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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - C comme Calvaires

C comme Calvaires : Calvaires, croix et chapelles à Épehy

 

À Épehy comme dans tous nos villages, chacun connaît ces croix monumentales que les historiens classent dans le "petit patrimoine", érigées soit au bord des chemins et de préférence aux carrefours, soit près de l'église ou encore au cimetière. Mais pourquoi sont-elles là, et que signifiaient-elles pour nos ancêtres qui ont voulu les mettre en place ?

L'histoire nous apprend qu'en France ces croix furent érigées principalement dans la première moitié du XIXe siècle et qu'elles étaient alors en fer forgé, tandis que celles érigées dans la seconde moitié du XIXe siècle et par la suite, étaient plutôt en fonte. En fait, il s'agissait bien souvent de rétablir le ou les calvaires malmenés ou même abattus pendant la Révolution française, ou simplement laissés à l'abandon1. On ne saurait cependant exclure que certains calvaires aient remplacé des croix bien plus anciennes car, au Moyen-Âge, époque de grande insécurité, les croix souvent de pierre, plantées au bord des chemins servaient à protéger les voyageurs : toute personne trouvant refuge près d'une croix se trouvait protégée comme si elle était dans une église, et cette sorte de droit d'asile était généralement respecté.

Quatre catégories de croix sont présentes à Épehy :

  • aux limites de l'agglomération, généralement à un carrefour d'où divergent des chemins vers des villages voisins, et elles ont alors un rôle de protection du voyageur,
  • près de l'église, et il s'agit alors de croix "hosannières" devant lesquelles on chantait « l’Hosanna » du dimanche des Rameaux,
  • dans un lieu sacré, ainsi le cimetière communal et les cimetières ou monuments militaires,
  • pour rappeler qu'un événement important s'est produit là: c'est le cas de la "Petite Croix" qui commémorait le crime de la Haie Tassard2.
  • dans un lieu habité isolé, tel Malassise.

Les calvaires ou croix, que l'on peut voir aujourd'hui à Épehy sont relativement récents, car il n'en reste malheureusement aucun de ceux qui existaient avant les destructions de la première guerre mondiale. Nous allons les examiner en commençant par les plus anciens dont nous ayons connaissance.

Calvaires des églises

Près de l'ancienne église, construite en 17073, deux photos antérieures à 1917 montrent clairement l'existence d'une "croix hosannière" édifiée sur un tertre et entourée d'arbres (Fig. 1). Cette ancienne église étant orientée est-ouest avec son clocher à l'ouest, vers la rue Commin, ce calvaire devait se trouver entre l'église et la Grande-Rue, sur une place agrémentée de nombreux arbres comme le montre une photo allemande (Fig. 2), le Christ étant donc tourné vers l'est.

La première photo est sans doute la plus ancienne et il semble d'ailleurs exister une tombe au premier plan, peut-être un reste du cimetière primitif avant son déplacement4. La seconde, prise en hiver, doit dater des années 1915 ou 1916 et l'on y voit soldats allemands et chariots à munitions.

Malgré leur nom, ces croix près des églises ne servaient pas uniquement à chanter "Hosanna" une fois l'an, le dimanche des Rameaux. "Chaque dimanche avant l'office, le prêtre mène la procession aux quatre coins de la paroisse, au cimetière lorsque celui-ci est placé à l'extérieur de l'agglomération, mais aussi devant les lieux où sont érigés des calvaires... Là, au pied de la croix, la communauté assemblée entonne le "O Crux Ave". Cette pratique tombe cependant peu à peu en désuétude à la fin du siècle, une loi votée en 1884 interdisant d'ailleurs les processions" (Site Anovi).

Avant 1917. Calvaire près de l'ancienne église
Fig. 1. Avant 1917. Calvaire près de l'ancienne église (Coll. C. Saunier).

Avant 1917. Calvaire près de l'ancienne église
Fig. 2. Avant 1917. Calvaire près de l'ancienne église (Coll. Ph. Monard).

