportées du front étaient destinées l'une aux parents de Daniel, l'autre à sa sœur Joy et la troisième à Julianna, sa petite amie.

Fig. 4. À l'époque où l'auteur situe son roman (1919-1920), le cimetière de la Ferme du Bois devait être comme ci-dessus, avec les fameuses croix de bois immortalisées par Roland Dorgelès (coll. C. Saunier).
Fig.4. À l'époque où l'auteur situe son roman (1919-1920), le cimetière de la Ferme du Bois devait encore être comme ci-dessus, avec les fameuses croix de bois immortalisées par Roland Dorgelès (coll. C. Saunier).

De ces lettres l'auteur ne nous donne à connaître que le contenu de celle destinée aux parents :

"Chers Maman et Papa
17 septembre 1918. Je suis en bonne forme mais assez fatigué après de longues journées de combats et de marche. Nous avons deux ou trois jours pour récupérer et cela me donne l'occasion d'écrire ces lettres. J'en ai déjà posté deux hier pour Andrew et Elizabeth (ses frère et sœur aînés).Nous sommes dans une tranchée peu profonde qui était occupée par l'ennemi mais que nous avons prise hier. On dit que la guerre sera bientôt finie, sûrement pour Noël. Chacun parle d'être chez soi pour la nouvelle année. J'espère que vous allez tous bien. Papa, est-ce que la ferme marche convenablement ? J'ai rencontré un jeune gars qui est devenu un peu un copain de confiance. Je ne suis pas censé fraterniser avec les non-gradés, mais c'est un bon soldat et beaucoup plus intelligent que moi. Je lui ai dit de nous rendre visite à la ferme après la guerre. Joy l'apprécierait. Demain nous marchons sur Épehy et devons être prêts pour cinq heures du matin, aussi je m'arrête. Dites mon amour à Julianna si vous la voyez.
Toute mon affection.
Daniel xxxx
".

La promesse faite à Daniel de remettre en mains propres ces lettres à leurs destinataires n'explique cependant pas pourquoi James devait se cacher et fuir devant la police militaire, laquelle parvient finalement à le localiser et à le rattraper, ni pourquoi il n'a pas donné ces lettres aussitôt après avoir retrouvé la famille O'Dell.

Le nœud de "l'Affaire"
Les deux policiers militaires chargés de l'arrestation de James savent seulement de lui qu'il est accusé de désertion et qu'il est recherché à la demande insistante d'un haut gradé de leur Unité.
On apprend en effet qu'à Paddington Station, il venait tout juste, avec l'aide de son frère, de s'échapper d'un hôpital militaire londonien où il devait subir un examen médical. Et l'on comprend peu à peu qu'un soldat nommé Brian Beech, qui se trouvait dans la même tranchée que lui, l'a dénoncé en l'accusant d'avoir tué son capitaine, la preuve étant que celui-ci a été touché dans le dos. Beech soutient que cet assassinat fait suite à une dispute entre eux, que James a tiré sur le capitaine quand celui-ci escaladait l'échelle de la tranchée et que, mortellement touché, celui-ci a vainement tenté de se défendre en tirant sur James.

Le dernier chapitre du roman nous fait donc assister aux débats de la Cour martiale devant laquelle James a finalement été traduit.
Rassurons-nous, tout se termine bien. Et l'on comprend alors que, dans l'esprit de James, les lettres dont il était porteur, devaient servir à démontrer la fausseté des allégations du soldat Beech. Il lui fallait donc les remettre à leurs destinataires avant d'être arrêté, d'où cette désertion à Londres et cette fuite vers le village de Colerne. Seront aussi produites comme preuves devant le tribunal, la balle extraite du genou de James et le Luger du capitaine, récupéré et précieusement gardé par le sergent chargé de sortir des tranchées les blessés et les morts, ce 18 septembre 1918.
Mais pourquoi cet acharnement du soldat Beech contre James, alors qu'il ne semblent guère s'être connus au front ? En réalité Beech est un personnage peu recommandable et peu apprécié, auteur de toutes sortes d'exactions et même menacé d'être renvoyé de l'armée. Il monte cette "affaire" dans l'espoir que sa dénonciation contribuera à réduire la peine à laquelle il sera condamné. Il exerce parallèlement un chantage sur un haut gradé de la police militaire dont il a découvert l'homosexualité avec son oncle et, sous la menace d'en informer les autorités (la chose étant tabou, surtout dans l'armée), l'oblige à accuser James de mutinerie. L'oncle reconnaîtra les faits devant le tribunal militaire, et le jury déclarera finalement James non-coupable par huit voix sur neuf.

En guise de commentaire final
Ce roman peut d'abord être interprété comme une sorte d'hymne à l'amitié et à la solidarité entre les hommes. Hormis le soldat Beech et deux frères contrebandiers qui tentent d'agresser James à Colerne (mais celui-ci, rompu au close-combat, se débarrassera d'eux facilement), tous les personnages rencontrés, et ils sont fort nombreux, frappent par leur rectitude, leur disponibilité, leur volonté d'aider à découvrir la vérité. Tous offrent leur amitié à James même si son comportement les surprend souvent et même s'ils restent presque jusqu'au bout dans l'ignorance de ce qui le guide. Une fois connue sa véritable situation, ils prennent une part active à organiser sa défense, mènent des enquêtes, retrouvent des témoins. Leur seul défaut : un penchant certain à fréquenter assidument les "pubs" jusqu'à se livrer à de mémorables beuveries... lesquelles semblent faire partie du paysage local habituel...

