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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - E comme Église-Tonneau

É comme Église-Tonneau : L'église provisoire d'Épehy

 

Il est frappant de constater que dès leur retour au pays, soit dès 1919-1920, les réfugiés eurent à cœur de remettre au plus tôt en place, parallèlement à la construction de logements provisoires, les monuments religieux qu'ils avaient connus au village. Avec les calvaires1, l'édification d'un lieu de culte provisoire fut l'une de leurs priorités, sans doute parce que la communauté éprouvait le besoin de se rassembler autour d'un symbole fort, après les épreuves de la guerre et la dispersion qui s'en suivit.

De la même façon que des abris-tonneaux de tôles en demi lune ont été mis à la disposition de la population, des abris-chapelles provisoires, également en forme de demi-lune mais de grandes dimensions, ont été envoyés aux municipalités.

On découvre ainsi, grâce à une photo antérieure à 1921, l'existence d'une telle "église-tonneau" ou "tonneau-église" qui se trouvait alors non loin de la gare Épehy.

Tonneau-église situé vers la gare, avant 1921
Fig. 1. Tonneau-église situé vers la gare, avant 1921. Au fond, la brasserie Lempereur déjà reconstruite
(Coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).

La photo (Fig. 1), prise lors de la procession de pose du calvaire de la route d'Heudicourt, laisse nettement apparaître cette construction de tôles surmontée d'une verrière. Pourquoi avait-elle été posée là ? Probablement parce, une fois arrivée par train comme tous les matériaux reçus par la population, on avait jugé bon de la laisser sur les lieux, en attendant que soient déblayées les ruines accumulées sur la place de l'église détruite. Le rail et la gare, celle-ci dès 1919, soit avant même d'être rebâtie, ont eu en effet, avant la remise en état du réseau routier, un rôle décisif dans le retour à la vie du village en permettant l'acheminement du ravitaillement, des matériaux et de l'outillage nécessaires aux besoins de la population.

On peut d'ailleurs se demander d'où et comment sont arrivés relativement rapidement tous ces matériaux : tôles, briques, tuiles, sable, chaux et ciment, sans oublier les excellents bois du Jura qui n'ont pas bougé depuis 85 ans.

Sortie de messe, vers 1920 début 1921
Fig. 2. Sortie de messe, vers 1920 début 1921 (?) (Carte postale, Coll. C. Saunier).

Il semble que cette église-tonneau resta peu de temps vers la gare, et la Fig. 2 la montre déjà transportée sur son emplacement normal, la place de l'ancienne église. Une simple croix indique qu'il s'agit bien d'un édifice religieux. La photo semble avoir été prise en été. Est-ce l'été 1920 ? On observera à gauche, le tas de briques destinées aux reconstructions, ainsi que les rails d'un "decauville", un moyen de transport que l'on retrouve sur plusieurs photos de l'époque et qui a joué un grand rôle dans l'acheminement des matériaux depuis la gare jusqu'aux chantiers en cours.

Obsèques de Germaine Magniez, 6 avril 1921
Fig. 3. Obsèques de Germaine Magniez, 6 avril 1921 (Coll. C. Saunier).

Nous avons la date exacte de la photo 3 : 6 avril 1921. Le décès prématuré de la fille de l'ancien maire, Arsène Magniez, a rassemblé une foule considérable ; on observe la présence de six voitures automobiles. Les rails du decauville étant sur la droite, on en conclut que nous voyons cette fois l'arrière du tonneau-église, la croix se distinguant de l'autre côté, et l'on découvre dans son prolongement une construction en semi-dur (s'agit-il du presbytère ?) à la porte duquel la foule est massée, peut-être pour les condoléances ? Les porteurs du cercueil blanc et le cortège se dirigent donc vers la droite, vers la Grande Rue pour rejoindre le cimetière.

La pose du clocheton
Fig. 4. La pose du clocheton (Coll. C. Saunier).

