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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - T comme Tisseurs

T comme Tisseurs : Épehy et ses tisseurs

Comme tous les villages de Picardie, Épehy comptait, au cours des XVIII° et XIX° siècles, une proportion considérable de tisseurs (ou tisserands) parmi sa population active. Ce fut, dans les campagnes surpeuplées du XIX° siècle, une activité d'appoint devenue indispensable pour les ressources complémentaires qu'elle apportait, mais ce siècle fut à la fois celui de l'apogée du tissage en milieu rural et celui de son déclin.

Une statistique rapporte ainsi que "l'industrie cotonnière employait, en 1843, dans un rayon de 50 km autour de Saint-Quentin, près de 25 000 travailleurs à domicile", tandis qu'à la fin du même siècle, l'instituteur A. Dumont écrit, à propos d'Épehy : "Depuis 20 ans, la population a diminué de 400 habitants. Beaucoup de tisseurs sont partis travailler dans les tissages mécaniques de Saint-Quentin"1. Ajoutons que la population du village était, en 1900, de 1741 habitants, comme l'indique alors l'Annuaire de l'Administration municipale du canton de Roisel.

Ces deux derniers documents (Monographie de l'instituteur et Annuaire), bien qu'ils soient essentiellement administratifs, apportent malgré tout quelques informations sur les tissages et les tisseurs en activité au village avant 1917. A. Dumont signale, sans plus de détails, dans la rubrique "Petite, moyenne et grande industrie" de sa monographie : "Tissage à la main : laine et coton" et "Un tissage mécanique mû par des moteurs à pétrole", ajoutant toutefois, dans la rubrique "Améliorations et créations possibles" : "Le salaire étant excessivement réduit, il serait à désirer que les droits d'importation fussent augmentés, notamment sur la laine, à cause de la concurrence étrangère". Ainsi, en deux phrases, l'instituteur avance les deux raisons qui, à son avis, ont provoqué le déclin du tissage, à Épehy comme ailleurs en Picardie : d'une part la mécanisation de la production et sa concentration progressive en ville, d'autre part la concurrence des produits étrangers (laine) fabriqués à bas coût qui décourage l'industrie nationale (on voit que ce problème ne date pas d'aujourd'hui !).

Le second document, l'Annuaire du Canton, apporte plus de détails sur l'activité textile au village. Il nous apprend que le tissage mécanique est celui des établissements Leriche, fabricant de tissus de coton glacés. Il donne aussi la liste de dix autres "fabricants de tissus" exerçant au village : Boudeville & Blondeau, Cazé, Cocrelle, Colombier, David, Gautier, Legrand, Marquet, Mennecier, Vélu-Pélerin, sans préciser leur activité ni s'il s'agissait de tisserands individuels ou d'ateliers plus importants.

Pour compléter notre information, nous disposons heureusement (et une fois de plus2) des souvenirs d'Andréa Censier-Marichelle. Ce texte, d'une belle écriture manuscrite (Fig.1), permet de compléter la liste ci-dessus et de préciser à la fois les productions des tisseurs et souvent leur localisation dans le village avant 1917.

Fig.1. Extrait du texte de Mme Censier-Marichelle (Archives C. Saunier).
Fig.1. Extrait du texte de Mme Censier-Marichelle (Archives C. Saunier).

Avant 1917 : une activité et sa destruction
Commençons, comme il se doit, par l'entreprise la plus importante et la plus connue, le tissage Leriche qui se trouvait, comme le précise Andréa Censier, "à l'emplacement de la pharmacie actuelle et des maisons avoisinantes". Il s'agit, sans nul doute, du "tissage mécanique mû par des moteurs à pétrole" signalé par l'instituteur Dumont.
Le bâtiment occupé par ce tissage est imposant, comme on peut s'en rendre compte d'après les Fig.2 et 3, et les Allemands y installèrent leur Kommandantur pendant la Première Guerre.

Fig.2. Tissage Leriche dans la Grande Rue avant 1917, vue orientée vers le nord  (Coll. C. Saunier).
Fig.2. Tissage Leriche dans la Grande Rue avant 1917, vue orientée vers le nord
(Coll. C. Saunier).