Il est cependant surprenant de constater que, toujours à proximité de l'église, a aussi existé un autre calvaire, comme le montre une photo de 1927 prise vers le sud depuis le clocher alors tout nouvellement construit (Fig. 3). Ce calvaire avait donc, selon toute probabilité, été rétabli dès les premières années de la reconstruction. Mais pourquoi donc ces deux croix "hosannières" à Épehy, la seconde étant érigée sur un terrain privé ?

1927. Le calvaire près du château Lempereur
Fig. 3. 1927. Le calvaire près du château Lempereur
(Coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).

Comme nous l'avons signalé dans d'autres textes, ce terrain était propriété d'Henri Lempereur qui avait édifié au XIXe siècle son château miniature sur le côté opposé. On sait que l'église du XVIIIe siècle avait été construite en remplacement et à côté d'une modeste et fort ancienne chapelle dont les habitants s'étaient contentés jusqu'alors. Il est dès lors plausible de penser qu'il y avait là depuis longtemps un calvaire, soit pour rappeler la présence sur le lieu de cette ancienne chapelle (vraisemblablement sur le même terrain que l'ancien château seigneurial et le château miniature), soit pour remplacer celui qui avait existé dans un rôle de croix "hosannière" à côté de cette ancienne chapelle.

Certes, cette rémanence des choses peut surprendre, mais comme l'écrit encore l'auteur du même site internet : "Dans le cas où les croix ne seraient pas relevées, la mémoire des villageois, entretenue de génération en génération, garde le souvenir que sur le lieu en question, était auparavant érigé un calvaire... Aussi l'endroit où une croix est plantée est bien souvent consacré par la religion pour plusieurs siècles".

Aujourd'hui, caché derrière les murs et faute d'utilisation religieuse, ce calvaire semble bien avoir disparu des mémoires... alors qu'il est probablement l'un des témoins du plus ancien passé religieux du village.

Sur la route du Ronssoy

Sur la route du Ronssoy, une photo nous montre un calvaire tout fraîchement implanté sur son tertre (Fig. 4 a et b). L'évènement eut lieu vers 1905-1910 et les acteurs se sont fait complaisamment photographier : cinq ouvriers torse nu, apparemment satisfaits de leur travail et, au centre de la photo, le patron, le charpentier Léon Pelletier en chemise blanche qui, non moins satisfait, semble bien recevoir des congratulations d'un spectateur.

Vers 1905-1910. Implantation du calvaire route du Ronssoy
Fig. 4 a. Vers 1905-1910. Implantation du calvaire route du Ronssoy (Coll. C. Saunier).

Léon Pelletier à droite. Observez le chariot bâché et son attelage
Fig. 4 b. Détail. Léon Pelletier à droite. Observez le chariot bâché et son attelage
(Agrandissement A. Franqueville).

La cérémonie religieuse de bénédiction du calvaire n'eut pas lieu ce jour-là et nous n'en n'avons pas d'illustration. On notera que la ferme Bancourt, derrière le calvaire, n'a pas encore d'étage.

Bien différente est une autre photo où apparaît ce même calvaire, prise par un soldat allemand aux heures sombres de l'histoire d'Épehy, en février 1917 ; on y voit les habitants obligés de quitter leur maison et s'acheminer vers la gare pour être évacués à Berlaimont (Fig. 5).

Février 1917. Évacuation. Calvaire et chapelle route du Ronssoy
Fig. 5. Février 1917. Évacuation. Calvaire et chapelle route du Ronssoy (Coll. Ph. Monard).

Cette photo nous intéresse ici parce qu'elle montre qu'à côté du calvaire implanté (ou réimplanté) depuis une dizaine d'années se trouvait également une petite chapelle. Pourquoi cette duplication de monuments religieux au même endroit ? Le bon état apparent de la chapelle prouve que la mise en place du calvaire ne visait pas à la remplacer. En fait, on se trouve là, semble t-il bien, devant deux étapes successives de la vie religieuse au village.

