Sommaire

Fermer Petite bibliothèque

Fermer Les origines du village


L'abécédaire d'Épehy

Fermer Le village

Fermer Les champs

Fermer Instantanés

Fermer À propos de...

Fermer Au fil des ans...

Fermer Galerie de Portraits

Fermer 1914-2014, le centenaire

Fermer Courrier des Lecteurs

Recherche



Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
Captcha
Recopier le code :
20 Abonnés
Annuaire de liens
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Record de visites

   visiteurs

Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - M comme Monument aux Morts

M comme Monument aux Morts"

À une cinquantaine de kilomètres au sud d'Épehy, dans le canton de Rosières en Santerre, le petit village de Warvillers (120 habitants) n'a pas de Monument aux Morts. C'est un cas exceptionnel dans la Somme et même en France, car de tels villages se comptent sur les doigts de la main, et pourtant, écrit l'ancienne maire de ce village, 20 hommes ont fait la guerre de 1914 et 9 celle de 1940, "mais tous sont revenus. Néanmoins, le 11 novembre, nous faisons toujours une cérémonie au cimetière des tombes du Commonwealth"1
Notre village n'a pas eu cette chance, loin s'en faut, et les longues listes inscrites sur son Monument aux Morts en témoignent. Dans sa "Notice historique" (1924, p. 16), Gabriel Trocmé mentionne un total de "58 enfants d'Épehy morts pour la France (pendant la Première Guerre mondiale), auxquels s'ajoutent "5 civils assassinés par les Allemands le 27 août 1914", "des soldats d'Épehy morts dans la guerre de 1870-1871", et, aujourd'hui, les victimes de la Deuxième Guerre Mondiale.

La Fig. 1 ne montre que la moitié des noms des morts de la Première Guerre.

Fig. 1. Liste sur l'un des côtés du Monument aux Morts (Photo C. Saunier).
Fig. 1. Liste sur l'un des côtés du Monument aux Morts (Photo C. Saunier).

Avec la Fig.2, le monument vient tout juste d'être achevé, et les sculpteurs posent pour la postérité pour présenter leur œuvre, accompagnés de la famille Degroise dont le café donnait sur la place de l'église (voir l'article "H comme Hôtels avant 1917"). Observez, en arrière-plan, un tas de pierres prêtes à l'emploi : le village est en pleine reconstruction.

Fig.2. Le monument, ses sculpteurs et la famille Degroise (Coll. C. Saunier).
Fig.2. Le monument, ses sculpteurs et la famille Degroise (Coll. C. Saunier).
Assise à gauche, Bluette Degroise, née en 1914, son père étant derrière elle (sans chapeau)
À droite, la plus proche du monument est Marcelle Degroise, née en 1907,
sa mère Hélène Degroise-Despagne, née en 1884, étant derrière elle.

Les Fig. 3 et 4 révèlent un monument en voie d'achèvement. Il est à présent entouré de grilles. La carte postale de gauche, antérieure, laisse voir en arrière un environnement de ruines, tandis que, sur celle de droite, plus tardive, ont été ajoutés couronnes et arceaux et qu'une maison est venue remplacer les ruines, bien que demeurent encore tout autour des amoncellements de gravats. On peut supposer que cette photo fut prise durent l'hiver 1920-1921.

Le grand jour, celui de l'inauguration, fut le 2 octobre 1921. Nous en avons deux photos (Fig.5 et 6). La cérémonie eut lieu, écrit G. Trocmé, "en présence de M. le Sous-Préfet de Péronne, représentant le Gouvernement de la République,de M. le Général commandant le corps d'armée, représentant M. le Ministre de la Guerre, de M. le Sénateur et de M. le Député d l’arrondissement".

 

 

Fig.3.et Fig.4. L'achèvement du Monument aux Morts – 1920-1921 (Coll. C. Saunier)  
monument_4.jpg

Fig.3.et Fig.4. L'achèvement du Monument aux Morts – 1920-1921 (Coll. C. Saunier).