Il occupait un vaste espace à l'angle de la rue de la gare, face à l'école-mairie d'où, au premier plan de la photo ci-dessus, l'on voit sortir trois écoliers accompagnés par une dame. On peut se rendre compte de l'emprise considérable de cette propriété Leriche sur la Grande Rue si l'on observe que sa façade s'étend depuis le carrefour jusqu'à l'actuel n° 38 (le bâtiment en briques qui lui succède étant d'ailleurs le magasin de tissage de Léon Franqueville), soit une longueur d'environ 50 mètres, l'extension côté rue de la gare étant à peu près la même si l'on se réfère à la photo aérienne du village détruit (voir Fig.1 de l'article "H comme Hôtels après 1919").

Fig.3. La "fabrique de tissus" Leriche avant 1917 (Coll. C. Saunier). Des soldats du 33° régiment d’infanterie d'Arras, en stationnement à Épehy, posent pour la photo.
Fig.3. La "fabrique de tissus" Leriche avant 1917 (Coll. C. Saunier).
Des soldats du 33° régiment d’infanterie d'Arras, en stationnement à Épehy, posent pour la photo.
 

La photo 3 permet d'apprécier l'élégance du bâtiment de cette "fabrique" dont on ignore malheureusement à peu près tout : date de création, origine des capitaux, nombre d'employés et même nature des produits fabriqués : Andréa Censier signale simplement des "toiles et différents tissus", tandis que l’Annuaire du Canton mentionne, on l'a vu, des "tissus de coton glacés".

La destruction systématique du village par les troupes allemandes en 1917 réduisit à néant, comme le reste, ce magnifique bâtiment (Fig. 4 & 5) qui ne fut jamais reconstruit.

Fig.4. Après 1917, ruines du tissage Leriche, angle
Fig.4. Après 1917, ruines du tissage Leriche, angle de la
rue de la gare et de la Grande Rue (Coll. C. Saunier).

                                                                                           Fig.5. Après 1917, ruines du tissage Leriche,                                                                                        ce qui était la porte cochère (Coll. C. Saunier)                                                                                         Fig.5. Après 1917, ruines du tissage Leriche, ce qui
                                                                        était la porte cochère (Coll. C. Saunier).

Nos deux listes de tisseurs, celle de l'Annuaire du Canton et celle d'Andréa Censier, ne concordent pas exactement, sans doute parce que la première doit être plus ancienne (1900 ?) que les souvenirs de notre informatrice : des tisseurs ont pu disparaître entre temps, et d'autres apparaître. Ainsi, l'Annuaire cite les "fabricants de tissus" suivants qu'Andréa Censier ne mentionne pas : Boudeville et Blondeau, Cazé, Cocrelle, Gautier, Legrand, mais celle-ci en ajoute des nouveaux : Léon Franqueville, Émile Despagne, Flèche & Cocry, Trocmé-Pérard. De façon plus succincte, Gustave Loy signale dans ses "Souvenirs"3 l'existence des "Tissage Leriche, Tissage David et Maigret, Commission Marquet, Tissage Vélu Pelerin..., Ateliers de Broderie Fleish & Cocry, de Colombier, d'artisans brodeurs à domicile, les Ateliers Mennecier...". L’orthographe des noms varie parfois selon les auteurs.
Reprenons donc les tisseurs qui sont communs aux deux principales listes (Annuaire et Censier) , en commençant par ceux de la Grande Rue.
À proximité du tissage Leriche, presque en face, à hauteur de l'actuel n°37, se trouvait l'atelier de broderie Colombier (Fig. 6 & 7).

Fig. 6. Le garde champêtre passe en vélo devant l'établissement Colombier à droite  (Coll. C. Saunier).
Fig. 6. Le garde champêtre passe en vélo devant l'établissement Colombier à droite
(Coll. C. Saunier).

Fig. 7. Ce qu'il en reste en 1919 (Coll. C. Saunier).
Fig. 7. Ce qu'il en reste en 1919 (Coll. C. Saunier).