Comme nous l'avons vu dans un autre texte5, cette chapelle marque l'existence ici d'un carrefour peu visible aujourd'hui, mais qui fut autrefois important dans le réseau des chemins au départ d'Épehy, l'ancien chemin vers Loeuilly dénommé ici Rue Marie Vion et la route du Ronssoy. Cette chapelle apparemment bien entretenue en 1917, mais aujourd'hui en ruines (on ne sait même plus à quel saint ou à quelle Vierge elle était dédiée), avait donc été soigneusement conservée à cette même place au cours des siècles. Mais pourquoi donc ériger un calvaire à côté ?

Ce calvaire appartient typiquement au style des "Croix de Mission". Prêchées par des religieux spécialisés dans l'art oratoire, ces Missions religieuses furent, dès le début du XIXe siècle, une réaction de l'Église face à une situation religieuse fortement dégradée au moins depuis la Révolution, un élément important de la restauration du catholicisme, en particulier dans les campagnes françaises. Elles consistaient essentiellement "en un acte... de pénitence publique... destiné à laver les âmes... moyennant quoi, régénérées, celles-ci doivent, la grâce aidant, rester ensuite fidèles. La plantation de la croix de mission devient le symbole du terrain reconquis une fois pour toutes par l'Église"6.

La signification de la croix est donc différente de celle de la chapelle. En faisant une brève halte devant cette dernière, le voyageur implorait le Saint ou la Vierge de lui accorder protection au cours du voyage qu'il entreprenait. Par contre, en se signant devant la croix, le croyant réaffirmait publiquement sa foi catholique. Les Épéhiens de l'époque étaient-ils d'aussi subtils théologiens ? Sans doute devaient-ils plutôt estimer que "deux protections valent mieux qu'une" !

Sur la route d'Heudicourt

Le calvaire de la route d'Heudicourt appartient aussi à la série des croix de Mission et, cette fois, les deux photos anciennes que nous en avons illustrent une cérémonie religieuse célébrant son implantation.

Procession d'implantation du calvaire de la route d'Heudicourt, 1920
Fig. 6. Procession d'implantation du calvaire de la route d'Heudicourt, 1920
(Coll. C. Saunier).

La première photo (Fig. 6) est prise vers le milieu de la Grande-Rue de part et d'autre de laquelle sont encore amoncelées les pierres provenant des destructions. On reconnaît, au fond à gauche la Brasserie Lempereur, déjà reconstruite. Au premier plan, un bâtiment provisoire qui sera détruit par la suite. Observons, entre ce bâtiment et la Brasserie, un abri-tonneau surmonté d'une verrière, peut-être implanté sur les terrains Gauthier-Grain (puis Leconte), parfaitement identique au tonneau-église provisoire dont nous avons par ailleurs des photos. Selon l'avis d'un ancien habitant d'Épehy, il s'agit bien de ce même abri, qui fut d'abord posé là en 1920, puis transporté Place de l'Église, sans doute après le dégagement des ruines et débris qui encombraient celle-ci7. Cette information permet de connaître la date de la photo et de l'implantation de ce calvaire.

 

La mise en scène de cette procession reste pour nous un peu mystérieuse. Un attelage de 4 chevaux tire le chariot portant la statue du Christ, mais il est précédé de personnages dont le symbolisme nous échappe en grande partie: d'abord trois jeunes filles costumées, marchant en ligne et sans doute précédées d'autres. L'une porte une croix, une autre porte une ancre. Derrière, un cheval blanc monté par un personnage féminin vêtu d'une sorte d'armure évoque très vraisemblablement Jeanne d'Arc (et en même temps la France, par un amalgame de religion et de patriotisme difficilement compréhensible aujourd'hui) et, derrière encore, trois autres jeunes filles costumées marchant en ligne, les mains vides. Jeanne d'Arc fut,en effet, canonisée cette année-là, en 1920, et sa statue trouva aussitôt sa place dans toutes les églises de France.

