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Le 10/03/2013 à 04h08

Instantanés - 32 - Les héros

32 – Les héros

Toute guerre a ses héros, mais il y a ceux des Monuments aux Morts et qui portaient les armes - on les célèbre chaque année - et il y a ceux qui ne portaient pas d'armes et qui sont souvent restés inconnus ou, pire encore, oubliés.
Parmi ces héros modestes et qui ont pourtant risqué leur vie pendant la Première Guerre mondiale, nous en connaissons au moins deux, en réalité deux héroïnes : Marie Théron et Élisabeth Flament.

Marie Théron
C'est grâce aux "Carnets de Guerre" de Gabriel Trocmé1 que son héroïsme est passé à la postérité. Voici ce qu'il en écrit, à la date du lundi 20 mars 1916 (Fig.1):

"Un lieutenant français a passé ici cette nuit (c'est la 3° fois !) en civil naturellement. Il ne voyage que la nuit. Il entre toujours chez Marie Théron (Adonis Vasseur) où il boit un peu d'eau et prend 2 morceaux de sucre. C'est un vaillant. Quel malheur que je ne l'ai pas vu ! Il affirme que dans deux mois la ligne sera forcée sur tout son cours et que nous serons débloqués ici. Dieu l'entende ! Il aurait bien voulu avoir l'adresse de Gabrielle et de sa mère2 pour aller les voir ; malheureusement je ne l'ai pas au juste. Il dit que ce n'est pas 100 000 mais 200 000 hommes qu'a coûtés à l'Allemagne la tentative de Verdun..."

Fig.1. Premier extrait des "Carnets de Guerre" concernant Marie Théron, au 20 mars 1916  (CTH n°46, p.34)
Fig.1. Premier extrait des "Carnets de Guerre" concernant Marie Théron, au 20 mars 1916
(CTH n°46, p.34)
 

Qui donc était cette femme téméraire au point d'abriter régulièrement chez elle un espion français, dans un Épehy totalement occupé par l'ennemi ?
Née le 19 novembre 1883, épouse d'Adonis Vasseur, elle était une humble matelassière, sans doute avant comme après 1918. Jacques Saunier se souvient qu'elle refaisait toutes les literies de la famille Gabriel Trocmé. Elle habitait au 18 rue de la Fraîcheur (aujourd'hui rue Paul Dubois), une maison reconstruite presque à l'identique après la guerre, à peu près en face du Café Annata-Merlin,devenu Café Boitel qui, on s'en doute, devait alors être rempli de soldats allemands... Il est évident que si cet espion avait été repéré par l'ennemi, tous deux auraient été fusillés sur l'heure...
Lorsque ce lieutenant faisait allusion à un délai de 2 mois pour forcer la ligne, on peut penser qu'il avait des informations sur ce que l'on appellera la "Bataille de la Somme" qui commença 4 mois plus tard. On voit qu'il eut aussi un rôle d'intermédiaire entre G. Trocmé et les membres de sa famille partis s'abriter à Étalon, plus au sud.

Un mois après cette visite, le dimanche 23 avril 1916, les "Carnets de Guerre" du Maire d'Épehy signalent à nouveau le passage de cet espion (Fig.2). Cette fois, nous avons un peu plus de détails sur ce que pouvait être sa mission.
 

ig.2. Deuxième extrait des "Carnets de Guerre" concernant Marie Théron, au 23 avril 1916  (CTH n°46, p.36)
Fig.2. Deuxième extrait des "Carnets de Guerre" concernant Marie Théron, au 23 avril 1916
(CTH n°46, p.36)

"Voici la 8° fois cette nuit qu'un lieutenant français passe ici ! Quelle hardiesse ! Quel courage ! Bardé de dépêches, porteur de pigeons, il ne voyage que la nuit ; il a un relais de 24 kil. à parcourir pour sa part. Je lui confie un mot pour Gabrielle et Jeanne, via Maurice si possible. Il me promet de leur faire dire d'employer la Croix-Rouge..."

Cette fois (la huitième visite !), Gabriel a été averti et a pu rencontrer ce lieutenant. Il ne fait pas allusion à Marie Théron, mais on peut penser que celui-ci loge "toujours" chez elle, comme signalé précédemment3. Dans la suite de ses Carnets, il ne sera plus question de l'espion ni de notre héroïne. Nous la retrouverons dans la liste des Épéhiens évacués à Berlaimont en 1917.

Malgré une parenté assez nombreuse, aucun document photographique de Marie Théron ne nous est connu. Elle semble avoir été une personne fort discrète et n'avoir jamais cherché à recevoir d'éloges pour son courage et son patriotisme.