Fig.5 et 6. Le 2 octobre 1921 -  L’inauguration du Monument aux Morts (Coll. C. Saunier).

monument_6.jpg

Fig.5 et 6. Le 2 octobre 1921 - L’inauguration du Monument aux Morts (Coll. C. Saunier).

La grande nouveauté sur ces dernières photos est la présence de l'église-tonneau provisoire qui a donc été édifiée sur la place au cours de l'année 1921 et possède alors son clocheton avec son coq (voir l'article "E comme église-tonneau"). Un nombre impressionnant de drapeaux ornent le monument. En fait, lors de cette cérémonie, deux généraux sont apparemment intervenus pour prononcer des discours que la foule écoute attentivement, un général d'infanterie (Fig.5) et un général d’artillerie (Fig.6). On distingue, sur la droite, des "personnalités" civiles et devant la porte de la chapelle, les membres du clergé.

Francine Delaunay nous signale2 que le livre d'Annette Becker intitulé "Les Monuments  aux Morts - Mémoire de la Grande Guerre" (publié sans date aux "Éditions Errance", il y a 10 ou 15 ans peut-être ?), à la fin du chapitre"Un univers d'hommes : les combattants", évoque de la façon suivante le monument d'Épehy :
"Le monument du tout petit village d'Épehy (Somme) montre un combattant écroulé. Il relève la tête vers les immenses rayons dorés d'un soleil qui illumine son pauvre visage de mourant. Cette extase à l'approche de la mort, cette sublimation de l'horreur re-transformée en grandiose, on devait les proclamer en 1921, dans cette région en plein centre de l'offensive dévastatrice du Cambrésis de 1917. En revanche, sur le monument de Fère-en-Tardénois (Aisne), un relief de la même taille est de type pacifiste... Deux monuments différents par ce qu'ils font voir portent la même inscription :"Aux Enfants de... morts pour la France". Le constat brutal n'exige pas d'exégèse."

Rappelons-nous que cette même année 1921 fut aussi celle de l'inauguration du calvaire de Malassise élevé en souvenir des morts du Commonwealth.

Nous représentons-nous tout ce que signifiait, dans ces années-là, l'inauguration de ces monuments et cette cérémonie au pied de l'édifice ? Sommes-nous capables d'imaginer le poids de peines, de deuils et de chagrin que portait cette foule recueillie ?
Déjà Épehy avait fait partie des communes occupées, puis détruites à 100%, sa population avait été déportée pendant près de 2 ans à Berlaimont ou ses environs, ce qui créait pour le village une situation (ô combien !) différente de celle des communes de la France dite libre. Et voilà que peu à peu, le village a appris le nombre de ses morts au combat. N'ayant guère de qualification susceptible d'être utilisable dans l'armée, les paysans et ouvriers d'Épehy furent versés en majorité dans les unités combattantes et subirent donc les pertes les plus élevées. Et n'oublions pas non plus les civils qui connurent toutes sortes privations : manque de nourriture, de chauffage, de soins de santé, et parmi lesquels la grippe espagnole fit des ravages.
D'où, à la fin de la guerre, un immense besoin de main-d’œuvre, d'agriculteurs et d'ouvriers que l'on dut faire venir de loin, et souvent des pays voisins.
Il est presque certain que les familles qui perdirent un soldat pendant ces 4 longues années de guerre ne le surent que tardivement. La seule liaison possible avec le front était faite par la Croix-Rouge qui était débordée par cette lourde tâche.

Les peintures de guerre de Vogel (Fig.7a-b-c) retracent bien cette époque, celle où les familles attendaient des nouvelles de leurs soldats et où l'on devait s'attendre au meilleur comme au pire.

 

monument_7a.jpg

monument_7b.jpg monument_7c.jpg

Fig.7 a. Bonne nouvelle :   La lettre.            Fig.7 b. La mauvaise nouvelle.                       Fig.7c. La maman.
                                                                   (Coll. Jacques Saunier)

On imagine bien qu'à l’occasion des célébrations du 11 novembre, de même qu'à toute réunion patriotique, les familles assemblées devaient compter leurs absents, multipliant peines et souvenirs. C'est dire combien cette inauguration du Monument aux Morts a dû être chargée d'émotion et de serrements de cœur, dont les photos que nous présentons dans cet article ne peuvent que refléter une part infime.