 

On retrouve sur une autre photo ancienne ce même personnage équestre féminin (Fig.7) accompagné d'un écuyer ; elle fut peut-être prise à la même occasion.

 

1922. Personnages à cheval
Fig. 7. 1922. Personnages à cheval (Coll. Ch. Moreaux).

La photo suivante (une carte postale annotée), qui nous a été envoyée par M. Stéphane Vasseur8 , représente la même procession et a été prise presque au même endroit que la photo 6 .

Fig.8. Le début de la procession (Don de M. Stéphane Vasseur).
Fig.8. Le début de la procession (Don de M. Stéphane Vasseur).

Il s'agit apparemment du début du cortège, constitué d'une "cavalerie" montée par des hommes casqués et armés de lances. Au fond apparaissent un prêtre et les enfants de chœur, et, en blanc, le groupe des jeunes filles accompagnant la probable Jeanne d'Arc.
 

La mise en place du calvaire route d'Heudicourt, 1920
Fig. 9. La mise en place du calvaire route d'Heudicourt, 1920 (Coll. C. Saunier).

La cérémonie de la "mise en croix", route d'Heudicourt, a rassemblé une foule importante (Fig.9), mais il ne s'agit pas encore de l'inauguration. Deux hommes s'affairent en haut des échelles et un moine, apparemment en habit de Franciscain, domine la scène et semble diriger les opérations. Une poulie a été utilisée pour hisser la statue qui a donc été placée après l'implantation de la croix. Les chapeaux et ombrelles donnent à penser que nous sommes en plein été.Deux mâts ornés de drapeaux ont été plantés à proximité. Le bâtiment du fond, dont la toiture n'est pas achevée, abritera les écuries de la ferme Henri Vasseur, au n° 1 de la route d'Heudicourt.

Ainsi, alors que la plupart des Épéhiens habitaient encore des baraquements provisoires et que les ruines de la guerre étaient encore visibles un peu partout dans le village, le remplacement et le relèvement des monuments religieux (église-tonneau, calvaires) a donc été considéré par les habitants comme devant être l'une des priorités de la reconstruction, et ce fut sans doute une façon de rassembler de nouveau et ressouder la communauté villageoise, une fois passée l'épreuve.

Le calvaire de la route d'Heudicourt, état actuel
Fig. 10. Le calvaire de la route d'Heudicourt, état actuel (Photo M. Pertriaux).

Observons l'emplacement de ce calvaire (Fig. 10). Il se trouve non pas au carrefour actuel des routes d'Heudicourt et de Villers-Guislain, mais bien sur le lieu de l'ancien carrefour avec l'ancienne route vers de Villers-Guislain dont la trace est encore repérable tant sur le cadastre internet (elle y est dénommée ruelle) que sur la photo satellite. Cette ancienne route vers le nord correspondait à la porte de sortie du domaine des moines en direction de l'abbaye de Vaucelles, et l'instituteur Dumont en signale l'existence à la fin du XIXe siècle : "Il (le château des moines) était relié à l'abbaye de Vaucelles par un chemin direct dont on retrouve les traces. Cet état de choses a duré jusqu'à l'époque de la Révolution"9

Une localisation comparable donc à celle du calvaire et de la chapelle de la route du Ronssoy, et qui tend à démontrer que nous sommes aussi là en présence d'un lieu sacré fort ancien. La comparaison se trouve confirmée par une photo prise avant 1917 par l'occupant allemand (Fig. 11).

Avant 1917. Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours, sur la route d'Heudicourt
Fig. 11. Avant 1917. Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours, sur la route d'Heudicourt
(Coll. C. Saunier).