Les deux photos que nous en avons donnent à penser qu'il s’agissait d'un établissement relativement important, qui n'atteignait cependant pas les dimensions du précédent. Pour l'anecdote, rappelons qu'à la date du 28 novembre 1914, Gabriel Trocmé écrit dans ses Carnets de Guerre4 : "J'ai dû mener le Commandant chez Colombier où il a acheté des cols en broderie pour sa fille (15 ans). Il est avocat à Mannheim, a 44 ans, pas sympathique et très dur".
Le texte de Mme Censier aide d'ailleurs à comprendre les différents statuts qui pouvaient régir le travail de ces tisseurs. On peut en effet en distinguer au moins trois : la "fabrique" du type Leriche qui préfigure déjà les usines de l'après-guerre, "l'atelier" du type Colombier, certes moins important, mais qui réunissait cependant sous son toit un certain nombre de travailleurs, et le travail en "commissions" réalisé par des tisseurs individuels.
Ces derniers travaillaient chez eux, "soit dans une cave, soit dans une pièce attenante à leur maison d'habitation", le travail en cave se justifiant par la nécessité de garder au fil un degré d'hygrométrie constant. Mme Censier cite, comme titulaires de commissions, Mme Vélu-Pellerin5, Émile Despagne et Léon Franqueville (le seul que nous puissions localiser avec certitude à l'actuel n°38 de la Grande Rue). "Ils étaient qualifiés, écrit-elle, recevaient des tissages (des villes proches) les matières premières, les répartissaient aux différents tisseurs individuels d'Épehy et des alentours. Quand les pièces étaient finies, ces derniers leur rapportaient et touchaient le montant de la façon".
Ces trois personnes citées, auxquelles G. Loy ajoute Marquet, jouaient donc, en quelque sorte, un rôle d'intermédiaires entre les tissages urbains et les tisserands du village, ce qui suppose qu’ils disposaient malgré tout d'une certaine infrastructure d’entreposage.
Une photo de la Cavalcade de 1907 (Fig.8) révèle ainsi, accolé au tissage Leriche, l'un des bâtiments qu'utilisait Léon Franqueville pour cette activité.

Fig.8. Magasin de tissage de Léon Franqueville, entre la maison d'habitation et le tissage Leriche (Cavalcade de 1907, Coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).
Fig.8. Magasin de tissage de Léon Franqueville, entre la maison d'habitation et le tissage Leriche
(Cavalcade de 1907, Coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).

Le document estimatif des dommages de guerre6 le dénomme "magasins de tissage" et non pas atelier, et le décrit comme constitué de deux pièces de chaque côté de la porte, et d'un grenier. Les murs étaient entièrement en briques. Hauteur totale de 3 mètres, avec grenier en plancher de chêne, couverture en tuiles "de premier choix". Deux fenêtres donnaient sur la rue, comme le montre la Fig.8 (volets fermés). Le même document signale aussi l'existence, de l'autre côté de la cour et dans le prolongement de la maison d'habitation, d'un autre "magasin de tissage" haut de 3,90 mètres avec couverture d'ardoises. Ces magasins servaient donc d'entrepôts, tant pour la matière première provenant des tissages de la ville que pour les pièces tissées qui y étaient renvoyées7.

Entre la "fabrique" et le "contremaître" faisant travailler des tisserands à domicile, il y avait également place pour les "ateliers" tels que la broderie Colombier. Un autre atelier de broderie, celui de Flèche (ou Fleish) et Cocry, se trouvait en haut de la Grande Rue, selon Mme Censier, plus exactement à l'angle de la rue Margot en face du café Joseph Lempereur (Fig.9).

Fig.9. Ruines de la rue Margot vue de la Grande Rue en 1920.  À gauche, le seuil du café Lempereur, à droite, les ruines de la broderie Flèche et Cocry   (Coll. C. Saunier).
Fig.9. Ruines de la rue Margot vue de la Grande Rue en 1920.
À gauche, le seuil du café Lempereur, à droite, les ruines de la broderie Flèche et Cocry
(Coll. C. Saunier).