Si la langue anglaise ne vous rebute pas, lisez donc ce livre où l'on trouve des pages magnifiques non seulement pour décrire la campagne mais aussi pour raconter les tâches de chaque jour dans une ferme d'élevage, ou encore la nuit d'attente angoissée de tout un village rassemblé sur le quai du port, guettant en vain le retour de la dernière barque des pêcheurs.
Ce roman est aussi une bonne fresque de la société rurale anglaise au lendemain de la Grande Guerre, d'une Angleterre qui, elle aussi, en porte profondément les stigmates, on l'oublie souvent. Certes, elle n'a pas connu les destructions, mais sa population a aussi été profondément atteinte. Ainsi voit-on comment, avec une tendresse et une patience infinies, le vieux fermier George O'Dell prend soin de sa femme dont l'esprit s'est égaré depuis la mort de leur fils Daniel, malgré les efforts de son ami, le docteur West, qui ne parvient pas à la guérir.
Ainsi encore, Rob, l'un des personnages centraux du roman qui prend très vite fait et cause pour James, est-il un rescapé de la Grande Guerre dont il est revenu défiguré et manchot. Il travaille dans une sorte d'hôpital qui recueille les survivants de cette guerre auxquels leurs blessures et infirmités ne laissent aucune chance de retrouver une place dans la vie active ni même dans la société.
C'est aussi en cette période de l'après-guerre que l'on commence à réfléchir sur ce qui s'est passé. Le roman porte certes, ici ou là, quelques accents pacifistes, quelques condamnations de cette guerre, mais surtout on recherche encore des mutins ou des fauteurs de mutineries, une ambiance propice à tous les règlements de comptes. Des mutineries eurent lieu probablement autant dans l'armée anglaise que dans l'armée française, mais ce fut plutôt en 1917. Côté français, une étude a dénombré 250 incidents ayant touché 137 régiments, et 30 à 40 000 hommes (sans doute davantage, selon des recherches historiques récentes) ayant participé à des actes collectifs de révolte1. En réalité, elles semblent avoir eu surtout pour théâtre le secteur du Chemin des Dames.
Bien sûr, comme il se doit dans tout bon roman, une histoire d'amour vient se greffer sur le récit principal. Le pressentiment du capitaine O'Dell était bien justifié : entre sa sœur Joy et James naît très vite un ardent amour que le vieux fermier tolère d'autant moins que sa fille n'a que 16 ans et qu'il rêve pour elle de longues études. James est donc brutalement chassé de la ferme, Joy envoyée chez une tante à l'autre bout du pays, et ils ne pourront plus communiquer durant de longs mois, jusqu'au jour où siègera le tribunal... et où Joy paraîtra de nouveau, mais avec leur bébé...!

La grande question que se posent légitimement les habitants d'Épehy est évidemment la suivante : qu'y a t-il d'historique dans ce roman ? La tombe de McLaren est-elle donc réellement celle de Daniel O'Dell ? L'auteur peut-il avoir tout imaginé de cette "Affaire d'Épehy" ou y a t-il une part de vérité ?

Pour essayer d'en savoir un peu plus, nous sommes donc entrés en contact avec lui par courriel (son vrai nom est Geoffrey Willis) pour lui poser ces questions, auxquelles il a répondu en partie (courriel du 23 mai 2010).
"Je peux vous assurer, nous a t-il écrit, que l'homme enterré au cimetière d'Épehy est le 2nd Lieutenant Athole Stewart McLaren". Et il ajoute que cette histoire est une fiction, bien que les noms de lieux correspondent généralement à la réalité, et qu'il a écrit une suite à cette "affaire" qui n'est pas encore publiée.
"Nous avons fait des recherches sur McLaren, écrit-il encore, et pensons qu'il avait quitté son bataillon environ six semaines avant sa mort pour devenir officier. S'il ne l'avait pas fait, il aurait probablement survécu à la guerre". Il précise enfin que McLaren avait un fils, émigré en Australie, qui s'engagea dans la RAF à la Seconde Guerre Mondiale et mourut dans un mystérieux crash d'avion près de Brisbane.

Bien qu'il n'en dise mot, peut-être cette "Affaire", imaginée à partir de la tombe de McLaren, est-elle fondée sur la base d'un épisode raconté par la tradition familiale ou dans l'entourage de l'auteur ? On ignore, en effet, comment il a eu connaissance de cette tombe à Épehy. Dans sa dédicace, il remercie sa mère "sans qui ce livre n'aurait pas été possible", ce qui pourrait être une indication.
Et, peut-être encore un dernier clin d'œil de l'auteur à la réalité : il adresse aussi tous ses remerciements à sa femme dont le nom est Joy, comme la brûlante amoureuse de James...

Note :
1 Sa tombe se trouve effectivement dans le cimetière britannique de la Ferme du Bois, 2° rangée à gauche en entrant (précison de M.Delaire).
 


Date de création : 13/06/2010 @ 15h22
Dernière modification : 02/06/2012 @ 17h11
Catégorie : À propos de...
Page lue 1021 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article

Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !

Haut