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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - F comme Fermes

LES FERMES D'ÉPEHY
au début du XXe siècle

 

À Épehy comme dans tous les villages de France (et, même, on l'oublie souvent, dans bien des villes), l'agriculture fut pendant des siècles l'activité principale, voire exclusive, des habitants. Les familles en vivaient, le plus possible en auto-subsistance, c'était le mode de vie normal de la majorité de la population rurale.

Les autres activités présentes au village étaient aussi très souvent liées aux besoins de l'agriculture (maréchal ferrant, bourrelier, charron, forgeron, meunier...), de même qu'en dérivaient souvent, mais pas toujours, quelques commerces surtout alimentaires (boucherie, boulangerie, brasserie-malterie...). Mais n'oublions cependant pas que nos villages connurent aussi, dès le XVIe siècle et surtout au XIXe, un développement considérable de l’artisanat textile à domicile qui s'exerçait en complément de l'activité agricole. "Les nombreux troupeaux de moutons, la culture du lin, du chanvre, écrivait le géographe Philippe Pinchemel, fournissent les matières premières à une population surabondante. Dans les campagnes pratiquement surpeuplées, qui ne pouvaient vivre des seuls travaux agricoles, l'industrie trouvait une main-d’œuvre bon marché. Dans tous les villages, on tissa la toile, on fabriqua les étoffes de serge, bouracan, camelot"1.

Nous avons la chance de posséder, pour Épehy, deux documents qui donnent une bonne idée du nombre et de la localisation des exploitations agricoles au XX° siècle, l'un concernant le début et l'autre le milieu du siècle.
Nous devons le premier à Andréa Censier, née Marichelle, qui a établi de mémoire une liste des fermes du village avant 1917 (date de la destruction totale d'Épehy). Cette liste comporte 56 noms, et compte tenu qu'il s'agit de souvenirs et non d'un recensement (des oublis sont toujours possibles), ce chiffre doit être considéré comme un minimum.
Notre second document est l’œuvre de René Loiseaux. Il nous présente l'ensemble des 37 fermes d'Épehy en 1940 ainsi que le dénombrement de leur cheptel (chevaux, bovins, ovins).
Est-il besoin de rappeler que son auteur était particulièrement bien placé pour établir une telle liste ?
Héritier de la ferme de son père, Eugène Loiseaux (agriculteur et éleveur qui fut maire d'Épehy de 1937 à 1945), il avait repris les mêmes activités. Il fut par ailleurs conseiller municipal à deux reprises (pendant 12 ans, puis 13 ans) et premier adjoint. Il se trouvait à la tête de l'exploitation agricole la plus importante du village, comme le montrera le Tableau n°2.
C'est dire qu'il était bien au courant de la vie agricole de 1940, et que les dates, lieux, noms et chiffres qu'il nous présente sont parmi les plus sûrs que l'on puisse trouver pour cette période.

Nos deux informateurs (Photos C. Saunier, agrandissements A. Franqueville).

Fig.1

       Fig.1.Andréa Marichelle,                 
 épouse de Joseph Censier – 1978.

 

Fig.2. René Loiseaux – 1975.
  Fig.2. René Loiseaux – 1975.


 

Les changements survenus en un demi-siècle

La comparaison des deux listes (Tableau n°1) nous apprend d'abord qu'au moins 19 noms de fermiers ont disparu entre 1917 et 1940, peut-être davantage dans la mesure où la liste de Mme Censier peut ne pas être complète. Un tiers des fermes ont donc changé de mains entre ces deux dates. En quoi ont consisté ces changements ?

Tableau n° 1

EXPLOITANTS DES FERMES AVANT 1917 ET EN 1940

 

       AVANT 1917
    ADRESSE
      EN 1940
BANCOURT Achille 1, rue du Ronssoy  BANCOURT Achille
BAUDELOT - MONARD 62, Grande Rue

