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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - M comme Moulins

M comme Moulins : Les moulins d'Épehy

 

Comme tous les villages, Épehy avait ses moulins à vent pour moudre sur place le blé cultivé. Qu'en savons-nous ? Combien y en avait-il ? Qu'en disent les documents existants ?

À vrai dire, on ne possède qu'assez peu d'informations générales sur tout cela. La carte de Cassini (XVIIIe siècle), très sommaire car les routes n'y sont pas portées, indique seulement l'existence d'un "moulin à vent en bois" au sud du village.

La carte dite d'État-Major (1/80 000e,Cambrai, 1837), bien plus précise, signale également un moulin vers le même endroit, au départ de la route de Sainte-Émilie (point coté 143), un autre au sud de la route du Ronssoy, à la limite des deux communes, un autre aussi au nord, près de l'angle formé par les routes d'Honnecourt et de Villers-Guislain, au lieu dénommé "L'ékapée Lambert"1, et un autre encore, plus difficilement lisible, au départ de la route menant de Pezières à Villers-Guislain (point coté 132).

Sur la carte IGN (1/25 000e, Péronne n° 3 – 4, 1964) apparaissent les lieux-dits suivants : "Les Moulins", au départ de la route de Sainte-Émilie (point coté 141), la "Vallée des Moulins" un peu plus vers le sud-est, et "Au Moulin Corbeau" à mi-distance entre la route d'Honnecourt et La Malassise. Mais cette fois, il s'agit seulement de lieux-dits, témoins d'un passé révolu, et non plus de moulins effectivement visibles dans le paysage.

Les moulins qui ont pu exister à Épehy ont en effet disparu avec la destruction de l'ensemble du village par l'armée allemande en mars 1917, et par la suite aucun ne fut reconstruit. A vrai dire, les "Carnets de Guerre" de Gabriel Trocmé donnent à penser qu'à ce moment là, il n'en restait déjà plus qu'un seul en état de fonctionner, le moulin d'Henri Moreaux ; fermé par l'occupant en février 1915, son propriétaire le faisait fonctionner clandestinement pour approvisionner en farine les habitants. "Je vais essayer de faire tourner le moulin, la nuit, écrit le maire, Gabriel Trocmé, le 30 avril 1915. J'ai prévenu l'adjudant (l'adjudant allemand Trauch) de la chose, en disant qu'il n'était pas possible de continuer à nourrir un peuple de la sorte et j'ai ajouté que, bien que prévenu, il ne devait pas le savoir. Il a répondu que s'il ne recevait pas de plaintes, il laisserait faire, voulant l'ignorer"2.

Les indications toponymiques montrent, comme le mentionne l'Encyclopédie Wikipedia, que ces moulins d'Épehy ont pu être tantôt isolés sur des éminences (moulin de X ou Y), tantôt groupés en série ("Les Moulins", "Vallée des Moulins").

Enfin, la version du cadastre mise en ligne sur Internet mentionne "Le Moulin", juste à la sortie d'Épehy vers Sainte-Émilie, et la "Vallée des Moulins" le long de la route du Riez (mais c'est apparemment le nom donné à un lotissement récent), la "Vallée des Moulins" déjà notée près de la route du Ronssoy. La mention "Au Moulin Corbeau", au dessus du "Bois Têtart", a disparu, mais on note, vers "L'Écapée Lambert", le lieu-dit "le Moulin Camus", qui précise donc l'observation relevée sur la Carte d'État-Major.

On arrive donc à un total d'au moins quatre moulins isolés mais tous à proximité du village (route du Riez, Moulin Corbeau, Moulin Camus et route de Villers-Guislain) auquel s'ajoute un probable groupement de moulins (Vallée des Moulins) dont il n'est pas possible d'en connaître le nombre, ni la période concernée.

Nos connaissances sur les moulins d'Épehy s'arrêterait là si nous n'avions pas la chance de disposer de deux documents recueillis par Claude Saunier : une photo et une lettre.

1/ La photo est celle du moulin Henri Moreaux, celui qui se situait au départ de la route de Villers-Guislain, près de l'ancien passage à niveau (Fig. 1). Une magnifique photo, oeuvre du meunier lui-même, car il était à la fois agriculteur, meunier et photographe. La voie ferrée derrière le moulin, la maison du garde-barrière et les deux bras levés de la barrière permettent d'en localiser l'emplacement avec précision et d'en donner l'échelle.

