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Le 10/03/2013 à 04h08

Instantanés - 35 - La batteuse Delaplace

35 – La batteuse Delaplace

Dans un précédent Instantané (n°17, "L'accident"), nous avons déjà évoqué le souvenir des deux batteuses qui animaient chaque année la vie du village et de ses environs.
Nous avons cette fois la chance de disposer d'un texte écrit en vers comme un poème, mais en langue picarde, par Paul Moiret du Ronssoy, qui faisait régulièrement appel pour les besoins de sa ferme, aux services de la "batterie" de René Delaplace.

Ele battri a René

René avu ess battri fazo nou région
Sin grou trakteu souciété for kome un ion
Traino éle bateuze, éle préss é l’inkarnachion
Plachi, kalé, bateuze préss avu atinchion
Kin y marcho avu èche mouteur éléktrik
Grinpé ach pouthieu, trwo baton a ché fil, klik !
Kin ché kourwo tournin bin, in pouvo kminchi
Deu pourteu ed groin, monté ché sa ou guergni
Ou din in kair, deu pourteu ed balou grinpin
A l’ékèle, in a ché fi d’fer ourdinoèrmin
In eute koupo ché fichèle in heut agrinki
Trwo su ch’ta a kouté d’in tapi ataki
Fazin monté ché botte, kome cha al file indhiéne
Dé tuyeu invoyin éle kourtpale in kabéne
Cha ronflo, ch’éto dur mé in éto kontin
In minjo souvin dé gouètt é du lapin
In dizo dé konte é in buvo in bon keu
In y erpinse, noustalgi, é cha fo in keu.
      Ech nouvieu prougri
      A tué ech méthyi

Pour nos lecteurs qui auraient oublié la langue de nos anciens, voici la traduction de ce texte :

         La batteuse de René

René, avec sa batteuse, faisait notre région
Son gros tracteur "Société" fort comme un âne*
Tirait la batteuse, la presse et l'incarnation**
Placées, calées, batteuse, presse avec soin
Quand il marchait avec le moteur électrique
Grimpait au poteau, trois bâtons aux fils, clic !
Quand les courroies tournaient bien, on pouvait commencer
Deux porteurs de grain montaient les sacs au grenier
Ou dans un chariot, deux porteurs de ballots grimpaient
À l'échelle, un aux fils de fer ordinairement
Un autre coupait les ficelles, en haut agenouillé
Trois sur le tas à côté d'un tapis attaché
Faisaient monter les bottes, comme ça en file indienne
Des tuyaux envoyaient la courte paille dans une cabane
Ça ronflait, c'était dur mais on était contents
On mangeait souvent des haricots et du lapin
On racontait des histoires et on buvait un bon coup
On y repense, nostalgie, et ça vous fout un coup
      Le nouveau progrès
      A tué le métier.

* ou "comme un lion"
** signifie : tout le reste, tout le fourbi, ou tout le saint-frusquin


Deux photos illustreront directement ce texte.
La plus ancienne (Fig.1) a déjà été publiée avec l'Instantané 17. Nous en reprenons le commentaire.


Fig.1. Vers 1927-1928, la batteuse de René Delaplace à la ferme d'Auguste Despagne
(Coll. C. Saunier).

De gauche à droite, les six premiers personnages sont d'abord le patron, René Delaplace, et, juste à côté, son frère André, puis quatre employés. Le 7° est Georges Delaplace (frère plus âgé habitant près de l'église), le 8° avec sa longue fourche est Jean Despagne, la 9° Jane Despagne. Derrière celle-ci, un inconnu. Puis Auguste Despagne et son épouse Léa née Douay, et Augusta Despagne.


Ce dur travail supposait, en principe, une étroite collaboration entre le personnel de l'entreprise et celui de la ferme visitée.
Ici, pas encore de moteur électrique : Comme il se doit, la locomobile restait hors de la grange (ce qui limitait les risques d'incendie) et on aperçoit la batteuse à l'intérieur où étaient stockées les gerbes.

La seconde photo nous présente René Delaplace, bien des années plus tard, à l'occasion d'une journée de ayant pour thème les Vieux Métiers.
Vêtu de son "bourgeron", la pipe à la bouche et coiffé de son éternelle casquette, il pose sur un antique tracteur mais, cette fois, comme le fait remarquer sa fille Marie-Thérèse, il ne s'agissait pas de son "Société".