Une chapelle existait déjà sur la route d'Heudicourt, avec un rôle de protection des voyageurs, mais fut détruite par la guerre. Rien ne permet cependant de déterminer son emplacement exact, ni donc d'affirmer que le calvaire dressé en 1920 à l'endroit de l'ancien carrefour a pris sa place.

Sur la route d'Honnecourt

La dernière croix de Mission, bien connue à Épehy, est celle de la route d'Honnecourt (Fig. 112, à son embranchement avec le chemin de Villers-Guislain (dit chemin de Cambrai). Elle fut érigée début 1939 à l'initiative de l'abbé Étienne Carton, pour remplacer, écrit-il à ses paroissiens, un calvaire préexistant et apparemment en mauvais état. Nous reproduisons sa lettre en annexe.

Ce "relèvement", selon l'expression de l'abbé Carton, et la Mission qui lui a donné lieu, sont encore suffisamment proches dans le temps pour que quelques Épéhiens, tels Claude Saunier et Robert Bulan, en aient gardé le souvenir.

"Les enfants ayant fait leur Première Communion ou allant la faire, furent invités à suivre les prêches de cette Mission chaque soir, du dimanche 19 au jeudi 23 février. Ayant assisté à ces soirées où, du haut de la chaire se relayaient les deux Pères Rédemptoristes, je peux dire que j'en garde un souvenir ébloui par leur façon de parler en public. Que ce soit la prononciation, l'intonation, la musique des paroles, le débit ni trop lent ni trop rapide du discours, c'était parfait et les assistants, dans une église pleine chaque soir, écoutaient tout comme moi avec une attention extrême.
Il fallait réellement que ce soit très intéressant pour que le gamin que j'étais alors n'ait pas le moindre souvenir d'un moment d'ennui !
Le dernier jour, à l'entrée du chœur, sur une armature, une multitude de bougies reliées entre elles par un cordon inflammable, furent allumées. Que représentaient-elles ? Je n'en n'ai plus le souvenir, mais c'était grandiose !
Plus tard, il y eut l'inauguration du calvaire après une procession rassemblant une foule considérable. Quelques personnes s'en souviennent dont Robert Bulan. Certes, les témoins de l'évènement sont de moins en moins nombreux, mais le même Robert Bulan, enfant de chœur à l'époque, a été frappé lui aussi par les qualités d'orateurs des deux Pères Schmitt et Jégu et les a écoutés comme moi avec attention et respect
."

2009. Calvaire de la route d'Honnecourt
Fig. 12. 2009. Calvaire de la route d'Honnecourt (Photo M. Pertriaux).

Les autres croix du village

Outre les calvaires de Mission et les croix "hosannières" qui se repèrent bien à Épehy, une autre catégorie est encore représentée au village, celle des croix liées à un lieu sacré, lieu considéré comme tel parce qu'il symbolise la rencontre de l'humain et du divin.

Il s'agit d'abord de la croix plantée dans l'enceinte du cimetière communal (Fig. 13. Celle d'Épehy est en fer forgé, mais naturellement de création récente. Dans sa Notice Historique de 1924, Gabriel Trocmé signale que les travaux de reconstruction de la chapelle du cimetière ont commencé et que "le cimetière qui avait été profondément touché par les obus, a repris, dans son ensemble, un peu de sa physionomie d'autrefois ; nombreuses cependant, trop nombreuses même, sont les sépultures qui n'ont pas encore reçu réparation...". On peut donc dater cette croix des années 1920-1925.

Dans le même ordre d'idées, comment ne pas évoquer aussi les deux cimetières militaires britanniques édifiés sur le terroir de la commune et le monument du carrefour de Malassise ? Ainsi le cimetière de la Ferme du Bois, où se dresse le calvaire au milieu des tombes blanches qui ont remplacé les croix de bois d'origine (Fig.14 a et b).

2009. Le calvaire du cimetière communal
Fig. 13. 2009. Le calvaire du cimetière communal (Photo M. Pertriaux).

Premier aspect du cimetière anglais
Fig.14 a. Premier aspect du cimetière anglais (Don G. Loy, Coll. C. Saunier).

