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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - V comme Vion

V comme Vion : "Rue Marie Vion", "Vallée Marie Vion"

 

Dans la partie nord-est du village persiste, à travers la toponymie, le souvenir d'une mystérieuse Marie Vion. Une rue et une vallée lui sont dédiées (Fig. 1), ce qui donne à croire qu'elle fut une personnalité locale importante. Peut-on en savoir davantage ?

Zone est d'Épehy
Fig. 1. Zone est d'Épehy
(d'après www.cadastre.gouv.fr, feuilles AD 01 et ZL 01).

La famille Vion est bien connue au XIXe siècle dans notre région. Auteur d'un livre intitulé "Mes soirées d'hiver. Agriculture" (Péronne, Saint-Quentin, 1852) Ernest Vion, “propriétaire-cultivateur à Villers-Faucon, est aussi l’un des quatre plus importants fabricants de sucre du département"1. Consacrant 233 hectares à la culture de la betterave sucrière, il fut apparemment l'initiateur de la sucrerie de Sainte-Émilie. Celle-ci se dénommait à l'origine "Sucrerie Vion et Cie.". Détruite à la Première Guerre mondiale et reconstruite vers 1922, elle fut intégrée à la "Société Vermandoise de Sucrerie". La première campagne eut lieu en 1857 et fournit 700 tonnes de sucre. Dès avant la Première Guerre mondiale, elle pouvait traiter 1 600 tonnes de betteraves en 24 heures et produire 2 000 tonnes de sucre2. Si l'on en croit l'Encyclopédie "Wikipedia", Henry Emile Victor Vion (fils d'Ernest ?), né en 1853, lui succéda à la ferme de Leuilly où il se fit "construire un château, illustrant sa réussite et sa prospérité", et il donna au lieu le nom de sa fille cadette Émilie, entrée dans les ordres.

Que Marie Vion appartint à cette famille ne fait guère de doute, mais je n'ai pas réussi à trouver comment elle s'y intégrait.

Peu praticable actuellement dans sa partie Est, la "Rue Marie Vion" présente un curieux tracé (Fig. 1) : elle prolonge vers l'Est la rue de la Brasserie sur 260 mètres environ (appelons-la "la petite rue Marie Vion"), puis fait un étonnant angle droit vers le Sud, coupe perpendiculairement la route du Ronssoy et rejoint la route de Sainte-Émilie à la sortie du village, à quelque 500 mètres de l'angle droit (appelons-la ici "la grande rue Marie Vion"). Considérant que ces deux rues à angle droit portent le même nom et prennent précisément leur départ à la "Vallée Marie Vion", on peut en déduire que cette vallée était le lieu où se trouvaient des terres appartenant à cette dame (cultivées en betteraves sucrières ?), et que ces deux rues permettaient l'accès à ces terres.

Faut-il pour autant penser que ces deux rues furent ouvertes pour permettre cet accès ? Il ne le semble pas. Deux indices, en effet, tendent à démontrer qu'elles correspondent à des passages très probablement beaucoup plus anciens : la présence d'un calvaire et le dessin des limites foncières.

Évacuation de 1917. Chapelle et calvaire de la rue du Ronssoy.
Fig. 2 a. Évacuation de 1917. Chapelle et calvaire de la rue du Ronssoy.
Photo prise par un soldat allemand (Coll. Philippe Monard).

Les photos 2 a et 2 b, l'une montrant la dramatique évacuation de 1917, l'autre heureusement plus plaisante (et peut-être prise à l'occasion de l'érection du calvaire), illustrent bien l'état des lieux au début du XXe siècle.

Calvaire de l'entrée du village
Fig. 2 b. Calvaire de l'entrée du village (Coll. Claude Saunier).