 GYSELINCK Jérôme

BAUDELOT Ernest 16, rue du Riez  DROULEZ Émile
BAUDELOT Maxime Rue de Pezières  LEMPEREUR G;
BLONDEL Simon 16 ou 15, rue de Pezières  BLONDEL Charles
BOULANGER Ismar 2 ?, rue de Pezières  CAPART Georges
CABOURG Roland 18, Grande Rue  Hospice
CARRY 8, Entre Murs et Bois  COCRELLE André
CENSIER Armand 1, rue du Ronssoy  ?
CHARLET 10, rue de Pezières  DANQUIGNY Henri
COCRELLE Jules 1, Entre Murs et Bois  LOY Didier
COCRELLE Roland Rue de Pezières  CATTELIN Henri
COLLET Léon Grande Rue  DORDAIN ?
DEMAREZ Albert 2, rue de Pezières  BONIFACE ?
DERMY Arthur 15, Grande Rue  DAHAES
DESPAGNE Auguste 1, rue Hérouard  DESPAGNE Auguste
DRAPIER Jules 59, Grande Rue  DRAPIER Jules
DUBOIS Henri Pezières  ?
DURIEUX Ernest 8,rue du Corbeau  DURIEUX aLEXIS
FRANQUEVILLE Alexis 40, Grande Rue  FRANQUEVILLE Alexis (retraité)
FURGEROT Albert 13, Grande Rue  GRIÈRE Jules
GAMBLON Jules 76, Grande Rue  GAMBLON Paul
GRAIN (Mme) 68, Grande Rue  CORBEAU
HANGART (Mlle) Grande Rue  ?
HIEZ Thiéphaine 3, rue Hérouard  ?
JOFFRIN Henri 16, rue Neuve  JOFFRIN Gaëtan
LECLERCQ Alphonse Pezières  DRAPÏER P.
LEGRAND Anatole Grande Rue  ?
LEMPEREUR Auguste Rue Neuve  ?
LEMPEREUR Edmond  ??  ?
LEMPEREUR Henri Rue de la Brasserie  Brasserie Chouin
LEMPEREUR Henri 18, Grande Rue  Hospice
LEPREUX Édouard 56, Grande Rue  HERLEMONT Henri
LOMBARD (père) Rue du Cimetière  HÉLUIN
LOMBARD Frédéric 8, rue de la Haie du Pré  MARTIN Désiré
LOY Albert Ferme du Bois  LOY Jean
LOY Albert 3, rue d'Écosse  BROZIACK
MAGNIEZ (d'en bas) Route d'Heudicourt  ?
MAGNIEZ Arsène 82, Grande Rue  LOISEAUX Eugène
MARCOURT Albert Grande Rue  (un boucher ?)
MARQUANT Apollon 6, rue Sauvé  MARQUANT Marcel
MARQUANT Henri Grande Rue  ?
MONIER Victorine
(dite la Ridelle)
16, rue de la Fraîcheur  VASSEUR René
MOREAUX Léon Place Verte  LEROY
NOËL Malassise  DEMEULESTER
PERNOIS Victor 26, rue du Riez  HIEZ Joseph
PRODOMO (frères) 45, Grande Rue  LEMPEREUR Auguste
RICQ Paul 49 ou 51, Grande Rue  RICQ Paul (transports)
RIGAUD Léon 9, rue du Riez  NOBÉCOURT Abel
RIGAUX Joseph 46, rue Neuve  (MAFILLE Clotaire)
ROLAND Auguste Rue Neuve  HLM 20 - 30 rue Neuve
TÉTARD 4, Grande Rue  CNOCKAERT
THIERRY Albert 80, Grande Rue  THIERRY Jean
THIERRY Édouard 61, rue Neuve  THIERRY Paul
TROCMÉ – MIGNOT 79, Grande Rue  PERTRIAUX Louis
TROCMÉ Gabriel Malassise  MONTIGNIES Jules
  78, Grande Rue  DELABRE
  54, Grande Rue  FRANQUEVILLE Georges
  16, rue Marceau Carpentier  MARQUAND Sylvain
  1, Route d'Heudicourt  VASSEUR Henri

 

Certaines fermes ont disparu du paysage villageois : on en compte neuf qui, peut-on penser, n'ont pas été rebâties après la destruction du village ou, en tout cas, pas en tant que fermes. Ce sont les fermes d'Armand Censier, Henri Dubois, Mlle Hangart (dont on sait qu'elle est décédée en 1914), Thiéphaine Hiez, Anatole Legrand, Auguste Lempereur, Edmond Lempereur, Henri Lempereur (deux fermes ?), Magniez (d'en bas), Henri Marquant. Ces fermes disparues étaient réparties un peu dans toutes les rues du village.