Le cimetière anglais de la Ferme du Bois
Fig.14 b. Le cimetière anglais de la Ferme du Bois (Coll. C. Saunier).

Par contre, il existe encore à Épehy quelques autres croix monumentales qui semblent échapper à notre classification.

Il y a d'abord le calvaire de Malassise, érigé en 1930. Par son style, il se rattache tout à fait aux croix de Mission, mais il résulte non pas d'une Mission mais de l'initiative privée de la famille Trocmé qui a voulu marquer ainsi sa ferveur religieuse.

Nous avons deux photos de ce calvaire, prises lors de sa bénédiction et dont Charles Moreaux nous donne la date exacte : 15 août 1929.

1929. Calvaire de Malassise et famille Trocmé
Fig. 15. 1929. Calvaire de Malassise et famille Trocmé (Coll. C. Saunier).

Sur l'une (Fig. 15), la famille Trocmé pose de part et d'autre de la croix. On peut reconnaître, à gauche : Pierre Saunier, son épouse Gabrielle Saunier née Trocmé, Gabriel Trocmé et sa petite fille Huguette Saunier ; à droite : "Nana" l'employée, Jeanne Trocmé, épouse de Gabriel née Hadengue, et devant, Jacques Saunier, Eugénie Hadengue assise, et Jacqueline Saunier.

1929. Inauguration du calvaire de Malassise
Fig. 16. 1929. Inauguration du calvaire de Malassise (Coll. C. Saunier).

La seconde photo (Fig. 16) montre, au milieu des fleurs et des bannières, l'abbé Quenolle, trois enfants de chœur tenant la croix, l'encensoir et le bénitier, Gabriel Trocmé et sa famille et un nombre impressionnant d'enfants.

Les deux autres cas particuliers sont deux croix en fer forgé situées à l'intérieur du village. Nous les connaissons l'une par une photo allemande bien connue des Épéhiens, prise au cours de l'incendie du village en 1917, l'autre par une photo récente de Claude Saunier.

Février 1917 : calvaire au milieu de l'incendie
Fig. 17 a. Février 1917 : calvaire au milieu de l'incendie (Coll. Ph. Monard).

À considérer la photo de 1917 (Fig. 17a), rien en permet de déterminer où ce calvaire se trouvait exactement ; on peut seulement constater qu'il était à proximité immédiate de maisons auxquelles les soldats mettent le feu. Par contre, le fait qu'il soit en fer forgé donne à penser, en suivant les historiens, qu'il devait dater de la première moitié du XIXe siècle et qu'il serait donc le plus ancien calvaire du village dont nous ayons une photo. Il pourrait fort bien avoir été fabriqué sur place, vu le nombre d'artisans forgerons que comptait le village.

La comparaison de l'agrandissement de ce calvaire (Fig.17 b) avec la photo de celui de la Rue Hérouard (Fig. 18) est troublante. La nouvelle croix semble quasiment une "copie conforme" de l'ancienne, à moins qu'il ne s'agisse simplement de la même croix retrouvée parmi les décombres et remise en état, puisque de telles croix n'ont apparemment plus été fabriquées après 1850 et moins encore après la Grande Guerre...

Détail du calvaire de 1917
Fig. 17 b. Détail du calvaire de 1917
(Agrandissement A. Franqueville).
Mars 2009 : calvaire Rue Hérouard
Fig. 18. Calvaire Rue Hérouard (Photo M. Pertriaux, Mars 2009).

Ce calvaire de la Rue Hérouard, tout comme celui de la Fig.17, pose encore une autre énigme. Que fait-il là, au milieu des maisons du village, alors que les autres croix ou calvaires se situent normalement, nous l'avons vu, aux limites de l'agglomération, conformément à leur rôle de protection des voyageurs en partance ?