Fig.2. Ch'batteux René Delaplace sur son tracteur– 14 juillet 1980 à Templeux-la-Fosse.
Les vieux métiers (Photo C. Saunier).

Merci à Paul Moiret (décédé en 1995), à son fils Jean-Marie qui nous a permis de publier ce texte, en a révisé la traduction et nous a envoyé des précisions sur les photos, et merci à Michel Delaire qui nous a mis en contact avec ce dernier.

"C'est émouvant de retrouver tout ce passé..., nous écrit Jean-Marie Moiret. Nous avons revu René près de sa batteuse à Templeux-la-Fosse, ce fut la dernière fois, en 1980 – mon père y était".

 

Et voici que, un texte en appelant un autre, Jean-Marie Moiret nous envoie les lignes qui suivent et leur traduction, toujours à propos de la batteuse de René Delaplace.
Un récit qu'il a recueilli auprès de Pierre Delaplace, 92 ans, ainé de la famille, qui habitait Lempire.

À MALASSISE
Choudin Pierre Delaplace ess ramintuve chou ki ess sé paché
Ale sinsse Demeulester, èle battri à René éto là,
Paul Dureux é nou Arthur Carré, du Ronsswo y z'i étin,
Y s'moète à leu idoé. In péri, pou in lite,
Chon à Malassise bin arrivoé,
Avu in sa d' grwin, traverchi èche fémyi,
Y n'avo ède d'ieu, é békeu ède brin,
In dé deu la fwé, é arrivoé oute bou. Gagnin.

In puss y d'vin foère in détor oussi,
Pou aloé pourté ou guernyi, mé nan, fazin outermin,
N'avo ène ékelle é y grinpin avu leu grou sa,
Tou cha sin akchidin, ché ahurissin......

René avo ède l'outourité, foulo èke cha vouèche,
é cha travaillo téribelmin.
Parfwo békeu d'rind'min. Békeu d'traval,
Parfwo mwin, cha dépindo, ch'ki avo ill all.


En voici la traduction :

"Pierre Delaplace se souvient, le 9 Mars 2011.

C'était à la ferme Demeulester
La batteuse à René était là, à Malassise.

Deux de ses employés Paul Dureux et Arthur Carré, du Ronssoy,
Font un pari, le gagnant aura 1 litre de vin rouge
C'est décidé, voici le sujet.

Traverser le fumier en portant un lourd sac de grains sur ses épaules,
Un lieu où il y avait de l'eau et beaucoup de déjections, c'était mouvant.
Et l'un deux l'a réussi.

En plus ils devaient faire un détour,
Pour aller porter le grain au grenier,
Alors échelle et ils grimpaient avec leurs lourds sacs, incroyable, sans accident.
Pour aller plus vite....... ?

René avait de l'autorité, il fallait que ça marche.
Et en effet tout le monde bossait d'une façon incroyable.
Parfois de grands rendements, il y avait beaucoup de travail,
Parfois moins, cela variait."


1er Complément à "La batteuse Delaplace"
reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 27 janvier 2012

J.M. Moiret nous apprend d’abord que Pierre Delaplace est décédé le 5 juillet 2011 et qu'il repose au cimetière de Lempire.


Fig.3. Le 5 juin 2011. Pierre Delaplace et Mme Vve Moiret (Coll. J.M. Moiret).

Heureusement il a eu la bonne idée de recueillir et de mettre par écrit quelques souvenirs contés par Pierre à propos de la "battrie" de René et nous propose de les publier, ce que nous faisons bien volontiers ci-dessous.

"Il y avait parfois dans les cours de ferme où nous allions pour la "battrie" une gadoue terrible".

(Années 1939-1945)
"Chez Flament, à la Chaussée ("all keuché au Ronssoy"), on y était avec la batteuse et les Résistants ont mis le feu aux meules de paille, et la "battrie" a flambé. On a été réveillé pour cela en pleine nuit.
Alors, on était embêtés : plus qu'une "battrie" pour les gens qui venaient nous implorer pour y aller (battre chez eux). On ne tournait plus qu'avec une... et, en plus, il fallait travailler qu'une demi-journée pour ne pas avoir trop de grains. Mais on ne pouvait faire plus, c'était très embêtant, les Résistants suivaient tout cela
".