Mais il faut encore y ajouter cinq autres dont on sait qu'elles ont été remplacées par des constructions affectées à un autre usage que l'agriculture. Ainsi le nouvel Hospice Camus a, certes, replacé le précédent sur le même lieu (Fig.3), mais il a été considérablement agrandi en englobant les emplacements de deux fermes de la Grande Rue, celles de Roland Cabourg et d'Henri Lempereur.

Fig. 3. L'hospice d'Épehy avant 1917 (carte postale, coll. C. Saunier).
Fig. 3. L'hospice d'Épehy avant 1917 (carte postale, coll. C. Saunier).

De même, rue de la Brasserie, le ferme d’Henri Lempereur a laissé la place à la Brasserie Chouin, celle d'Albert Marcourt, Grande Rue, est devenue une boucherie (semble t-il), celle d'Auguste Roland, rue Neuve, a fait place aux HLM n° 20 à 30, celle de Joseph Rigaux, au n° 46 de la même rue, est passée aux mains de Clotaire Mafille, marchand de journaux. Enfin, si Paul Ricq se trouve toujours au même endroit dans la Grande Rue, il y exerce désormais une activité de transporteur.

Les raisons de ces disparitions peuvent être diverses : l’exploitant, trop âge ou ruiné, a renoncé à repartir de zéro, surtout, on l'imagine, lorsqu'il n'avait pas d'héritier, ou bien aucun héritier n'a voulu reprendre la ferme, même si certains sont peut-être restés au village, ou encore le fermier n'est pas rentré au village après l'évacuation de 1917, etc.
Au total, on peut identifier de façon sûre 14 des 16 fermes disparues.

En fait, quatre fermes seulement sont exploitées par le même agriculteur depuis la veille de la Première Guerre mondiale jusqu'à la veille de la Seconde, après que leurs bâtiments aient été reconstruits, bien sûr. Ce sont les fermes d’Achille Bancourt (Fig.4), Auguste Despagne, Jules Drapier et Alexis Franqueville, ce dernier ne semblant cependant pas avoir réellement repris son activité agricole après 1920.

Mais en 1940, d'autres fermes avaient été apparemment reprises par un héritier de l'exploitant d'avant 1917 portant le même nom de famille, sans qu'il s'agisse nécessairement d'un fils : ainsi Charles Blondel a succédé à Simon Blondel, Alexis Durieux à Ernest, Paul Gamblon à Jules, Gaétan Joffrin à Henri, Jean Loy à Albert (Ferme du Bois, Fig.5), Marcel Marquant à Apollon, Jean Thierry à Albert, Paul Thierry à Édouard, et Georges Franqueville à son oncle Alexis qui possédait donc deux fermes dans la Grande Rue. Soit un total probable de neuf fermes dans ce cas.

 Fig.4. La ferme Achille Bancourt avant 1917, au n°11 rue du Ronssoy (Coll. C. Saunier).
Fig.4. La ferme Achille Bancourt avant 1917, au n°11 rue du Ronssoy (Coll. C. Saunier).

Fig.5. À la Ferme du Bois, Florina Loy, épouse d'Albert,  surprise par un photographe allemand vers 1916 (Coll. Charlet-Loy).
Fig.5. À la Ferme du Bois, Florina Loy, épouse d'Albert,
surprise par un photographe allemand vers 1916 (Coll. Charlet-Loy).

Enfin lorsque, d'une liste à l'autre, l'exploitant a changé de nom (c'est le cas le plus fréquent : 29 fermes), cela peut signifier plusieurs choses. La ferme peut avoir été reprise par un gendre. Ainsi Henri Herlemont a succédé, sur le même emplacement, à son beau-père Édouard Lepreux ; M. Corbeau a succédé à Mme Grain en épousant sa fille ; Jérôme Gyselinck a également repris la ferme de son beau-père Baudelot-Monard.
Mais la ferme peut aussi avoir été mise en location (ainsi celle de Roland Cocrelle louée à Henri Cattelin) ou encore avoir été vendue (ainsi celle de Gustave Loy vendue à M. Broziak).

De la même façon, les deux fermes de Malassise ont changé d'exploitant entre les deux dates considérées : celle des Trocmé (Fig.6) a été affermée à Montignies, et celle de Nöel (probablement) à Demeulester.