De même, à l'actuel n°14 de la Grande-Rue existait l'atelier Trocmé-Pérard qui "faisait ourdir" nous apprend Mme Censier : un mot bien oublié aujourd'hui ! Le travail de l'ourdisseur consistait à préparer les fils de la chaine avant le tissage. Et l'auteur cite quelques autres métiers du textile qui supposaient une réelle qualification du personnel : tisseurs bien sûr, noueurs, brodeurs... et aussi tricoteuses, telle Sidonie Objois (Fig.10) déjà présentée dans un autre article ("H comme Hôtels avant 1917", Fig.8). La légende de cette photo précise que la jeune Sidonie (née en 1875) travaillait chez Lempereur, un l'atelier de tricotage que nos documents ne signalent pas, mais qui était donc bien en activité en 1894.

Quittons la Grande-Rue pour rejoindre la rue de la Fraîcheur (actuellement Paul Dubois) où se trouvait l'atelier Mennecier. Ici étaient fabriqués des matelas, des couvertures piquées, des édredons, des couvre-lits et des rideaux.

Fig. 9 bis. Facture des Ets. Mennecier datée du 27 janvier 1925  (Document aimablement communiqué par M. Michel Théry-Objois).

Fig. 9 bis. Facture des Ets. Mennecier datée du 27 janvier 1925
(Document aimablement communiqué par M. Michel Théry-Objois).


 

On notera la grande diversité des produits, bien plus large que celle d'une simple "Fabrique de couvre-pieds" comme indiqué par le titre de cette facture. L'entreprise avait son siège à Saint-Quentin

Le nom de Gustave Mennecier (décédé en 1927) apparaît souvent dans les Carnets de Guerre de Gabriel Trocmé. Il fut conseiller municipal et premier adjoint au Maire, et fut emprisonné quelques jours en 1915 pour avoir voulu donner du pain et des vêtements aux prisonniers russes. Mais les deux hommes s'affrontèrent sévèrement au début 19168 ; par la suite, il fut chargé de la distribution du ravitaillement aux habitants jusqu'à l'évacuation.
Un autre atelier de tissage est également mentionné par notre informatrice, sans que nous puissions le situer avec certitude dans le village : le tissage Élisée Marquet qui fabriquait des toiles, tissus, mouchoirs, torchons, serviettes. G. Loy le mentionne non pas comme tissage mais comme travaillant seulement sur commissions.

Fig.10. Sidonie Objois en 1894, future Mme Jules Roland (Coll. C. Saunier).
Fig.10. Sidonie Objois en 1894, future Mme Jules Roland (Coll. C. Saunier).

Le cas de l'entreprise Plaquet, rue de la Fraîcheur, semble avoir été assez particulier, en quelque sorte à mi-chemin entre la commission, l'atelier et la "fabrique". Sous la direction de Mme Plaquet, elle était, précise Andréa Censier, une "annexe du tissage David et Maigret de Saint-Quentin, fabricant de crin de jacquard et plissé spécialement pour devants de chemise d'homme. En même temps, commission pour tisseurs individuels... Mme Plaquet épluchait (ou épaississait) les toiles". Nos deux autres sources d'information (Annuaire et G. Loy) désignent cette entreprise soit sous le nom de "David", soit sous celui de "David et Maigret".
À vrai dire, nous connaissons assez mal les origines et l'histoire de cette entreprise qui, on le verra, connaîtra un grand développement après la guerre. Il semble qu'au début n'apparaissait que le nom de David, au moins à Épehy (cf. Annuaire du Canton) et que celui-ci se soit ensuite associé à Maigret, maison fondée à Saint-Quentin en 1790 (Source : Internet9). Mais on note aussi qu'une entreprise de tissage a été fondée dès 1873 à Épinal par une firme nommée "David, Trouiller et Adhémar Fils" de Saint-Quentin, devenue en 1892 "David, Adhémar et Maigret", puis "David et Maigret" en 1903-1904...
Le papier à en-tête de la "Filature de coton et tissages mécaniques David Adhémar et Maigret" de 1897 comporte les photos des bâtiments de Saint-Quentin, Saint-Germain, Tarare et Caudry. Celui de 1900 y ajoute l'usine d'Épinal et remplace Saint-Germain par Paris.