"Dans le temps, les gens fumaient en travaillant à la batteuse, mais pas d'incendies : le tabac se consumait plus difficilement, maintenant non".
Une fois seulement, chez Pierre Bitaux, rue Verte, cela a pris feu dans des ballots de paille
".

(Visite chez Pierre, 19 mai 2010)
"À la batteuse, des cultivateurs comme Békaert au Ronssoy, pourtant pas une énorme ferme, ne mettaient pas la main à la pâte. Montre à la poitrine, ils commandaient".
"Chez Ringeval, pareille situation, et deux cousins travaillaient chez lui: un s'occupait des vaches, l'autre autre chose
".

(Visite chez Pierre, 16 février 2011)
"La locomobile, une fois au Ronssoy, à la ferme Békaert (dans la Bassure), elle ripa sur des grès à l'entrée (pavée). Un essieu cassa, la voilà partie, elle finit sa course en écrasant un bâtiment... On a eu des soucis, c'était dur... Moins (par la suite) avec l'appareil électrique".

Fig.4. La locomobile et sa batteuse (photo Internet).
Fig.4. La locomobile et sa batteuse (photo Internet).

Concernant cette ferme, J.M. Moiret rapporte un souvenir raconté par son père Paul :
"Papa me disait : Chez Békaert au Ronssoy, il partait souvent travailler dans ses champs afin d'éviter d'affronter sa femme et ses cinq filles aux langues redoutables... Elles avaient pour surnom "ché weppes" (les guèpes)".

Outre le pari évoqué dans le texte ci-dessus, J.M. Moiret en cite un autre qui eut lieu à Malassise :
"Avec la batteuse à René, entre Paul Dureux et René Dubois : porter au grenier un sac de 120 kg. Cela a été fait. Ils travaillaient dur, marchaient au vin rouge, mais ils sont morts jeunes, dit Pierre".

 

2e Complément à "La batteuse Delaplace"
reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 5 mars 2012

Cette fois c'est le côté nourriture qu'ont connu les travailleurs de la batteuse. Pierre Delaplace en parlait aussi.

AVEC LA BATTEUSE, NOS REPAS CHEZ LES FERMIERS

"Chez Méresse à Lempire, elle tua un coquelet, le dépluma dans son tablier, puis lava le tablier à la pompe batelière, et déposa la volaille sur la cour pleine de purin... Et il fallait manger cela !" (revenu à la maison, je pensais à la célèbre chanson de Gustave Devrainne de Driencourt, "ch'indoul").
Dans le temps maman m'avait dit :  "Ils nettoyaient leur maison une fois par an, lors de la venue de la batteuse".

Mercredi 9/08/2006, visite chez Pierre :
"On avait à manger souvent, c'était la guerre... du cochon salé, j'ai failli en mourir, parfois je n'arrivais plus à manger un bout de moka, etc."

Lors d'autres visites chez Pierre :
"Un jour avec la batteuse, on était chez des fermiers, ils ont tué un mouton, on en a mangé 8 jours... bien qu’accommodé à chaque fois de manière différente".

"A la ferme Thiéry (all keuchi) au Ronssoy, apparentés avec l'écrivain Maurice Thiéry, dit Pierre. Deux vieux garçons, un s'appelait "Moudesse" (Modeste).
Dans la cour, un fourniment pas possible... un bœuf attaché à une charrue dans leur cour, etc... ils avaient un poêle flamand et à côté une montagne d'escarbilles avec les cendres. Ils ne les sortaient pas de la maison. Leur table encombrée, pas nettoyée, une pile d'assiettes sales en attente. Ils y épluchaient les pommes de terre, et les patates étaient aussi noires que du charbon. Leur surnom : "la boîte d'horloge
".

Fig.5 Poêle flamand  (Photo Internet)
Fig.5. Poêle flamand (Photo Internet).