Fig.6. Ferme familiale Trocmé de Malassise en 1875 (Archives Trocmé).
Fig.6. Ferme familiale Trocmé de Malassise en 1875 (Archives Trocmé).

Ce ne sont là que quelques exemples, car il est difficile, voire impossible, de connaître dans le détail l'explication de chacun de ces changements de noms.

Terminons l'analyse de ce tableau en constatant qu'en 1940 trois fermes sembleraient nouvelles : celles de Sylvain Marquand, d'Henri Vasseur et de Delabre, mais ce n'est peut-être qu'une apparence due à notre connaissance partielle de la situation antérieure à 1917.

Visite guidée à travers les quartiers et les rues du village : d'avant-hier à hier

Retrouver ces fermes d'autrefois réveille fatalement des souvenirs qui s'y rattachent, qu'il s'agisse des lieux ou des personnes, et nos lecteurs auront sans doute plaisir à les partager avec nous.

Au Riez et rue du Ronssoy
Au 9 de la rue du Riez, Abel Nobécourt a pris la place de Léon Rigaud dont Gabriel Trocmé parle dans ses "Carnets de guerre", tandis qu'au 16, sur la Place du Riez, Émile Droulez a remplacé Ernest Baudelot. Une carte postale de 1905 environ (Fig.7) montre le troupeau de moutons d'Ernest Baudelot sortant de la ferme.

Fig.7. Place du Riez avant 1917, avec son puits à gauche,  la ferme Ernest Baudelot et son troupeau de moutons (Coll. C. Saunier).
Fig.7. Place du Riez avant 1917, avec son puits à gauche,
la ferme Ernest Baudelot et son troupeau de moutons (Coll. C. Saunier).

Au 26, Victor Pernois, qui fut maire d'Épehy de 1932 à 1937, a continué son métier de cultivateur après l919. Dès 1938-1940, son successeur, Joseph Hiez, avait considérablement modernisé cette ferme en l'équipant du courant triphasé qui actionnait moteurs et engins électriques divers.
Concernant Edmond Lempereur, nous n'avons pas de renseignements.
D'une famille au niveau social assez élevé, Ernest Durieux, au 8 de la rue du Corbeau, succéda à Gabriel Trocmé comme maire du village de 1928 à 1932, année de son décès. Il possédait là une brasserie-malterie qui fut détruite en 1917.
Rue du Ronssoy (n°11), Achille Bancourt, toujours présent en 1940, a laissé une réputation de bon vivant. Il fut le "chasseur" du moineau blanc qui devint l’emblème du Café-Hôtel de la Gare (voir Fig.24 de l'article "H comme Hôtels après 1919"). Au n°1 de la même rue, Armand Censier était, comme les membres de sa famille du Ronssoy, plutôt charron qu'agriculteur.

La Grande Rue (rue Raoul Trocmé)
Descendons la Grande Rue depuis ce carrefour avec les rues du Ronssoy et du Riez.
Au n°4, la ferme Tétard (Fig.8) a été reprise par Cnockaert, agriculteur d'origine flamande à la réputation de gros travailleur. Tétard est un vieux nom de famille du village, aujourd’hui disparu (seul le bois Tétard en témoigne encore), mais nous ne savons rien sur cette famille.

Fig.8. En 1916, la ferme Tétard occupée par l'armée allemande.  Elle deviendra ferme Cnockaert puis Devillers (Photo don Gustave Loy).
Fig.8. En 1916, la ferme Tétard occupée par l'armée allemande.
Elle deviendra ferme Cnockaert puis Devillers (Photo don Gustave Loy).