Le moulin Henri Moreaux
Fig. 1. Le moulin Henri Moreaux
(l'enfant assis sur la queue du moulin est Raymond Moreau, fils d'Henri)

Il s'agit d'un moulin pivot, "la version la plus ancienne de moulin recensée en France à partir du XIIe siècle3; il est composé d'une cage en bois qui peut tourner sur un pivot central taillé dans un tronc de chêne. La cage, qui abrite le mécanisme et les meules, est composée de planches verticales (ou essentes) qui se recouvrent comme des ardoises".

Le meunier Henri Moreaux et son beau-frère Arthur Deriquebourg
Fig. 2. Le meunier Henri Moreaux (à gauche)
et son beau-frère Arthur Deriquebourg, chef de gare (Coll. C. Saunier).

"Le mécanisme, poursuit l'auteur du site Internet, se compose de 4 ailes, d'un arbre, d'un rouet aux dents de bois (les alluchons) entraînant un pignon (la lanterne) qui actionne la meule tournante ou courante sur la meule dormante. Le grain passe par l'oreillard au milieu de la meule courante et se fait écraser entre les 2 meules pour donner la mouture (farine et son)". "À l'extérieur, l'escalier permet au meunier d'accéder à l'intérieur de la cage et lui sert également à orienter les ailes face au vent". "On rencontre ce type de moulins dans les régions situées au-dessus de la Loire (Centre, Picardie, Nord-Pas de Calais principalement)".

Deux autres types de moulins à vent ont en effet existé (d'après Wikipédia) : le moulin-tour, une tour maçonnée surmontée d'un toit orientable dans le sens du vent, qui supporte les ailes fixées sur un axe horizontal, et le moulin cavier, intermédiaire, où tourne un corps mobile supportant les ailes et le système d'engrenage, la hucherolle, posée sur une tour plus basse.

Des moulins-tours ont aussi existé dans le nord de la France, et peut-être même à Épehy. On a en effet trouvé au cours d'un labour un peu plus profond, vers la route de Sainte-Émilie, à environ 50 mètres de la dernière maison du village et à 50 mètres de chaque côté de cette route, des grosses pierres d'environ 80x40x30 cm qui pourraient avoir été des soubassements de ces moulins (ou d'autres bâtiments ?)4.

Un autre moulin pivot, celui de Bohain
Fig. 3. Un autre moulin pivot, celui de Bohain
(carte postale, coll. C. Saunier)

2/ La lettre est une réponse, datée du 6 mai 1982, à une demande d'information de Claude Saunier. Elle lui a été envoyée par Charles Moreaux, descendant de la famille qui fut propriétaire de ce moulin et l'a fait fonctionner jusqu'à sa destruction.

Laissons donc la parole à Charles Moreaux dont l'enfance fut bercée par les souvenirs de ce moulin : "Il faisait toujours l’objet des conversations de mon grand-père (Henri) et de mon père (Raymond)", écrit-il. La liste des "dommages de guerre" établie par le meunier Henri Moreaux, en donne une description très précise que Charles rapporte dans cette lettre : "Tout un beau moulin à vent moderne en exploitation (il avait été outillé à neuf avant la guerre), comprenant meules, système anglais, râteau, bluteries, vis, trémis avec auget, archures, 25 marteaux à rhabiller, régulateur à force centrifuge, indicateur de vitesse, élévateur, poulies, gribles de rechange, meule à affûter marchant avec le moulin, courroies, cordes en crin pour vêtures, vêtures et vêtures de rechange, toiles à baches, monte-sacs avec frein, cables divers, gribloirs chub, bascule, poids, 2 petites armoires, 1 poêle, sacs, 10 clefs, 5 marteaux, 2 tenailles, rabots, vilebrequins, mèches, lampe à acétylène, etc...". "Longueur des ailes : 10 m 75, largeur 1m 70, 2 mannes à blé, chaînes, 2 échelles, 3 scies, 1 brouette, etc... 4 m3 de bois de chêne pour réparation du moulin, plus 1 chêne de 11 m pour réparation de l'aile, 3 m3 de bois de sapin". "Il s'agissait donc, commente Charles Moreaux, d'un bâtiment déjà important dans lequel le meunier vivait, car il fallait profiter du bon vent (qui ne devait pas dépasser une certaine force) et mon grand-père, à ces moments de vent favorable, mangeait sur place".

Une meule de moulin
Fig. 4. Une meule de moulin (Doc. Internet)

On ne sait depuis quand existait un moulin sur le lieu, mais le fait qu'il ne se trouve pas inscrit dans la toponymie locale sous le nom de "Moulin X ou Y" donne à penser que cette présence ne doit pas être très ancienne.

