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Le 10/03/2013 à 04h08

Les champs - C comme Crime

C comme Crime : Le crime de "La Haie Tassard"

 

« Le lieu-dit "La Haie Tassard" se situe aussitôt à l’ouest du point haut de 145 mètres d’altitude qui, lui aussi, est à l’ouest de la ferme du Bois. Ce point haut a une particularité : alors que toutes les fermes des alentours sont du bon lœss picard, argile et sable assez compact et bien connu de tous, il y a à ce point là une surface d’un hectare (plus ou moins) constituée d’une terre sableuse humifère, douce au toucher comme au pas. Vu l’altitude, on comprend que jadis, les cultivateurs aient planté là une haie bien venue pour couper les vents d’hiver et les pluies.

La Ferme du Bois et le cimetière anglais
Fig. 1. La Ferme du Bois et le cimetière anglais
dont les croix furent d'abord en bois (Coll. C. Saunier).

Si l’on retire la surface du village et celles des pâtures environnantes que G. Trocmé estimait, dans ses mémoires de 1916, à 198 hectares, il reste 1 400 à 1 500 hectares de terres en culture, ses chemins et ses sentiers.

Il subsiste encore quelques chemins pittoresques. Certains sont "chemin blanc", "chemin vert", "chemin noir" et d’autres encore. Tous, selon leur direction, doivent par moment s’enfoncer un peu pour éviter une ondulation de terrain et cela fait, en parler local, des "rouillons".

Bien utiles ces rouillons, pour abriter un attelage échauffé par le labour, utiles aussi pour laisser un peu de végétation spontanée, servir de pacage et de cachette pour les gibiers de tous poils et plumes qui étaient une source importante de nourriture. N’oublions pas les arbres, souvent des têtards dont l’ombre était fort appréciée en été et qui indiquaient qu’ils étaient sans doute au XVIIe et XVIIIe siècles de simples souches d’osier, matériau indispensable alors en attendant l’avènement du fer à, presque, bon marché.

Voici donc "La Haie Tassard". Les terres contiguës étaient nommées : "Au-dessus de la Haie Tassard", ou "Au-dessous..."1. C’était aussi un des multiples sentiers qui menaient à toutes ces parcelles de terre et aussi aux villages voisins. Justement, celui-ci allait vers Guyencourt-Saulcourt, et le héros malheureux de ce récit y allait aussi avec, dans sa poche, le produit de la livraison faite à l’aller de pièces de tissage, broderies, mulquinerie. C’était une belle somme en billets ou en or, car tout billet était convertible.

Cette "Haie Tassard" était déserte et c’était peut être la nuit. Il n’y eut aucun témoin. Ce n’est que le lendemain que l’on trouva le corps du malheureux tisseur. L’affaire fit grand bruit à l’époque, mais on n’en sut pas plus. Ceci se passait à la grande époque du tissage à domicile avant la mécanisation des métiers.

Des âmes charitables construisirent, au lieu de l’agression, un petit monument de quelques pierres et y plantèrent une croix de fer. Petit à petit, au fil des ans, les pierres disparurent mais la croix, enfoncée profondément, subsista longtemps. Des propriétaires des champs voisins l’ont encore vue il y a une trentaine d’années. Le temps passant, ce lieu-dit fut appelé "La Petite Croix" et l’histoire n’est pas complètement oubliée ».

——————————————

Le texte ci-dessus, écrit et illustré par Claude Saunier qui a recueilli ce récit auprès de M. Thierry, agriculteur d'Épehy, correspond bien à l'explication du lieu-dit "La Petite Croix" (en picard "El tiote croé") que m'avait transmise mon grand-oncle Henri Moreaux, au cours des parties de chasse qui nous conduisaient par là. Je me souviens avoir vu cette croix en ferronnerie, toute rouillée, quelque part sur la droite (me semble t-il) du chemin de Saulcourt à Épehy. Selon cette version, un jeune homme qui transportait du drap fut là attaqué, dépouillé de son chargement et assassiné, la seule différence, minime, avec le texte ci-dessus étant que la victime transportait du drap et non l'argent de la vente de celui-ci.

