Sommaire

Fermer Petite bibliothèque

Fermer Les origines du village


L'abécédaire d'Épehy

Fermer Le village

Fermer Les champs

Fermer Instantanés

Fermer À propos de...

Fermer Au fil des ans...

Fermer Galerie de Portraits

Fermer 1914-2014, le centenaire

Fermer Courrier des Lecteurs

Recherche



Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
Captcha
Recopier le code :
20 Abonnés
Annuaire de liens
Visites

   visiteurs

   visiteur en ligne

Record de visites

   visiteurs

Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - C comme Château

C comme Château : Le "Château" Lempereur

Les photos de cet article nous posent presque autant de questions qu'elles nous apportent d’informations. Qui, parmi nos lecteurs, pourra compléter ce texte ?

Ainsi, celles des Fig.1, 2 et 3 prétendent nous présenter le "vieux donjon féodal" d'Épehy. Bien sûr, ni sur ces figures, qui sont les plus anciennes (début du XX° siècle ?), ni sur les suivantes, il n'est facile de bien identifier la nature de cette construction perdue dans la végétation, ni surtout d'avoir une bonne idée de sa taille, d'autant plus qu'elles nous en présentent toujours la même face.
Pourquoi ? Donjon ou château ? Vrai ou faux ? Antique ou récent ? Ou bien n'y avait-il là qu'une façade de château ?

Fig. 1. Le "vieux donjon" (Coll. C. Saunier).
Fig.1. Le "vieux donjon" (Coll. C. Saunier).

Fig.2 "Ancien donjon féodal" (Coll. C. Saunier).
Fig.2 "Ancien donjon féodal" (Coll. C. Saunier).

 

Fig.2. Encore le "vieux donjon" (Coll. C. Saunier).
Fig.3. Encore le "vieux donjon" (Coll. C. Saunier).

Nous disposons fort heureusement d'un texte qui nous donne quelques explications sur le sujet. Il s'agit d'un numéro du "Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie" de 1863 (Tome 8) qui publie le compte-rendu d'une visite à Épehy réalisée par une Commission de cette Société, le 31 mars de cette année-là. L'objectif de cette visite, organisée à la demande du Sous-Préfet de Péronne, M. Vallois, était "d'étudier sur les lieux la voie romaine" sur laquelle Henri Lempereur, qualifié d'"archéologue amateur" avait présenté une communication et "d’examiner les objets antiques recueillis par lui sur divers points du pays qu’il habite".

Rendus sur place, les visiteurs purent d'abord, selon ce compte-rendu, admirer le "petit musée" où Henri Lempereur avait accumulé toutes sortes d'objets recueillis au cours de ses fouilles et, semble t-il bien, les avait disposés dans "tous les coins et recoins de (sa) vaste et plaisante habitation" que la photo de la Fig.4 dénomme "Chalet Suisse". Les deux premières photos permettent de situer ce "chalet suisse" par rapport au "château" (il en était très proche), et la Fig.3 montre, sous l'une des arcatures de son sous-sol, la présence de ce qui semble être une statue double d'apparence antique, probable exemple d'objet recueilli par Lempereur.

lempereur_3.jpg
Fig. 4. Chalet suisse et jardin Lempereur (Coll. C. Saunier).

Le rapport de la Commission continue ainsi :

"De là, nous passâmes au jardin où M. LEMPEREUR a su tirer parti des matériaux trouvés dans les fondations de constructions romaines ou aux abords de la voie antique, pour les faire entrer dans la composition d’un petit château-fort qui dessine au fond de sa propriété une sorte de manoir féodal en miniature : les tours, les ponts-levis, les fossés constamment irrigués, les créneaux et les mâchicoulis, rien n’y manque".

Voilà qui est clair : ce "château" était donc bien une miniature, une construction d'Henri Lempereur, une fantaisie pourrait-on dire, et nullement un vestige du Moyen-Âge. On peut estimer qu'il a été réalisé vers le milieu du XIX° siècle et, selon la tradition orale, une ou plusieurs "fêtes sur l'eau" à bord de barques y furent même données. Les photos montrent que cette construction évoquait un peu plus qu'un donjon (qui n'est qu'une simple tour) et un peu moins qu'un château-fort (qui est une construction plus complexe). D'où une certaine hésitation entre les deux mots... mais il ne s'agit en rien d'une "antiquité".
Ces cartes postales, antérieures de quelques années à la Première Guerre mondiale, donnent bien l'impression que dès cette époque le-dit château était déjà à l'abandon, envahi par une végétation non maîtrisée. Les personnages qui y apparaissent semblent être des figurants ou des promeneurs plutôt que les propriétaires des lieux. Faut-il en déduire qu'Henri Lempereur n'eut pas de descendants et qu'après sa mort, dont nous ignorons la date, sa propriété fut laissée à l'abandon ? Nous n'en savons rien et nous ignorons d'ailleurs qui fut exactement cet "archéologue amateur" : un agent voyer, peut-être ingénieur des Ponts-et-Chaussées qui, dans le cadre de son activité, a pu faire des trouvailles archéologiques tout au long de l'ancienne voie romaine qui traverse Épehy ?