"Dans ces cas là, pour échapper à ces misères je m'arrangeais pour aller manger, tu sais Jean-Marie, chez ta tante Irma Danneels. J'étais copain avec son fils Arthur, c'était bon, elle me faisait des pâtes, etc."
Maman me dit : "Elle l'attendait, elle l'aimait bien."

"À Gilmont, ils faisaient des grandes "fricasses" là, pour 15 personnes..."

"À la ferme Capart, rue verte au Ronssoy, ils avaient des canards énormes. À la "battrie" on mangeait une cuisse. C'était bon, fameux !"

Un jour Pierre nous conduisit, Maman et moi, chez Bernard Delaplace à Gouzeaucourt, il y reparla des canards Capart.
Plus tard il dit aussi (à ses 90 ans fêtés à Roisel) : "J'ai connu ma femme à Malassise, Marie-Julienne Winnepenninckx".

Chez nous, pour l'occasion de la "battrie", c'était souvent du lapin avec des haricots blancs, et Maman faisait des tartes.

 

 3e Complément à "La batteuse Delaplace"
reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 15 mars 2012

Je vous envoie un nouveau texte des souvenirs de Pierre1.

Les Delaplace avaient une préférence pour le village de Bony. Ils en parlent encore avec passion.
"À Bony, à la ferme Frison, c'était triste : il y avait le père, le fils et un ouvrier qui n'avait plus de nez. Juste 2 trous. Un cheval lui avait croqué son nez aux Armées".

(Visite du 16/02/2011 chez Pierre)
"J'ai commencé à travailler à 13 ans. Au début, un jour à Bony, après mon certificat d'études, j'avais mes espadrilles. Il pleuvait, j'étais trempé... Georges Delaplace a été me chercher ce qu'il fallait".

(Autre visite)
En allant à la ferme Dordain à Bony. "Il y avait des ivrognes à la "battrie". Un jour, pour aller à Bony, un qui n'avait pas dessoûlé de la veille fit passer la locomobile à travers champ. Il n'avait pas fait attention aux chevaux, et ceux-ci n'ont pas pris la bonne direction, car les chevaux passaient à l'habitude à travers champs. Comme il avait beaucoup plu, la machine s'embourba. On y a été, dur, et après on a mangé chacun son tour.
À 13 ans, en hiver, je restais parfois à Bony à dormir, une fois chez les Martin à leur ferme
".

À la ferme Vanbremeersch." Une fois, en plein dégel, on conduisit l'attelage à travers champs, et le générateur s'est embourbé près du champ Campagne, c'était un Dordain qui conduisait. On a eu du mal, et on a dû utiliser des madriers, etc... On est arrivé tard à Bony à la ferme Vanbremeersch, et là, on a mangé chacun son tour pour monter la mise en place de la "battrie".

Note
1 Le lecteur trouvera d'autres souvenirs de Pierre Delaplace recueillis par J.M. Moiret, dans l'Instantané n°43 "La morale à l'école".

4e Complément à "La batteuse Delaplace"
reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 21 juin 2012

Pierre raconte (suite). Interview du mercredi 11/06/2008 :

"Une fois à la ferme Capart (Le Ronssoy) une de nos employés s'appelait Joséphine, elle ne travaillait pas toujours bien.
Son "couttron" fut attrapé par la courroie, elle fut déshabillée !
"

"Il y avait aussi de mauvais cultivateurs qui récoltaient peu de blé. Ils prenaient une bonne poignée de blé à la "battrie" et la montraient à leurs familles : Regarde comme il est beau, disaient-ils". Ils conduisaient peu de grains à la vente".

"A la ferme Barbaux (Le Ronssoy), lors de notre venue avec la batteuse, il fallait transporter la courte paille avec des mannes dans un abri plus loin.
Maintenant on s'en passe, mais dans le temps la courte paille avait de l'importance
".

"Il fallait du charbon pour la locomobile. Or les Allemands contrôlaient tout : on avait le droit d'avoir un "Bon Pour", mais il fallait aller chercher le charbon, parfois jusqu'à Amiens. Je suis allé une fois à Saint-Quentin avec Messieurs Minette et De Beir, pour avoir 500 kg que l'on a ramenés.
La locomobile fonctionnait avec son poids (en eau et charbon), dans les 4 tonnes
".