 

Élisabeth Flament (1850-1943)
Connue sous le nom d'Élisa, elle a passé toute sa vie dans la ferme Flament de Lempire et ne parlait guère de cet épisode héroïque de sa vie.
Les Allemands installèrent, sans doute après la bataille de la Somme (juillet à novembre 1916), un camp de prisonniers anglais à proximité de cette ferme, dans un enclos ou une pâture, qui se situait dans un recoin relevant de la commune de Lempire, à côté d'Épehy (Fig. 3).

Envers ces prisonniers, les occupants étaient d'une dureté difficile à imaginer et, notamment, ne leur accordaient qu'une nourriture très insuffisante, les laissant littéralement "crever de faim". Face à toute cette misère, Élisa (dont le mari Armand Flament était décédé en 1915, mort de contrariété dit-on dans sa famille) va, dès lors, avec des ruses de Sioux, apporter à ces malheureux les aliments dont elle peut disposer : on imagine des aliments de la ferme (pommes de terre, racines diverses, boissons, fruits... et peut-être épicerie).

ig.3. Localisation de la ferme Flament à Lempire (d'après Google Earth).
Fig.3. Localisation de la ferme Flament à Lempire (d'après Google Earth).


Sans doute aidée en cela par la famille et les employés de la ferme, elle ne fut jamais repérée... ni dénoncée. Plus tard, de retour dans leur pays, les rescapés anglais racontèrent ce qu'ils devaient à cette femme : tout simplement la vie même ! Ils firent alors des démarches pour faire reconnaître officiellement son héroïsme, car elle y risqua sa vie, et ils obtinrent que lui soit attribués par le roi George V la médaille et le diplôme ci-dessous (Fig.4).

Fig.4. Médaille et diplôme décernés à Élisabeth Flament (Archives familiales Saunier).
Fig.4. Médaille et diplôme décernés à Élisabeth Flament (Archives familiales Saunier).

Traduction :
"Ministère des Affaires Étrangères, Londres S.W., le 30 septembre 1920
Madame
Le Gouvernement de Sa Majesté Britannique ayant appris et hautement apprécié la valeur des services que vous avez rendus aux Prisonniers de Guerre Britanniques au cours de la Grande Guerre, désire vous exprimer la profonde gratitude de ceux-ci pour le dévouement et l'esprit de sacrifice dont vous avez fait preuve si spontanément à leur égard.
En conséquence, c'est un agréable devoir pour moi de vous adresser cette lettre de reconnaissance en témoignage de remerciement des Britanniques pour l'aide précieuse que vous avez apportée à leurs camarades dans le besoin.
Le Roi m'a chargé de vous informer qu'en reconnaissance des services insignes que vous avez ainsi rendus, vous avez été récompensée de la Médaille de Bronze spécialement créée par Sa Majesté comme témoignage de gratitude pour une telle assistance à Ses Sujets. Cette médaille vous sera envoyée le plus tôt possible.
Je suis, Madame, votre obéissant et humble serviteur
George Nedleston
Secrétaire d'État du Ministère des Affaires Étrangères"

Il est fort probable que c'est à Élisa Flament que Gabriel Trocmé fait allusion dans un passage de ses "Carnets" lorsqu'il écrivait, au 5 janvier 1917 :
"Nous avons eu des prisonniers français et anglais (militaires). Ils ont faim. À grand peine, nous pouvons glisser un peu aux Français, mais les Allemands sont féroces quand on essaye de passer la moindre chose aux Anglais, et cependant ils ont bien faim ! Quel malheur ! Quel malheur !" (CTH n°50, p.24).

Jusqu'à son décès, le petit fils d'Élisa, Armand Flament tenait ces souvenirs accrochés au mur de son bureau, et Jacques Saunier, beau-frère de celui-ci, a eu la bonne idée de les photographier.
La proximité de la ferme de Malassise et de Lempire, la parenté de Jacques Saunier avec les Flament ont fait que, grâce à eux deux (Fig.5), le souvenir de cette héroïne ne s'est pas perdu et que nous avons pu l'intégrer à notre site.

Fig. 5. Robert Flament et Jacques Saunier derrière lui. Le Ronssoy, 1952 (archives familiales Saunier).
Fig. 5. Armand Flament et Jacques Saunier derrière lui.
Le Ronssoy, 1952 (archives familiales Saunier).

 

Notes
1 Publiés par Claude Saunier dans la revue "Cambrésis Terre d'Histoire", n°39 à 54.
2 C'est-à-dire la fille et l'épouse de Gabriel Trocmé.
3 On peut s'étonner que G.Trocmé ait pris le risque, risque pour les acteurs, de raconter ces épisodes dans ses "Carnets"et d'y désigner nommément Marie Théron, même si ces fascicules, une fois remplis, étaient dissimulés dans les cages à lapins du garde champêtre !
 


Date de création : 18/10/2010 @ 07h36
Dernière modification : 12/12/2010 @ 10h50
Catégorie : Instantanés
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