L'épisode qui, logiquement, a suivi l'étape de l'implantation du bâtiment provisoire est celui de la mise en place du clocher (Fig. 4).

Clocher ou plutôt clocheton qui ne comptera qu'une seule cloche, et qui est construit à l'arrière du tonneau-église. Comme beaucoup de constructions de l'époque, ce fut l'œuvre du charpentier Léon Pelletier que l'on voit perché sur l'échelle, probablement en compagnie de ses ouvriers, mais il s'agit d'une pose pour la photo, apparemment prise un dimanche avec, au premier rang, sans doute les enfants du catéchisme...

Autre sortie de messe, 1921
Fig. 5. Autre sortie de messe, 1921 (?) (Coll. C. Saunier).

Cette fois, sur l'autre photo de sortie de messe dont nous disposons (Fig. 5), le clocheton est bien en place à l'arrière du tonneau. On y retrouve, à droite, le petit bâtiment à une pente que l'on voyait à gauche sur la Fig. 3. Un important tas de briques a été déposé à proximité de l'église provisoire : comment les enfants ne joueraient-ils pas à grimper dessus ? L'habillement des fidèles donne à penser que nous sommes ici assez tôt ou assez tard en saison.

Première Communion Solennelle à Épehy, mai-juin 1921
Fig. 6. Première Communion Solennelle à Épehy, mai-juin 1921 (Coll. C. Saunier).

Mai-juin 1921 : c'est la sortie de la Communion Solennelle, la première à être célébrée depuis la fin de la guerre (Fig. 6). Une cérémonie qui marque, pour les habitants du village, le retour à une vie religieuse coutumière. À gauche et à droite, les enfants de chœur (le 3e à gauche, vêtu d'une cape, est Olivier Masson), et derrière eux, les communiants ; tout le nécessaire au déroulement de la vie religieuse est déjà en place : bannières, costumes, brassards, cierges. Les communiantes ne sont pas encore sorties de l'église. À droite de la porte, le curé : l'abbé Quenolle (Fig. 6 b).

On observe qu'au fond à droite, entre l'église et le petit bâtiment, de nouvelles constructions sont apparues.

Première Communion Solennelle à Épehy, mai-juin 1921
Fig. 6 b. Première Communion Solennelle à Épehy, mai-juin 1921
(Coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).

Inauguration du Monument aux Morts, 2 octobre 1921
Fig. 7. Inauguration du Monument aux Morts, 2 octobre 1921 (Coll. C. Saunier).

Pour la photo suivante (Fig. 7), nous avons une date sûre : le 2 octobre 1921. Il s'agit de l'inauguration du Monument aux Morts, au milieu d'une foule considérable malgré un temps pluvieux (quelques parapluies ouverts). Le tas de briques a disparu pour laisser place au monument.

Cette photo permet deux observations inattendues concernant l'église provisoire. Elle est constituée de deux demi-tonneaux successifs de hauteurs différentes, le chœur (côté clocher) étant plus bas et moins large que la partie réservée à l'assistance. Mais sur cette dernière partie, les deux fenêtres de part et d'autre de la porte n'apparaissent plus, de même que la croix ! Il faut en conclure qu'en ce mois d'octobre, cette partie plus haute est nouvelle et a été ajoutée pour compléter et agrandir le premier tonneau-église que nous montrent les photos précédentes.

L'autre observation concerne l'existence d'un second demi-tonneau à droite du bâtiment-église, et qui semble également de grandes dimensions. On peut supposer qu'il s'agit de l'abri faisant office de sacristie à l'usage du prêtre et des enfants de chœur, où était entreposé tout le matériel nécessaire au culte (bannières, croix, vêtements, etc.).

Gabriel Trocmé nous apprend, dans sa "Notice historique", que ce monument fut inauguré en présence du Sous-Préfet de Péronne, du Sénateur et du Député, et du Général commandant le corps d'armée que l'on peut voir lisant son discours.