Sur la gauche, au n°13, Albert Furgerot était à la fois agriculteur et boucher. En 1940, Jules Grière lui a succédé sur la ferme tandis que lui-même était installé au 34 Grande Rue.
Au 15, Georges Dhaes ,également d'origine flamande, a remplacé Arthur Dermy. Outre son activité de cultivateur, celui-ci était président de la fanfare d'Épehy.
Nous avons vu que l'Hospice Camus, au n°18, a annexé les emplacements des anciennes fermes de Roland Cabourg et d'Henri Lempereur, mais nous ignorons si ce dernier était aussi le propriétaire de la brasserie voisine ou s'il s'agissait d'un autre Henri Lempereur.
Disparue après 1917, la ferme d'Anatole Legrand se trouvait à proximité de la Mairie.
Toujours vers le milieu de la Grande Rue (Fig.9), la ferme de Léon Collet a été remplacée par celle de Dordain, et presque en face, Alexis Franqueville habite toujours sa ferme en 1940, bien qu'il ne soit plus agriculteur.
Les frères Prodomo, un curieux nom ancien mais aussi disparu, avaient leur ferme au n°45. En 1940, Auguste Lempereur (dit Ch'Gus) leur avait succédé sur les lieux.
Au n°54, Georges Franqueville a repris depuis 1936 une ferme héritée de sa grand-mère paternelle et qui était jusqu'alors exploitée (ou peut-être mise en location ?) par son oncle Alexis. À noter que l'actuelle écurie de cette ferme est l'une des rares constructions à avoir survécu à la destruction du village2.

Fig.9. Remontant la Grande Rue, le troupeau (d'Arsène Magniez ?) passe devant la ferme Alexis Franqueville (à gauche). Plus loin, le bâtiment blanc du tissage Leriche (Coll. C. Saunier).
Fig.9. Remontant la Grande Rue, le troupeau (d'Arsène Magniez ?) passe devant la ferme Alexis Franqueville (à gauche). Plus loin, le bâtiment blanc du tissage Leriche (Coll. C. Saunier).

En face, là où nous retrouvons Paul Ricq en 1940, il est possible que l'activité de transports que ce dernier exerce alors soit la continuation des Transports Cuissette ?
Avançons dans la Grande Rue sans trop nous attarder. La ferme d’Henri Marquant a disparu sans laisser de traces. Celle de Jules Drapier, au n° 59, est toujours là en 1940, la batteuse aussi ! Rappelons que les granges des fermes Lepreux (au n°56) et Grain (au n°68) furent parmi les sept du village à avoir été brulées par les Allemands dès le 27 août 1914, en représailles à la résistance qu'ils y avaient rencontrée3.

Au 62, Gyselinck a remplacé Baudelot. Au 79, Louis Pertriaux remplace le couple Trocmé-Mignot. Nous avons déjà noté l'installation de Corbeau au 68, la disparition de Mlle Hangart, et la succession de Paul Gamblon à son père Jules au n° 76. Paul fut par ailleurs commandant des pompiers du village.

Nous arrivons ainsi au n° 82, la ferme Arsène Magniez (Fig.10 et 11) qui fut maire du village de 1888 à 1908. Sa grange, mais encore sa maison, fut parmi celles qui furent incendiées le 27 août 1914 par les troupes allemandes et trois de ses ouvriers y furent assassinés.
En 1940, cette ferme est aux mains d'Eugène Loiseaux qui l'a rachetée vers 1921-1922. Cultivateur, celui-ci pratiquait aussi l'élevage des chevaux et des brebis. On a vu qu'il fut maire d'Épehy de 1937 à 1945.

Fig.10. Avant 1917, ferme Magniez d'Hargival avec son pigeonnier (Coll. C. Saunier).
Fig.10. Avant 1917, ferme Magniez d'Hargival avec son pigeonnier (Coll. C. Saunier).

 

Fig. 11. Entrée de la maison d'Arsène Magniez, avant 1914 (Coll. M. Delaire). C'est la seule photo de cette période où l'on voit Arsène Magniez sur la terrasse  en compagnie de sa femme, ses deux filles et deux autres personnes de la famille.
Fig. 11. Entrée de la maison d'Arsène Magniez, avant 1914 (Coll. M. Delaire).
C'est la seule photo de cette période où l'on voit Arsène Magniez sur la terrasse
en compagnie de sa femme, ses deux filles et deux autres personnes de la famille.

Pezières et les rues voisines
Ce quartier, centré sur le "Château des Moines" (et son "chwé"), qui n'était déjà plus habité en 1914 et appartenait alors à César Roland (Fig.12 et 13), doit son origine à la "grange" (la ferme) des moines de l'Abbaye de Vaucelles.
Il a gardé de ce passé des bases et des restes d'anciens murs, des entrées de mystérieuses galeries qui ne manquaient pas d'éveiller la curiosité des enfants. "En 1912-13, notre grand plaisir était de visiter ce Prieuré abandonné avec le fils de Monsieur Roland, mon camarade d'enfance, écrit Gustave Loy. Pas trop rassurés, nous explorions les lieux avec les moyens de bord : bougies, allumettes, lanterne-tempête. On y retrouvait les accès aux souterrains, mais avec une curiosité prudente, nos investigations n'ont jamais été plus loin que le bâtiment"4.