Il existe plusieurs photos montrant des établissements David et Maigret avant 1914, mais il semble bien s'agir de l'usine de Saint-Quentin ou même d'autres, plutôt que de l'atelier d'Épehy (Fig.11 & 12)10. On y dénombre en effet plus de 200 personnes !

Fig.11.  Sortie des Ets. David et Maigret en 1899  (Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).
Fig.11. Sortie des Ets. David et Maigret en 1899
(Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).

Fig.12. Sortie des Ets. David et Maigret en 1914  (Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).
Fig.12. Sortie des Ets. David et Maigret en 1914
(Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).

La photo suivante (Fig.13), qui représente le bâtiment de cette entreprise à Roisel, donne sans doute une meilleure idée de ce que pouvait être celui d'Épehy, rue de la Fraîcheur.
 

ig.13. Bâtiment de David et Maigret à Roisel  (Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).
Fig.13. Bâtiment de David et Maigret à Roisel
(Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).
 

Reconstruction et déclin
Au lendemain de la guerre, entre 1920 et 1925, sont créés à Épehy trois nouveaux établissements textiles d'une certaine importance : le tissage Raoul Trocmé, déjà présenté (voir l'article "T comme Tissage"), et aussi les deux tissages David et Maigret et Olmer.
La firme David et Maigret semble avoir connu dans cette période une grande expansion. Son siège social est à Paris et elle a essaimé un peu partout en France. Ainsi M. Gless écrit-elle :
"La filature d'Épinal atteint son apogée vers 1930, avec 50 000 broches et 1 000 métiers à tiser. Leur siège social se trouve 29 rue du Sentier à Paris. Les autres tissages "David et Maigret" se trouvent à Saint-Quentin (Picardie), Caudry (Nord-Pas-de-Calais), Tarare et Néronde (Rhône-Alpes)".
On peut supposer que l'usine d'Épehy travaillait sous la dépendance de celle de Saint-Quentin. Elle se trouvait au n°3 Rue de la Brasserie, à côté de l'actuel stade de football (Fig.14).

Fig.14. Établissements David et Maigret à Épehy, vers 1925  (Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).
Fig.14. Établissements David et Maigret à Épehy, vers 1925
(Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).
 

La photo suivante (Fig.15) montre l'intérieur de l'un des ateliers, celui dévolu aux métiers de couverture comme l'indique l'annotation manuscrite. Elle nous apprend ainsi la nature d'au moins l'une de ses productions.

Fig.15. Intérieur de l'un des ateliers de l'usine d'Épehy  (Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).
Fig.15. Intérieur de l'un des ateliers de l'usine d'Épehy
(Photo don Dumez-Marotte, Vendhuile).

Nous ignorons à quelle date cette usine d'Épehy a cessé de fonctionner, mais on peut vraisemblablement penser qu'elle a dû fermer avec la crise économique des années 1930.

En fut-il de même du tissage Paul Olmer pour lequel, hormis les photos ci-dessous, nous n'avons guère d'informations ?

Fig.16. L'usine Olmer, tout nouvellement construite (Photo internet, coll. Yvon H.).
Fig.16. L'usine Olmer, tout nouvellement construite (Photo internet, coll. Yvon H.).

Fig.17. Personnel du tissage Olmer (Coll. C.Saunier).
Fig.17. Personnel du tissage Olmer (Coll. C.Saunier).

Fig.18. Fête au tissage Olmer (Coll. C.Saunier).
Fig.18. Fête au tissage Olmer (Coll. C.Saunier).

Qui, parmi nos lecteurs, saura identifier quelques-unes de ces personnes ?

Un site flamand d'internet présente, parmi de nombreux autres titres concernant les textiles, une "Action de 500 Francs au porteur" des Établissements Paul Olmer et Cie datée du 10 janvier 1921 (Fig.19).