On ne sait pas grand chose de l'agencement intérieur de cette église provisoire. Seule une photo (Fig. 8), prise à l'occasion d'un 11 Novembre, montre l'autel décoré des ornements des jours de deuil (tentures, nappe d'autel) avec, à droite, une plaque portant les noms des "Soldats morts pour la patrie" qui vient probablement d'être réalisée et que deux personnes (dont on aperçoit les chaussures) présentent pour la photo. Cette plaque se trouve aujourd'hui au fond de l'église actuelle.

Intérieur du tonneau-église
Fig. 8. Intérieur du tonneau-église (Photo Loy-Charlet).

Comme la photo précédente, la photo Fig. 9 semble de peu antérieure à 1927.

Sortie de messe en présence de Mgr. Lecomte
Fig. 9. Sortie de messe en présence de Mgr. Lecomte (Coll. C. Saunier).

Un arc de triomphe et des guirlandes décorent l'entrée de l'église, en signe d'accueil et de bienvenue à l'évêque, Mgr. Lecomte, que l'on voit au milieu des fidèles, la crosse à la main. Derrière lui, le chanoine Jules Cocrelle, enfant du pays en poste à la cathédrale d'Amiens (Fig. 9 b).

Mgr Lecomte et le chanoine Cocrelle
Fig 9 b. Mgr Lecomte et le chanoine Cocrelle
(Coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).

La croix que l'on voit à gauche de l'église n'a rien de religieux : il s'agit seulement d'une "Défense d'entrer sur le chantier", chantier que l'on peut supposer être celui de la nouvelle église en construction.

À droite, le café Degroise, plus tard Georges Delaplace, a été reconstruit.

Avec la photo du dernier mariage célébré à l'église-tonneau, celui de Raymond Goulet et Berthe Dufourny en été 1927, nous sommes véritablement aux derniers jours de cet édifice. À gauche, la nouvelle église semble en effet quasiment terminée.

Dernier mariage à l'église-tonneau, été 1927
Fig. 10. Dernier mariage à l'église-tonneau, été 1927
(Photo don Mme Veuve Goubet, Coll. C. Saunier).

Mgr. Lecomte et le chanoine Jules Cocrelle
Fig. 11. Mgr. Lecomte et le chanoine Jules Cocrelle
(Coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).

Terminons ce texte par la photo des deux personnalités religieuses qui semblent bien avoir joué un rôle considérable dans la réorganisation et la renaissance de la vie religieuse au village, Mgr. Lecomte et le chanoine Cocrelle.

Mgr. Charles Albert Joseph Lecomte était né à Comines (59) en 1867. Venu du diocèse de Lille, il fut intronisé évêque d'Amiens le 10 mars 1921 et mourut le 17 août 1934. Il se dénommait lui-même "l'évêque des ruines" et eut une part décisive dans la reconstruction morale et matérielle du diocèse d'Amiens. À sa mort, on a pu dire qu'il fut "l'évêque au monde qui a béni le plus grand nombre d'églises et de cloches" (site internet www.ville-comines.fr).

Le chanoine Cocrelle est né à Épehy en 1865. Ordonné prêtre en 1890, il décède en 1937 . On peut penser que Mgr. Lecomte emmenait avec lui "son chanoine" d'Épehy chaque fois qu'il intervenait dans ce village. Il était l'oncle maternel d'Olivier Masson et avait, semble t-il, recueilli à Amiens la famille Masson-Cocrelle à la fin de la Première Guerre. L'un des souvenirs contés par Olivier Masson est d'avoir participé, avec son oncle, à la fermeture nocturne des portes de la cathédrale d'Amiens, cela dans l'impressionnant et mystérieux silence du majestueux édifice où seul résonnait l'écho du grincement des serrures...

Faire-part de décès du chanoine Cocrelle
Fig. 12. Faire-part de décès du chanoine Cocrelle (Coll. C. Saunier).

Note :
1 Voir l'article C comme Calvaires.


Date de création : 06/08/2009 @ 09h39
Dernière modification : 20/01/2010 @ 18h23
Catégorie : Le village
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