On peut s'étonner qu'il n'existe aucun calvaire au bord des chemins qui se dirigent vers le sud. Pourquoi ? Il n'est donc pas interdit de faire l'hypothèse que, pour une raison inconnue, cette croix de la Rue Hérouard ait été rapportée là et pouvait, à l'origine, être située plus au sud, peut-être à la divergence aujourd'hui oubliée du chemin de Villers-Faucon et de l'ancien chemin vers Roisel que le cadastre signale encore aujourd'hui.

Épilogue

Peut-on, en guise de conclusion, tenter de savoir comment les Épéhiens du XIXe et et début du XXe siècles percevaient la présence de ces calvaires de leur village ?

La plupart, on l'a vu, avaient été érigés dans un objectif de prosélytisme catholique, à la fois pour effacer la promotion de l'athéisme qu'avait tentée la Révolution Française et aussi pour limiter la diffusion du protestantisme qui avait alors fait des adeptes dans nos campagnes. La population se partageait en croyants pratiquants, qui devaient être la majorité si l'on en juge par les anciennes photos de sortie de messes et de processions, en une minorité des "libre-penseurs" résolument hostiles au catholicisme et quelquefois athées militants, et en une autre fraction, sans doute importante, de personnes plutôt indifférentes au religieux et dont la fréquentation toute formelle de l'église se limitait aux baptêmes, communions solennelles et enterrements.

Comment cohabitaient ces différents groupes culturels ? Tolérance ? Incompréhension ? Hostilité ?

Dans les années 1930, l'enfant Claude Saunier fréquentait régulièrement le catéchisme et les offices et avait bien retenu que tout bon chrétien devait se signer chaque fois qu'il passait devant un calvaire, cela jusqu'au jour où cela lui attira les sarcasmes d'un incroyant qui l'observait.

Il fit part de son désarroi à la catéchiste, Madame Godefroy, laquelle lui donna le conseil suivant : dans ces cas là, contente-toi de faire le signe de la croix sur ton cœur et ce sera très bien comme ça.

Par delà les différences d'opinions religieuses, la priorité devait rester celle de vivre en paix avec ses voisins.

Notes :
1 Site internet Anovi – XIXe siècle, relatif à la Picardie.
2 Voir l'article C comme Crime.
3 Selon Decloquemont-Vasseur, t.2, p.31, mais une carte postale date de 1618 l'érection de son clocher
4 Le déplacement des cimetières hors des zones habitées résulte du Décret du 23 Prairial An XII (12 juin 1804) et de l'Ordonnance royale du 6 décembre 1843. Sa mise en œuvre dépendait d'une décision municipale.
5 Article V comme Vion.
6 Archives de Sciences Sociales des Religions, 1960, vol.9, n° 9, p.209 (site internet persee.fr).
7 Information recueillie par Claude Saunier auprès d'Olivier Masson.
8 M. Stéphane Vasseur, collectionneur et vendeur de cartes postales, nous a fait savoir qu'à la lecture de cet "article" il avait pu identifier cette carte postale. Il nous en a fait don et nous l'en remercions vivement.
9 Dumont A., 1899 (?) : Notice géographique et historique sur la commune d'Épehy. 4 pages. G. Delarue, libraire-éditeur. Paris.

Annexe :
Lettre du curé Étienne Carton à ses paroissiens

Lettre du curé Étienne Carton à ses paroissiens


Date de création : 05/08/2009 @ 09h07
Dernière modification : 21/03/2011 @ 15h09
Catégorie : Le village
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par Coralie le 25/01/2011 @ 15h35

Bonjour, 
Tout d'abord je tiens à vous dire que j'aime beaucoup votre site internet qui apporte de nombreuses informations sur le village.
Je me suis installée il y a peu à Malassise, juste à côté du calvaire. Aujourd'hui, il est en très mauvais état, c'est dommage...
Encore bravo pour votre gros travail de recherche.
Coralie.

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