Interview du jeudi 13/11/2008 :

"J'étais à Malassise et la "battrie" était là, chez Demeulester.
Il y avait un petit trou d'eau et on en a pris pour la chaudière, mon cousin glissa dedans et fut tout trempé.
Arriva "Caïffa" avec sa carriole à chien, il vendait des choses.
Plus tard dans Épehy on avait dit que j'étais mort noyé... dans ce trou ! C'est pour cela il faut faire attention... car certaines personnes allaient ainsi raconter ce que, disait-on, avait été dit à d'autres...
".

"Paulet (du Ronssoy) et Lecoq (de Lempire) étaient parfois saouls, ils ne savaient plus où ils étaient et s'approchaient de la courroie, on les rattrapait par le "colbak", mais ils arrivaient à monter les ballots sans tomber !
Lecoq connaissait les fermes où on donnait généreusement à boire ; il allait souvent chercher un "canon" et ils lui donnaient la "goutte" : à ce moment là, il s'en servait une tasse entière !
"
"Dans certaines fermes, pour la moisson il fallait plusieurs attelages ; pour battre, pas de presse, on liait les ballots, il y avait une de ces poussières à avaler !"
 

5e Complément à "La batteuse Delaplace"
reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 8 août 2012

Pierre raconte (suite).

Interview du 23 juillet 2008 :

A la ferme Campagne (Le Ronssoy) :
"C'était dangereux parce que, pour brancher la batteuse, il y avait un poteau en fer. Pour accrocher les bâtons électriques (perches), pas facile. Pour accrocher ces 2 perches, il y avait une capsule - ou boule - en cuivre recourbée, et il ne fallait pas poser la main sur le cuivre, sans cela on recevait un "coup de jus".
On y pensait pas cela faisait parti de notre travail. Je pense que ce système devait être plus économique que le charbon
".

Pierre nous a parlé à plusieurs reprises d'un résistant à Epehy, un "DUBOIS" qui a travaillé pour nous à la batteuse.

Interview du 9 mars 2011 :

"Pour le portage des ballots, pareil : ils (les ouvriers) maniaient cela avec habileté. Parfois l'hiver, dans les hangars, il y avait des courants d'air froid. Avec le vent, le problème était qu'on recevait la paille dans les yeux, et aussi une de ces poussière ! C'est étonnant que l'on ne soit pas mort plus tôt avec cela".
"Certains hivers, il fallait parfois des chevaux ferrés à glace pour tirer la batteuse".
 

Interview du 5 juin 2011 :

"Par ici les Flamands n'avaient pas bonne réputation, on ne les aimait pas : question de langue, de façon de vivre, etc... A la batteuse, chez les gens qui parlaient flamand, je n'ai jamais dit que je comprenais cette langue, c'était celle de ma maman, de ma famille".

Interview du 11juin 2008 :

A la ferme Osselet (Le Ronssoy)
"Dès 6 h. du matin, il avait trait 15 vaches, et il avait aussi préparé 2 attelées (3 chevaux chacune) pour travailler la terre, etc...
Mais à 6 h. du soir, il mettait sa cravate et, dans son fauteuil, il lisait le journal. Il a bien souffert pour mourir; pas vieux.
À la batteuse, il mettait les bottes lui-même avec le n
œud devant, toujours pareil, la femme n'avait plus qu'à couper quand la botte montait sur le tapis roulant".
"Les Drapier étaient 3, nous (les Delaplace) 7. On se voyait à l'école, mais après c'était fini, on restait en famille, c'était comme cela.
Pierre Drapier était surnommé " Tchou chabou "
(Petits sabots). Chez ma sœur Marie-Jeanne, c'était " Ché tchiot belges" .
 

6e Complément à "La batteuse Delaplace"
reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 5 septembre 2012

Pierre raconte (suite) :

Visite à Lempire du Mercredi 11/06/2008.
"PAULET" était saoûl tous les jours, je lui ai souvent sauvé la vie en le rattrapant devant la courroie, il ne la même voyait plus... Il aurait été décapité. Il arrivait quand même à travailler.
À sa maison, rue Verte au Ronssoy, après la ferme Capart à droite, il y avait au moins 6 personnes, des mamans célibataires. Jacqueline ALLOT, de cette maison a travaillé à la batteuse
".