Les documents en possession de Charles Moreaux indiquent qu'il appartenait à la famille Magniez et tournait sur une pièce de terre labourable lui appartenant également. Il a été vendu le 18 mars 1857 à Isidore Moreaux, lui-même membre d'une famille de meuniers originaire de Villeret (02), tandis que "M. Magniez a loué, pour tout le temps que le moulin restera dessus, la motte dudit moulin et le chemin, d'une largeur suffisante pour passer en voiture, tel que le chemin existant". Le fermage en était fixé à 100 francs.

Dessin du moulin Moreaux publié dans un journal allemand
Fig. 5. Dessin du moulin Moreaux publié dans un journal allemand.
(Document Charles Moreaux)

Dès le début de la première guerre mondiale, les Allemands occupent le village et brûlent la ferme Moreaux (27 août 1914), et s'ils épargnèrent momentanément le moulin (qui a même inspiré un artiste allemand : dessin Fig.5), alors propriété d'Henri Moreaux, ce fut pour le réquisitionner, le 9 octobre, à leur à propre service.

En date du 21 octobre 1915, une ordonnance du Maire d'Épehy, Gabriel Trocmé, dictée par l'occupant, vient préciser les conditions dans lesquelles ce moulin, après avoir été fermé en février, est cependant autorisé à fonctionner temporairement :

Ordonnance
(annexée à la lettre de Charles Moreaux)

"Le moulin d'Épehy est autorisé à moudre du blé temporairement, mais sous les conditions suivantes : Il sera sous le contrôle permanent de l'autorité allemande, qui pourra en ordonner l'arrêt dès qu'elle le jugera bon. Il ne pourra recevoir de blé que de la Municipalité seule, et ce blé proviendra exclusivement du glanage. Le blé qui sera trouvé dans le moulin est sous la responsabilité de la Municipalité, qui en devra compte à la Kommandanture. Les issues même recevront la destination qui en sera donnée par la Municipalité qui en recevra l'indication de la Kommandanture ; le meunier dans ce cas, sera payé à façon, aux 100 kil. de blé travaillé. Toute infraction à cette règle entraînera la fermeture du moulin, indépendamment de la peine disciplinaire qui atteindra le Meunier et ceux qui, avec lui, auront transgressé le règlement".

Épehy, le 21 octobre 1915
Par Ordre le Maire
G. Trocmé

Il faut croire que les autorités allemandes étaient de mauvais payeurs car, écrit Charles Moreaux, dans le dommages de guerre réclamés par le meunier figure une rubrique : "Travail non payé par les Allemands". En réalité, Claude Saunier nous informe que, malgré cette sévère réglementation, "Henri faisait tourner son moulin, en douce, à l’insu des Allemands de 1914 à 1916, pour fournir de la farine au boulanger Vélu et à celui de la coopérative rue Neuve".

Le moulin Moreaux, détruit en mars 1917, ne fut pas reconstruit après les hostilités. Charles Moreaux se souvient que, lors de promenades avec son grand-père, sans doute vers 1935, celui-ci lui montrait les meules de son moulin détruit qui gisaient encore au bord de la tranchée du chemin de fer Vélu-Bertincourt, près du lieu où il avait tourné5.

La fin de la guerre fut donc aussi la fin des moulins à vent et le début d'une nouvelle époque, celle des industries mues par l'énergie électrique. Une petite minoterie artisanale et sans doute électrique, également appelée "Le Moulin", fut alors créée par Henri Moreaux face à l'ancienne ferme. Il est probable qu'elle ne fonctionna que peu de temps, concurrencée par les minoteries industrielles qui se développaient dans les villes voisines.

Notes :
1 Et non "Les Capets Lambert" comme indiqué sur cette carte, l'ékapée (ou écapée) désignant en picard un passage ouvert dans un talus pour permettre l'entrée dans le champ.
2 Voir "Les carnets de guerre du maire d'Épehy (1914-1918)" publiés par Claude Saunier dans la revue "Cambrésis, Terre d'Histoire", en particulier le n° 42, juin 2005. Voir également dans ÉPEHY - QUOI DE NEUF ?, bulletin municipal, n° 55, 2 mai 2003, l'article de Claude Saunier : Le moulin Moreaux.
3 Les informations qui suivent sont tirée du site "Les moulins à vent en France" : www.moulins-a-vent.net
4 Information confirmée à Claude Saunier par M. Alfred Joffrin qui la tenait de son père et de M. Lesage.
5 Information recueillie par Claude Saunier.


Date de création : 06/08/2009 @ 14h27
Dernière modification : 06/08/2009 @ 17h48
Catégorie : Le village
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