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Le 10/03/2013 à 04h08

Au fil des ans... - Le retour en 1919 (1)

ÉPEHY - QUOI DE NEUF ? 1° avril 2006 – N° 65

LE RETOUR EN 1919 (1° article)

Monsieur Gabriel Trocmé, Maire d'Épehy, conscient de ses devoirs, prend, dès l'armistice, des mesures pour faire revivre son village. Ayant mis à l'abri les archives, les dossiers, les cachets, les documents importants de la mairie ramenés à Berlaimont en 1917, il n'est pas long à revenir sur sa terre natale.
La Grande Rue d'Épehy, qui avait les maisons les plus imposantes et les plus solides, a désormais de belles ruines...

Fig.1. Ruines de la Grande Rue, 1919, vue vers Pezières (et non pas Posières) sur près de 1 km  (Coll. C. Saunier).
Fig.1. Ruines de la Grande Rue, 1919, vue vers Pezières (et non pas Posières) sur près de 1 km
(Coll. C. Saunier).

Le village est sillonné de tranchées en zigzag que nous montrent les cartes anglaises. Ces mêmes Anglais, en ce début 1919, comblent les trous sur les routes, arrachent les "tire-bouchons" qui soutenaient des hectares de fils de fer barbelés et, avec l'aide de leurs soldats d'origine annamite, remettent de l'ordre dans ce chaos1. Ils enterrent dans leurs cimetières, terres anglaises en pays français, les morts qui avaient hâtivement enterrés çà et là (au début, le cimetière de la Ferme du Bois est couvert de croix de bois).

 

Fig.2. Tank anglais détruit (Archives familiales
Fig.2. Tank anglais détruit (Archives familiales Durieux
et Galerneau Durieux). Un sol ravagé, sans doute
celui d'Épehy, 4 personnages (famille Ernest Durieux ?).
 
Fig.3. Auxiliaires asiatiques des
Fig.3. Auxiliaires asiatiques des troupes anglaises
(Coll. C. Saunier).
 

Une carte postale montre Monsieur Trocmé devant son tonneau Nissen, dans un espace vide et désolé. Grâce à un papier griffonné devenu un document, nous savons que le 22 mars 1919, sous la neige, trois familles d'Épehy étaient revenues. Disons que, sans le savoir, ces trois familles symbolisaient la renaissance d'Épehy – famille Delaigle, briqueterie : les murs, famille Léon Pelletier, charpentier : les toits, famille Auguste Despagne, cultivateur : la terre. Ils ont couché dans la cave de l'hospice dont les voûtes avaient, en partie, résisté à l'explosif.

Fig.4. Habitation provisoire type tonneau Nissen (Coll. C. Saunier).  Famille d'Épehy non identifiée. Du papier huilé fait office de vitres.
Fig.4. Habitation provisoire type tonneau Nissen (Coll. C. Saunier).
Famille d'Épehy non identifiée. Du papier huilé fait office de vitres.

Nos Anglais voyaient avec effarement arriver ces nouveaux colons, au point que certains de leurs soldats, chargés de famille et donc démobilisés, firent connaître en Angleterre la situation tragique des Picards et des gens du Nord, déclenchant Outre-Manche un élan de compassion, de dons et de parrainages bien oubliés aujourd'hui. Ces mêmes Anglais fournirent aussi pain, eau et victuailles aux nouveaux arrivants.
Pour les besoins de la guerre, les Anglais avaient bâti de véritables camps dans la Somme libre, avec une multitude de baraques Adrian ou similaires. N'en n'ayant plus grand besoin, ils les cédèrent aux populations civiles sinistrées. Monsieur Trocmé fit jouer son énergie, sa diplomatie et son habileté pour obtenir le plus possible de ces baraques et aussi des tonneaux Nissen en nombre plus restreint. Une variante de ces tonneaux fut le "tonneau-église" avec une base de briques et une bande vitrée au sommet. Cet édifice fut bâti, sans doute en 1919, sur les terrains de la Coopérative agricole à la gare, en attendant d'être transféré, un an plus tard, à l'entrée de la Rue Comin, Place de l'Église. Une double baraque genre Adrian fut aussi édifiée au milieu de ce qui sera la cour de récréation de l'actuelle école des garçons et servira d'école et de mairie.

 

Fig.5. Baraque Adrian, famille Dufourny,
Fig.5. Baraque Adrian, famille Dufourny, 1922. Les parents et les 2 filles, la plus jeune, Berthe, future épouse de Gaston Goubet (Coll. C. Saunier).
Fig.6. Double ou triple baraque Adrian faisant
Fig.6. Double ou triple baraque Adrian faisant office d'école (classe unique ?) et de mairie, instituteur M. Sibilotte, 1921 (Coll. C. Saunier)
 

Pendant ce temps, chacun revenait au village, et c'est plusieurs centaines d'habitants que comptait maintenant Épehy. Chacun était à la tâche car, petit à petit, les autorités civiles réapparaissaient et édictaient leurs lois et aussi incitaient à la Reconstitution du pays, terme plus précis que celui de Reconstruction. C'est ainsi que l'on dédommagea, en partie, les agriculteurs et que l'on employa les ouvriers au nettoyage des terres, au comblement des trous et tranchées et, pour tout dire, à la remise en état du terroir d'Épehy.
Au début, des équipes avec un camion à plate-forme ramassaient des quantités incroyables d'obus, des munitions, grenades, etc., en attendant l'arrivée, un peu en retard, d'une division entière de sapeurs, démineurs et spécialistes sous le commandement du général Philippot dont le quartier général sera à Épehy.


Fig.7. Le général Philippot,

Fig.7. Le général Philippot,
venu avec une division de sapeurs (?) pour ramasser les munitions dangereuses :
pas de date précise, mais un peu en retard quand même... (Coll. C. Saunier).

Tout cela n'était pas sans danger. Ainsi, un jour Monsieur Lepreux et ses trois fils étaient occupés à nettoyer et combler un coin de terrain et, comme il faisait très chaud, le père envoya son cadet Alphonse, 6 ans, chercher au village de l'eau fraîche et du café. Le petit Alphonse ne revit jamais vivants son père ni ses deux frères, car ils furent tués par un engin explosif. Le gamin devint plus tard garde-champêtre de la commune.
Dès le retour, un sérieux problème se posa, celui de l'eau. Tous les puits du village, 22 à ma connaissance, avaient été empoisonnés et en partie comblés par les Allemands, souvent avec des troncs d'arbres ou d'énormes branches, en février 1917. Une petite équipe, trois hommes, un chevalet, une poulie, un treuil et ses câbles firent un travail formidable en nettoyant tous ces puits. On reconnaît, sur les deux cartes postales, l'un de ces hommes, le jeune Arthur Prévost, 17 ans à l'époque, qui était préposé à la descente au fond de ces puits, soit à 50 ou 60 mètres de profondeur.

                                                                                                                                                          (À suivre)

Fig.8. Dégagement des
Fig.8. Dégagement des 18 à 20 puits par une équipe de 3 hommes
dont Arthur Prévost, le plus grand sur la photo (Coll. C. Saunier).


Note

1 Tous les témoignages concordent : 1919, en troupe, voire en troupeau, marchant serrés, comme apeurés, et chantant une sorte de mélopée en ramassant les fils, les ferrailles, les munitions.
 


Date de création : 29/11/2011 @ 10h11
Dernière modification : 29/11/2011 @ 10h19
Catégorie : Au fil des ans...
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