Il faut d'ailleurs regretter que bien des lieux-dits disparaissent peu à peu, même des documents officiels. La dernière version du cadastre, en ligne sur Internet, ne mentionne que "Le Dessus de la Haie Tassart" qui n'apparaît d'ailleurs pas sur le plan; tandis que "La Haie" elle-même a disparu, de même que "Le Dessous...", et malheureusement aussi "La Petite Croix". De paysage humanisé sur lequel des générations de paysans avaient posé leurs marques et leurs souvenirs, le terroir du village devient ainsi peu à peu un désert anonyme et sans passé.

De quel chemin de Saulcourt s'agissait-il exactement ? Les différentes cartes montrent qu'il en a existé deux, sinon trois chemins reliant Épehy à Saulcourt !

Les chemins de Saulcourt selon la Carte d'État-Major
Fig 2. Les chemins de Saulcourt selon la Carte d'État-Major.

En comparant Carte dite d'État-Major (Fig. 2) à la carte IGN au 1/25 000e (Fig. 3), on constate en effet l'existence :

1/ d'un chemin actuel, devenu route goudronnée, le plus direct de Pezières à Saulcourt, à mon avis le plus récent,

2/ d'un chemin ancien qui, depuis Pezières, passait au ras de la Ferme du Bois, puis par le point coté 147, et rejoignait le "Chemin vert" pour aboutir entre Guyancourt et Saulcourt,

3/ d'un chemin qui partait du point coté 122 au sud d'Épehy (ce point était apparemment le départ d'une étoile de cinq chemins), traversait l'actuelle route de Saulcourt, passait entre "La Haie Tassart"2 et "Les Chaufours" et rejoignait également le "Chemin vert".

Il est possible, sur la carte IGN (Fig. 3), de suivre encore ces cheminements, en dépit des interruptions déjà observables. Comme l'indique la date des levés, la situation que présente cette carte est celle de 1952. Aujourd'hui, sur les photos de Géoportail et de Google, tout cela a pratiquement disparu.

Les chemins de Saulcourt
Fig. 3. Les chemins de Saulcourt
selon la carte IGN 1/25 000e

On peut penser que le crime rappelé par la Petite Croix eut lieu soit sur le deuxième chemin de Saulcourt mentionné, quelque part entre les points cotés 145 et 144, soit sur le troisième, entre les points 137 et 144, à un endroit où le chemin s'enfonçait en "rouillon" vers le sommet de la colline, lieu propice aux guets-apens. La carte IGN signale d'ailleurs encore dans cette zone l'existence de ces talus.

Quand ce crime s'est-il produit ? Dommage que la tradition orale ne conserve pas le souvenir des dates, ni même des siècles... La production du drap a pris son essor en Flandre au XIIIe siècle et a alors donné lieu a un commerce très actif. Mais les faits se rapportent plutôt, comme le suggère Claude Saunier, à la période récente, probablement au XIXe siècle qui a vu la multiplication du tissage à domicile en milieu rural, par ceux que l'on appelait les "mulquiniers". À Villers-Guislain, "la grande période de prospérité pour le tissage fut la période 1890-1905"3 ; on peut admettre qu'il en fut à peu près de même à Épehy où le maximum de population a été atteint dans la seconde moitié du XIXe siècle avec 2 030 habitants.

Quant à l'identité de la victime, nous ne la connaîtrons probablement jamais... Les premières cartes d'identité ne sont apparues dans le département de la Seine qu'en 1921 et elles étaient encore facultatives...

Notes :
1 Les lieux-dits de la Somme, (tout le département, en utilisant la nomenclature de Raymond DUBOIS [le Domaine Picard]) ont été classifiés, TOUS, c’est à dire 25 à 30 000, dans le "Corpus des Lieux-dits cadastraux de la Somme" par René DEBRIE, docteur es-Lettres – éditions du CNDP d’Amiens, 1964.
2 Dans tous ces documents cartographiques, la Haie Tassart est orthographiée avec un "T" final.
3 Voir Arnaud Gabet : Villers-Guislain, pp. 62-69. Ed. Cambrésis, Terre d'Histoire.


Date de création : 01/08/2009 @ 22h14
Dernière modification : 04/08/2009 @ 20h09
Catégorie : Les champs
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