Pierre réfléchit à ceux qui ont travaillé aussi à la batteuse :
"Oui il y avait aussi "La Rousse" et un Gilbert ALLOT, de la rue Verte.
J'ai été à l'enterrement d'Arthur CARRE,
nous dit Pierre, il a travaillé à la "Battrie" et il méritait bien cela.
Il y avait aussi TINTIN
(un surnom), oui je m'en souviens, il était du Ronssoy, venu à notre ferme".
 
Mercredi 13/10/2010,  anniversaire à Pierre fêté à Lempire.
Alphonse SCHOOVAERTS nous dit : "On a arrêté la "Battrie" en 1964" et Marie-Jeanne le confirme. Je demande :
Qu'est-elle devenue ? "C'est Jean-Marie DELAPLACE qui l'a eue et il l'a démolie". Alphonse le regrette profondément : "On aurait pu aller la voir de temps en temps", dit-il.
 
Mercredi 9 Mars 2011.
Pierre nous dit : "En Belgique, j'ai vu une petite batteuse, des chevaux la faisaient fonctionner en marchant dans une grande roue".
 
Conclusion
Lors de nos visites d'amitié Pierre nous disait aussi, (j'y repense souvent et je comprends maintenant) :
"Il faut lutter, ne pas songer trop longtemps".
Et aussi :
"Il faut toujours occuper son esprit".

 

7e Complément à "La batteuse Delaplace"
Reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 19 septembre 2012

Pierre Delaplace évoque quelques souvenirs d'Épehy :

"Je me rappelle, dans le temps, de 3 cafés à Épehy - un à Malassise, un côté Briqueterie et un autre encore".
Maman s'en souvenait aussi : les gens, notamment des travailleurs agricoles, s'y arrêtaient pour boire un coup.
"Chez le curé à Épehy, j'avais un petit pot de lait, ou de crème, 2 œufs sur le plat... la servante me faisait un plus, (quand j'allais) parfois servir la Messe, et au mois de Mai, (il y avait) sans arrêt un office le soir..."

Mercredi 6/02/2008
"À Malassise, ils furent évacués en tombereau en Eure-et-Loir".

Lors d'une autre visite :
"Mon frère Jean-Marie Delaplace s'est orienté vers la Police, policier à St-Quentin. (Il était très) estimé".
Lors de ses obsèques à Epehy, Pierre nous a montré des photos, l'hommage de la Police.
Maman me dit aussi :
"On a rendu visite à Pierre à Malassise, moi et tante Irma Danneels, (à la) ferme Demeulester, pour le décès de la grand-mère de Pierre".

Mercredi 18/11/2009.
"Parfois je pense à ceux que j'ai connus à Épehy, (aujourd'hui) décédés, c'est considérable. Il y avait par exemple des "Pruvot", il y en a plus".
 

 8e Complément à "La batteuse Delaplace"
Reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 6 octobre 2012

Jeudi 15 juin 2012
Léon DUCATTEAU, 89 ans, cultivateur retraité du Ronssoy, se souvient de la famille Delaplace et de la batteuse :

"René DELAPLACE venait chez moi, c'était l'avant dernière fois pour cela, et la dernière année, il n'avançait plus. Onésime DELAPLACE faisait de l'autre côté, vers Gouzeaucourt, etc... Au Ronssoy c'était René. René c'était une vedette !
Arthur CARRE et Paul DUREUX ont travaillé à la battrie.
Les chevaux tiraient la locomobile, et après ce fut le tracteur. À la battrie, il y avait beaucoup d'ivrognes et une poussière considérable
".