La photo de la Fig. 8 est probablement un peu antérieure à l'inauguration : certes on y voit le monument complètement achevé, de même que la maison située à l'arrière-plan, mais le chevalet à droite signale peut-être les premiers travaux de mise en place de l'église-tonneau.

Fig.8. Le monument achevé (Coll. C. Saunier).
Fig.8. Le monument achevé (Coll. C. Saunier).

Avec la Fig.9, nous faisons un grand pas dans le temps : l'église nouvelle est achevée et l'on sait qu'elle fut consacrée en 1927. La photo montre qu'une importante cérémonie religieuse vient de s'y dérouler, nous assistons à la sortie. On voit, sur la gauche, qu'elle avait réuni de nombreux prêtres, et l'inscription lisible au dessus du porche : "Tu es sacerdos in eternum" (Tu es prêtre pour l'éternité) donne à penser qu'il s'agit de célébrer une fête concernant un prêtre : peut-être le jubilé de l'abbé Léon Quénolle, curé d'Épehy de 1919 à 1937, ou bien la première messe dans son village natal de l'abbé Gabriel Plaquet, le jeune prêtre qui regarde le photographe (1909-2001), après son ordination qui eut lieu le 29 juin 1934, ce qui permettrait de dater la photo de cette année-là.

Fig.9. Le Monument et la nouvelle église (Coll. C. Saunier).
Fig.9. Le Monument et la nouvelle église (Coll. C. Saunier).

En réalité, et contrairement à ce que l'on aurait pu croire, l'histoire de notre Monument aux Morts n'était pas tout à fait terminée.
Il s'avère en effet que, pour permettre la réalisation d'un parking, la municipalité a jugé nécessaire de procéder à son déplacement, cela en mai 2004.
La photo ci-dessous (Fig.10) montre la première phase des travaux. Une tranchée a été creusée devant le monument pour le dégager. On constate que celui-ci reposait sur un mur de briques qui semble bien avoir été le mur de clôture de l'ancien cimetière (transféré à l'extérieur du village sans doute au début du XXe siècle). Par un curieux effet de la prise de vue, le Christ du porche de l'église semble avoir pris la place de la France pleurant ses enfants, tout en haut du monument !

Fig. 10. Transfert du Monument aux Morts – 2004 (Photo C. Saunier).
Fig. 10. Transfert du Monument aux Morts – 2004 (Photo C. Saunier).

La Fig.11 présente le monument dans son nouvel emplacement, sur le côté droit de l'église.

Fig. 11. Le monument sur son nouvel emplacement – 2004 (Photo C. Saunier).
Fig. 11. Le monument sur son nouvel emplacement – 2004 (Photo C. Saunier).

 

Notes
1 http://mamiemoensomme.canalblog.com/archives/2007/11/index
2 Communication par e-mel du 28 mars 2012. Merci Francine.

 


Date de création : 29/12/2010 @ 20h14
Dernière modification : 30/03/2012 @ 10h57
Catégorie : Le village
Page lue 944 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article

Réactions à cet article


Réaction n°1 

par francine le 31/12/2010 @ 11h07

Dans son livre sur "les monuments aux morts"- édition Errance, Annette Becker évoque le monument d'Epehy - p.45- : Le monument du tout petit village d'Epehy(Somme) montre un combattant écroulé.Il relève la tête vers les immenses rayons dorés d'un soleil qui illumine son pauvre visage de mourant. Cette extase à l'approche de la mort, cette sublimation de l'horreur transformée en grandiose, on devait les proclamer en 1921, dans cette région en plein centre de l'offensive dévastatrice du Cambraisis de 1917. En revanche,sur le monument de Fère-en-TArdénois(Aisne),un relief de la même taille est de type pacifiste...etc....

Haut