Au croisement de la "Rue Marie Vion" et de la "Rue du Ronssoy", la présence de ce calvaire (d'ailleurs doublé d'une petite chapelle visible sur la Fig. 2 a), montre qu'il s'agissait là d'un carrefour qui fut autrefois important. Ces signaux de christianisation marquent en effet généralement les entrées des villages, et l'on observe que ce calvaire se trouve dans la même situation que celui dressé à l'entrée d'Épehy sur la route d'Heudicourt, au croisement de l'ancienne route de Villers-Guislain mentionnée par l'instituteur Dumont3. Une photo ancienne (Fig. 3) montre d'ailleurs que sur cette route d'Heudicourt, s'élevait aussi, avant 1917 et sans que l'on sache exactement où, une chapelle (Notre-Dame de Bon Secours) très semblable à celle de la route du Ronssoy. Il en va encore de même pour le calvaire situé au croisement de la route venant d'Honnecourt et du chemin de Villers-Guislain (dit chemin de Cambrai).

Chapelle sur la route d'Heudicourt, avant 1917.
Fig. 3. Chapelle sur la route d'Heudicourt, avant 1917.
Photo prise par un soldat allemand (Coll.Claude Saunier).

Il y a donc eu, à cet endroit de la route du Ronssoy, un carrefour anciennement important, menant au moins vers deux villages voisins, et peut-être vers trois. En effet, en fonction des données cadastrales et en considérant son orientation générale, on peut concevoir que la "grande rue Marie Vion" était en fait la voie qui, à l'origine, joignait Épehy à Sainte-Émilie (ou Leuilly) à partir du chemin du Ronssoy, ou peut-être même à Villers-Faucon en suivant l'ancien chemin qui se dirigeait vers ce village en passant par le lieu-dit "Rideau Mathieu". Mais encore, au-delà de ce carrefour avec la route du Ronssoy, cette ancienne voie se prolongeait en direction du nord par la rue Marie Vion, et peut-être encore plus loin comme le suggère une limite de propriétés qui en a gardé la trace (Fig. 1). Ne peut-on faire l'hypothèse que ce fut là, bien avant son utilisation par Marie Vion, l'itinéraire du premier chemin d'Honnecourt, et plus exactement celui d'un chemin Honnecourt-Vermand ?

Si le croisement des deux très anciennes voies (pré-romaine N-S, et "Chaussée Brunehaut" gallo-romaine E-O) se faisait là, on ne saurait alors s'étonner qu'une implantation gallo-romaine ait pu exister dans les parages (au niveau de l'ancienne briqueterie Delaigle) comme le signalent certains documents, ni que furent trouvés dans les environs par les frères Despagne, des outils préhistoriques, peut-être acheuléens, comme le rapporte Claude Saunier. L'actuelle Rue du Riez serait postérieure et aurait progressivement supplanté l'itinéraire primitif, après avoir été prolongée pour rejoindre la Grande Rue. La Rue du Riez n'aurait alors été, à l'origine, qu'une divergence vers le Riez et la Place du Riez, de la route principale "Marie Vion" venant de Leuilly et/ou de Villers-Faucon.

D'autre part, à considérer l'orientation générale des limites de propriétés, on constate qu'elles sont appuyées perpendiculairement à cette "petite rue Marie Vion" au nord et à celle du Ronssoy au sud. Cela montre que ce quartier entrait dans le dispositif global du lotissement médiéval primitif d'Épehy, celui-ci se prolongeant même un peu plus loin vers le Sud-Est au-delà de la Rue Marie Vion.

Ainsi Marie Vion, dont nous ne savons malheureusement pas grand chose, nous permet une plongée inattendue dans les profondeurs d'un passé fort ancien de notre village.

Notes :
1 Jean-Marie Wiscart : "Agronomes et fermes modèles dans la Somme à la fin du Second Empire". Revue de l'Association des ruralistes français; 2001-09.
2 Site internet : www.patrimoine-de-france.org. Service régional de l'inventaire Picardie.
3 Voir dans "Épehy, recherches sur les origines d'un village picard", la partie concernant Pezières.


Date de création : 05/08/2009 @ 11h33
Dernière modification : 05/08/2009 @ 13h48
Catégorie : Le village
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