Voici ce qu'il dit de lui-même dans sa communication : "Demeurant dans un village éloigné de tout centre d’activité intellectuelle, privé de tout collaborateur et surtout du puissant levier que donne la possession des langues anciennes, je n’ai pu qu’accumuler les matériaux recueillis sur le sol de cette partie du vieux Vermandois si peu étudié... je tiens à la disposition de la science historique dont je ne suis qu’un enfant déshérité, tous les renseignements recueillis ; s’ils peuvent être concluants, mes laborieuses recherches auront atteint le seul but auquel il me soit permis d’aspirer".
Et il explique sa façon de procéder : "Une grande partie des objets trouvés, je les ai recueillis et sauvés de la destruction, les blocs de pierres, les sarcophages les mieux conservés, les menus objets amenés chaque année à la lumière, ont trouvé place dans le jardin ou dans un coin de mon habitation".
Un autodidacte plein de modestie, certes, au moins en ce qui concerne l'archéologie et l'histoire, mais suffisamment passionné pour ne pas n'hésiter à faire connaître ses recherches aux spécialistes :
"Depuis que j’ai eu l’honneur d’être admis dans la Société des Antiquaires de Picardie, écrit-il, mon désir de tous les jours a été d’en témoigner ma reconnaissance, en lui adressant un mémoire sur l’histoire et l’archéologie de la partie Nord du Vermandois".
Des spécialistes qui, reconnaissent-ils eux-mêmes, ont beaucoup apprécié la réception organisée par M. Lempereur, mais qui laissent deviner malgré tout d'un certain sentiment de supériorité distante, voire ironique, vis-à-vis de cet "amateur" qui a collectionné ces objets "...en un mot de toute espèce se rapportant à diverses périodes du moyen-âge, et n’ayant guère d’autre valeur que d’avoir été trouvés dans la contrée qu’habite leur possesseur actuel. – Rappelons d’ailleurs que M. LEMPEREUR, qui a le rare mérite d’avoir su compléter lui-même une instruction un peu négligée dans ses jeunes années, a pris à tâche de s’entourer d’instruments de travail et de livres rares et précieux tels que..."

Fig.4. Sans doute la meilleure photographie de ce que fut le château (Coll. C. Saunier).
Fig.5. Sans doute la meilleure photographie de ce que fut le château (Coll. C. Saunier).

Et comment ne pas regretter que ces Messieurs n'aient pas prêté davantage attention aux précieux manuscrits relatifs à l'histoire de notre village, que leur hôte leur a fait découvrir chez lui, et qui sont aujourd'hui définitivement perdus pour nous : "Parmi les documents manuscrits qu’il nous a communiqués, je citerai le « Terrier d’Epehy », rédigé de 1763 à 1764, accompagné d’un immense plan seigneurial de cette localité". On peut rêver...

Les deux photos des Fig. 6 et 7 sont désolantes. Elles nous racontent la destruction par les Allemands de ce qui restait du château Lempereur et ont d’ailleurs été prises par eux. Sur la première, on aperçoit d'ailleurs, à droite, un soldat allemand.

ig. 5 & 6. La destruction du "château"

 

(Coll. C. Saunier).
Fig. 6 & 7. La destruction du "château" (Coll. C. Saunier).

Il est assez curieux de constater que cette destruction semble avoir été pour l'occupant une priorité, plus importante que le clocher de l'église que l'on voit encore debout bien qu'il ait constitué un point de repère fort utile pour l'artillerie ! Même les arbres du jardin ont été abattus, et le "chalet", sans doute principalement construit en bois, a totalement disparu.

Fig.7. Déblaiement des ruines (Coll. C. Saunier).
Fig.8. Déblaiement des ruines (Coll. C. Saunier).

Avec la carte postale de la Fig.8 (qui veut encore nous faire croire au "donjon antique"), nous sommes au début des années 1920 et assistons à la remise en état du jardin, sinon du château. Un "decauville" dont on voit les rails, sert au transport des pierres. À droite, des arbres ont été abattus et tronçonnés. La taille des personnages par rapport au bâtiment ne laisse aucun doute sur son caractère de miniature.

Fig. 8. Le château dégagé de ses ruines (Coll. C. Saunier).
Fig. 9. Le château dégagé de ses ruines (Coll. C. Saunier).

Une fois dégagé de ses ruines (Fig.9), le "château" est donc resté tel quel. Apparemment, l'objectif de l'opération était avant tout de nettoyer le jardin, sans doute pour en faire un terrain à bâtir, et nullement de réhabiliter ce château-jouet dont, on le remarquera, la végétation qui s'y était agrippée n'a même pas été enlevée à cette occasion. On comprend facilement qu'une telle réhabilitation n'entrait pas dans les urgences du moment...

Le souvenir de cette curieuse construction s'est aujourd'hui perdu ; ne subsistent pour nous le rappeler que quelques cartes postales qui nous questionnent. Avec cette disparition, l'archéologue amateur Henri Lempereur a aussi été oublié et c'est bien dommage, car personne d'autre que lui ne s'est intéressé d'aussi près à l'histoire ancienne d'Épehy.

 


Date de création : 20/11/2010 @ 22h06
Dernière modification : 30/11/2010 @ 18h58
Catégorie : Le village
Page lue 659 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article

Réactions à cet article


Réaction n°2 

par isa le 27/12/2010 @ 23h15

Bonjour.
Je viens de découvrir ce site fort intéressant sur l'histoire d'Epehy.
J'ai habité l'ancienne maison Lempereur entre 1959 et 1964 ,cette  maison  était mise à disposition par les employeurs de mes parents ( la famille Corbeau) et j'ai passé des heures à explorer le jardin avec son donjon son calvaire et l'entrée du souterrain.
Cette maison était un mystère pour moi et je vous remercie de m'éclairer sur toute son histoire.

Réaction n°1 

par francine le 30/11/2010 @ 12h27

Comme je n'ai jamais vu ce "château" ds mon enfance -éducation sage de la fille qui ne "traîne" pas partout ???-, je ne réponds qu'au sujet de cet Henri Lempereur, aussi passionné que modeste et humble... Il serait intéressant de savoir s'il est de la même famille que les Lempereur d'Epy, non ? Qui va se plonger ds les registres d'état civil ? J'y pensais depuis la lecture de ces dernières info. Mais je ne suis pas dsles vieux papiers en ce moment...A plus

Haut