Fig.19. Action au porteur de la Société Anonyme Paul Olmer (site internet Geheel Delcampe.net).
Fig.19. Action au porteur de la Société Anonyme Paul Olmer (site internet Geheel Delcampe.net).

S'il s'agit réellement de la même société, on y apprend qu'elle avait son siège social à Paris mais avait aussi quelque relation avec Lyon. En saurons-nous davantage ?

Quant au tissage Gernez qui lui succéda sur les mêmes lieux (à quelle date ?), voici ce qu'en écrit le site "Patrimoine de France" :
"En 1952, la S.A.R.L. Gernez et Fils tissait des batistes, linon, mouchoirs, en coton et lin. Gernez et Cie a cessé son activité en 1967. Ses locaux ont été repris par la Société Nouvelle des Ateliers Métallurgiques de la Jatte, puis par les Ets Bonin : construction métallique, tôle emboutie, armoires métalliques".
Faute de documents, nous ne pouvons en dire davantage : son histoire reste à écrire.

 

Notes :
1 Voir : www.genealogie.com : "Tisserand, les métiers d'autrefois" et Dumont A., 1899 (?) : Notice géographique et historique sur la commune d'Épehy". 4 pages. G. Delarue, libraire-éditeur. Paris.
2 Voir dans l'Abécédaire d'Épehy > Le Village, les articles "F comme Fermes" et "H comme Hôtels avant 1917" pour lesquels les souvenirs qu'elle a mis par écrit nous ont déjà été très précieux.
3 "Gustave Loy raconte Épehy", 23 p., vers 1980.
4 In : Cambrésis, Terre d'Histoire, n°41, février 2005, p.42.
5 G. Loy mentionne Vélu-Pélerin comme étant "spécialisé dans le tissage du crin à domicile".
6 G. Gumpel, Bellou & C°, architectes diplômés par le Gouvernement, 4 place Fénelon, Cambrai : "Devis descriptif des dommages de guerre dans la propriété de Monsieur Franqueville Léon, Grande Rue à Épehy (Somme)", 8 pages dactylographiées. s.d.
7 Les quelques navettes neuves, échappées à l'incendie général, avec lesquelles nous avons joué étant enfants, ne prouvent pas qu'il y avait là des ateliers de tissage, mais plutôt que ces outils de travail devaient être fournis par l’employeur aux tisserands. Notre grand-père, tout comme son homologue Émile Despagne, se définissait d'ailleurs non pas comme "tisseur" ou "tisserand", mais comme "contremaître" (d'après la liste des évacués à Berlaimont).
8 Voir en particulier Cambrésis, Terre d'Histoire, n°46, p.30, au 24 janvier 1916, et l'introduction de C. Saunier, p. 27.
9 D'après Mélanie Gless : Fonds de la filature et tissage David et Maigret (1896-1964), Archives Départementales des Vosges, Épinal, 2008 (site Internet).
10 Merci à M. et Mme Dumez-Marotte de Vendhuile, pour les photos du personnel et des usines David et Maigret, la famille Marotte d'Épehy y ayant travaillé avant et après 1914.

 


 



 


Date de création : 09/11/2011 @ 12h07
Dernière modification : 20/02/2014 @ 11h45
Catégorie : Le village
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par francine_Delauney le 14/11/2011 @ 22h27

Fleish et Cocry, à ma connaissance, fabriquaient des dentelles - j'en ai encore un peu...Après la première guerre, ils se sont installés à Amiens. Les Cocry que j'ai connus - M.Fleish n'était plus là- étaient grossistes en bonnetterie.

Il existait un lien familial avec les Cocry par des cousines germaines venant de Templeux -le-Guérard : ma grand-mère maternelle Louise Mathieu-Leroy et Jeanne ,épouse Cocry.Mon cousin Pierre Cocry, "issu de germains", est décédé il y a peu. Ces détails personnels peuvent expliquer pourquoi j'ai encore un peu de dentelle Cocry....

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