Fig.12. Le "Château des Moines" à Pezières avant 1917 (Coll. C. Saunier).
Fig.12. Le "Château des Moines" à Pezières avant 1917 (Coll. C. Saunier).

 

Fig.13. La ferme de César Roland avant 1917 (Coll. C. Saunier).
Fig.13. La ferme de César Roland avant 1917 (Coll. C. Saunier).

uant au "chwé", il avait naturellement un rôle essentiel, étant le point d'eau où l'on s'approvisionnait pour les besoins des fermes et où l'on venait faire boire les animaux (Fig.14 et 15).

 

Fig. 14. La corvée d'eau au "chwé" de Pezières avant 1917 (Coll. C. Saunier).
Fig. 14. La corvée d'eau au "chwé" de Pezières avant 1917 (Coll. C. Saunier).

Fig.15. Activités diverses autour du "chwé" (Coll. C. Saunier).
Fig.15. Activités diverses autour du "chwé" (Coll. C. Saunier).

Au n°2 de la rue de Pezières, la grange de la ferme d'Albert Demarez fut aussi incendiée le 27 août 1914. En 1940, il semble que son occupant était Boniface.

Au 10, Danquigny a repris la ferme Charlet, et au 12, Henri Cattelin celle de Roland Cocrelle. Nous repérons ensuite Cappart qui a succédé à Ismar Boulanger, Pierre Drapier à Alphonse Leclerc, Georges Lempereur à Maxime Baudelot, et au n° 15 Charles Blondelle a pris la place de Simon.

Nous repérons ici l'existence de restes de vieux murs de pierres et de bases de murs, de trous mystérieux, etc., toutes choses qui rappellent que nous sommes ici dans le vieux quartier du village et qu'ici ont existé, depuis le XIIe siècle jusqu'à la Révolution, la "grange" des moines cisterciens et ses dépendances (Fig.16 et 17).

Fig.16. Vieux murs de Pezières, ferme Cappart en 1940 (Photo C. Saunier, 1982). Suite à divers aménagements sont apparus, en 1982, des murs anciens de pierres et de briques  comme il y en avait beaucoup avant 1917.
Fig.16. Vieux murs de Pezières, ferme Cappart en 1940 (Photo C. Saunier, 1982).
Suite à divers aménagements sont apparus, en 1982, des murs anciens de pierres et de briques
comme il y en avait beaucoup avant 1917.

Fig.17.Vieux murs de Pezières, ferme Danquigny en 1940 (Photo C. Saunier, 1982).
Fig.17.Vieux murs de Pezières, ferme Danquigny en 1940 (Photo C. Saunier, 1982).

Nous arrivons Rue d'Écosse où, au n° 3, Gustave Loy (père) a laissé place à Brodziak, et Place Verte, à la ferme de Léon Moreaux (reprise par Leroy) : une ferme qui a subi le même sort que celle d'Arsène Magniez (incendie de la maison et de la grange), heureusement sans victimes cette fois. À noter que, dans le même quartier, Henri Moreaux, le cultivateur-photographe-meunier a également vu sa grange et sa maison incendiées (mais, étant principalement meunier, il n'apparaît pas dans la liste établie par Mme Censier).

Avant de quitter Pezières, un détour vers le route d'Heudicourt nous conduit à la ferme d'Henri Vasseur (au n°1) signalée en 1940 mais qui, semble t-il, n'a succédé à aucun bâtiment agricole antérieur, tandis qu'au contraire, face au calvaire, la ferme Magniez (d'en bas) qui se trouvait là avant 1917 n'a pas été reconstruite.