L'enterrement de Bernadette SCHOOVAERTS-DELAPLACE (fille à René )
Souvenir de Jean-Marie Moiret :

"On avait décidé avec maman d'aller à Épehy, à la messe d'enterrement de Bernadette ; elle était venue à notre ferme, et nous aimons bien cette famille.
Nous rentrons dans l'église, plus de place, nous avançons vers l'autel. Je vois 2 rangées de bancs libres, je m'assieds et l'Abbé André LEMAIRE arrive : Vous êtes de la famille ? Je réponds que non, je n'allais pas mentir... Alors je me fais "incendier", remonter les bretelles comme on dit !
Nous quittons nos bancs pour nous installer sur l'emplacement à droite, avec la Chorale. Ces dames nous ont bien accueillis, donné des livres de chant et nous voilà partis à chanter (avec ma voix basse je ne suis pourtant pas porté là-dessus !). Et heureusement car, handicapé, je n'aurais pas tenu longtemps debout...
Quelques jours plus tard, Thérèse SELLIÉ-HERLEMONT, en nous apportant du lait, nous dit : "Je vous ai vus à l'enterrement, j'y suis allée aussi
".

Lettre reçue de Marie-Thérèse CAILLY-DELAPLACE (fille à René), de Thièvres (62760), Mars 2011:
"Te souviens-tu que tu étais avec moi derrière, à la presse, quand nous battions chez vous ?
Tu venais t'asseoir sur un ballot. Je garde un très bon souvenir de nos passages chez tes parents
".
(En effet je me rappelle de tout cela, et.Francine DELAPLACE me dit : "Marie-Thérèse n'oublie jamais personne").

 

9e Complément à "La batteuse Delaplace"
Reçu de Jean-Marie Moiret (Le Ronssoy) le 5 novembre 2012


Jean-Marie Moiret évoque ci-dessous pour nous quelques souvenirs, personnels cette fois, de la batteuse, mais inévitablement mêlés à ceux de la famille Delaplace:

"Une fois, dans notre rue Verte, la batteuse était au travail chez Jean Seysen, la presse dépassant légèrement dans la rue. Une fille à René me donne alors un livre ancien : "Ivanhoé". Je pense que c'était Marie-Jeanne, mais je ne sais plus. J'ai gardé précieusement ce livre de Walter Scott et je pense souvent à cette gentillesse des Delaplace.

Mon oncle Roger me parla un jour de la batteuse au Ronssoy, d'une Ginette Flamin qui, dans sa rue, ouvrit la trappe à grains de la batteuse, il en restait toujours un peu. Un tas de grains s'écoulait, qu'elle charriait avec une brouette pour nourrir ses poules une fois la batteuse partie. J'y repense en me demandant si c'est la réalité ou une légende ? car j'ai des doutes là-dessus...

Avec maman, un jour nous sommes allés en visite à Epehy chez René et son épouse. Mon père m'avait dit : "Porte ton poème en prose" (je l'avais écrit en picard).
René, en retraite, et son épouse, nous parlèrent de sa soeur Maria au Canada : elle avait eu la visite d'un ours à sa maison, etc. Côté Demeulester, elle nous parla aussi de son frère Adolphe Hallaert. Pierre, toujours en contact avec eux, nous dit qu'ils étaient dans la province du Manitoba.

Plus tard René, en retraite, nous rendit visite au Ronssoy. Il avait une voix forte et, je m'en rappelle, un bras qui avait été cassé, mal ressoudé.

Une fois nous sommes allés avec maman en visite à la maison de Marie-Jeanne à Epehy, une maison en face de celle de René, on avait accès de l'une à l'autre sans aller dans la rue.
J'avais revu avec émotion la batteuse à René dans un hangar.
 
Pierre Delaplace me dit un jour : "Tu peux aller voir à Malassise, la route est bonne maintenant..." Cela ne s'est pas fait, mais j'y pense".

 


Date de création : 18/01/2011 @ 18h59
Dernière modification : 06/11/2012 @ 18h23
Catégorie : Instantanés
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par schoovaerts_etienne le 12/03/2011 @ 00h33

bonjour, tout d,abord un grand merci  a vous pour ces magnifiques photos ,ou j,ai pu voir la batteuse de mon grand pere maternel, rene delaplace ,et celui ci age d,environ 28 ans  ainsi que son frere georges mon grand oncle, jamais auparavant je n,avais eu la chance de voir cette photo ,qui me fait chaud au coeur ,de plus 1928 etait l,annee de naissance de sa fille bernadette ,ma maman qui malheureusement aujourdh,ui n,est plus de ce monde . j,associe, mes freres et soeur une nouvelle fois a tous mes remerciements etienne,son petit fils

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