Les autres rues
Peut-être n'est-il peut-être pas inutile de rappeler d'abord que la rue Paul Dubois se dénommait auparavant rue de la Fraîcheur, la rue Marceau Carpentier, rue Gressin, et la rue Louis George, simplement rue du Cimetière

Dans la rue Entre Murs et Bois, Didier Loy remplace Jules Cocrelle, et André Cocrelle remplace Carry, tandis qu'à la Ferme du Bois Albert Loy a laissé la place à Jean.
Au n°16 de la rue Paul Dubois, la ferme de Victorine Monier était aussi un café avant 1917; mais pourquoi donc Victorine était-elle surnommée "la Ridelle", nom des côtés du chariot en forme de râteliers qui maintiennent la charge ? Mystère !
Rue du Pré, Désiré Martin a succédé à Frédéric Lombard.

Mais reprenons la rue Neuve. Au 61, à l'angle avec la rue de la Fraîcheur, Paul Thierry a remplacé Édouard. Au 46, on a vue que Clotaire Mafille remplace Joseph Rigaux, mais nous n'avons pas de renseignement sur les destin de la ferme Auguste Lempereur. Du n° 20 à 30, les HLM ont succédé à la ferme Auguste Roland et au n° 16, Gaétan Joffrin remplace Henri.

Revenons en direction de l'église pour terminer notre tour du village. Dans la rue Hérouard, au n° 1 Augusta Despagne, fille d'Auguste et de Léa née Douay, et au n° 3, la ferme de Thiéphaine Hiez a disparu. Au 6 rue Sauvé, Marcel Marquant remplace Apollon. Au 16 de la rue Marceau Carpentier, on trouve en 1940 Sylvain Marquant qui a repris une ferme dont nous ignorons l'origine.
De l'autre côté de la Grande Rue, la Brasserie Chouin se trouve sur les lieux d'une ferme Henri Lempereur, et rue du Cimetière, Héluin s'est substitué à Lombard (père).

Enfin à Malassise, nous l'avons vu, Montignies a repris la ferme Trocmé et Demeulester la ferme Noël.

Les fermes et leur importance en 1940

Ce sont donc 37 fermes que René Loiseaux a répertoriées en 1940, assorties du décompte de 184 chevaux et 232 vaches (Tableau n°2), sans oublier les 350 brebis de la ferme familiale et les troupeaux (non dénombrés) des fermes de Malassise et de la ferme Droulez.

 

Tableau n° 2

LES FERMES D'ÉPEHY EN 1940

Tableau n° 2  LES FERMES D'ÉPEHY EN 1940
Tableau réalisé par René Loiseaux, mai 2010.

 

Le nombre des chevaux était, bien sûr, en rapport direct avec le nombre d'hectares travaillés par ces exploitations, mais la moyenne de 5 chevaux par ferme n'a guère de signification. On voit en effet qu'il existait alors 3 grosses fermes (plus de 10 chevaux), 9 fermes moyennes (5 à 8 chevaux) et que les 25 autres fermes étaient des petites exploitations (3 à 4 chevaux).

La majorité des fermes étaient donc de petite taille : 15 (soit 40,5 % du total) ne comptaient que 3 chevaux et plus de 2 fermes sur 3 (25, soit 67,5 %) n'avaient que 3 à 4 chevaux. Ce nombre de 3 chevaux semble avoir été le minimum indispensable pour exercer le métier d'agriculteur (Fig.18). Quant aux quelques grosses fermes, elles étaient des reliques des grandes propriétés seigneuriales ou monacales qui se partagèrent les terres du village jusqu'à la Révolution.
Partout les cultures habituellement pratiquées étaient, en assolement triennal, le blé, la betterave à sucre un peu de pommes de terre et divers aliments pour l'élevage : seigle, orge, avoine, trèfle, luzerne, bref, une petite polyculture avant tout destinée à répondre aux besoins familiaux.

Fig.18. Attelage de moissonneuse-lieuse devant la ferme Cocrelle, 1926. André Cocrelle sur la moissonneuse. (Coll. C. Saunier).
Fig.18. Attelage de moissonneuse-lieuse devant la ferme Cocrelle, 1926.
André Cocrelle sur la moissonneuse. (Coll. C. Saunier).

Il s'agissait donc essentiellement une petite agriculture familiale. En 1900, l'instituteur Dumont écrit, dans sa "Monographie" d'Épehy, que "les trois-quarts des terres sont exploitées par leur propriétaire. L'autre quart est loué aux cultivateurs". L'une des conséquences de la Première Guerre mondiale sur cette agriculture fut donc une réduction du nombre de propriétaires-exploitants tandis qu'augmentait la superficie de terres données en location. Face à cette réduction, plusieurs fermes furent cependant reprises par des agriculteurs nouvellement installés au village, ou même originaires de l'étranger.
On sait qu'à la fin du XXe siècle, cette évolution s'est brusquement accélérée en raison des changements survenus dans les techniques de culture, mais aussi surtout parce que la production était désormais principalement destinée au marché national, voire international, et soumise à ses lois.

Aujourd'hui
Avec le document d'Andréa Censier, nous étions avant-hier. Avec celui de René Loiseaux, nous étions hier...
Et aujourd'hui, direz-vous, qu'en est-il des fermes d'Épehy ?

Sachant que le terroir villageois compte 1 733 hectares, que la surface agricole utilisée est de 1 482 ha, combien sont les fermes aujourd'hui en activité sur la commune et quelles sont les cultures pratiquées ?
Les statistiques nous apprennent que leur nombre est passé de 34 en 1979 à 25 en 1988, à 7 en 2000 et à 5 actuellement5. On voit qu'entre 1940 et 1979, le nombre de fermes était resté assez stable (légère baisse de 36 à 34 exploitations), tandis que leur disparition fut ensuite très rapide dans les 20 dernières années, la diminution atteignant alors les 80 %.
Mais les chiffres révèlent aussi que le nombre de chefs d’exploitation est passé de 18 à 3 entre les mêmes dates, et qu'en 2000, il n'y a plus que 5 salariés agricoles permanents au village. De mode de vie de la majorité de la population, l’agriculture est désormais devenue une spécialité réservée à quelques-uns.
Parallèlement à cette évolution de l'emploi, les changements dans l'utilisation des terres n'ont pas été moins considérables. Les terres labourables occupent désormais 99 % de la superficie agricole, les pâtures proches du village où l'on menait chaque jour les vaches laitières et où l'on élevait les chevaux, ont pratiquement disparu (5 ha en 2000, au lieu de 76 en 1979). Cédant la place à la culture des petits pois, la part des terres labourables consacrée aux céréales a certes diminué (56 % en 2000, au lieu de 66 % en 1979), de même que celle consacrée au betteraves sucrières (16 % au lieu de 24 %), mais la principale priorité est désormais donnée au blé : il occupe en 2000, 48 % des terres labourables et 85 % des terres en céréales, au lieu de 39 % et 60 % en 1979.

Fig.19. Le blé, devenu la spécialité du terroir villageois (Photo C. Saunier, 1978).
Fig.19. Le blé, devenu la spécialité du terroir villageois (Photo C. Saunier, 1978).

Nous sommes donc passés d'une petite polyculture familiale à une grande monoculture agro-industrielle, et cela de façon très brutale. Les statistiques montrent que ces exploitations fonctionnent d'ailleurs sur des superficies de plus en plus vastes tandis que se réduit la main-d’œuvre employée. Notre monde rural compte de moins en moins de population agricole (chefs d'exploitation, aides familiales et salariés), mais a paradoxalement un besoin sans cesse croissant de terres, à tel point que des agriculteurs des villages voisins viennent travailler celles de notre commune, faute d'en trouver suffisamment chez eux : sur les 1 482 ha exploités sur le terroir communal, 555, soit un tiers, le sont par des agriculteurs des villages voisins.
 



Notes
1 Pinchemel Ph., Godard J., Normand R., Lamy-Lasalle C. : Visages de la Picardie. Éd. Horizons de France, Paris, 1949 (p.37). Serge : textile caractérisé par un entrecroisement oblique des fils ; bouracan : grosse étoffe de laine de mouton ; camelot : étoffe de poil ou de laine.
2 Informations données par Léone Franqueville, fille de Georges.
3 Gabriel Trocmé : Les carnets de guerre du maire d'Épehy, première partie – Revue Cambrésis Terre d'Histoire n°39, juin 2004, p. 22.
4 Gustave Loy raconte Épehy. Vers 1980. 25 p. (p.3).
5 Nous devons toutes les informations concernant cette dernière partie à l'amabilité de Michel Delaire à qui nous adressons nos plus vifs remerciements.


Date de création : 07/02/2011 @ 15h13
Dernière modification : 25/04/2012 @ 10h04
Catégorie : Le village
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