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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - R comme Ruines

R comme Ruines : Le village en ruines

(Rappel : pour agrandir une figure, il suffit d'un "clic gauche" dessus. Pour la réduire, cliquer en haut de la page sur la croix "x" de l'onglet correspondant)


Épehy eut la malchance de se trouver, comme bien d'autres villages du nord de la France, sur le tracé de la ligne Hindenburg, ce vaste système de défenses et de fortifications construit par l'armée allemande pendant l'hiver 1916-1917, sous le commandement des généraux Hindenburg et Ludendorff. Une ligne qui s'étendait sur près de 160 km depuis Lens jusque vers Soissons.

À partir de février 1917 les troupes allemandes opérèrent une retraite tactique jusqu'à ces fortifications nouvellement construites en arrière du front et réputées imprenables qui, près de chez nous, s'appuyaient sur le canal de Saint-Quentin. L'ensemble du territoire entre le précédent front et cette nouvelle ligne fut systématiquement dévasté par les Allemands qui y appliquèrent la politique de la terre brûlée de façon que les troupes alliées ne puissent y manœuvrer qu'à découvert.
C'est dans ce cadre que fut organisée par l'armée allemande l'évacuation du village, en février 1917, suivie de sa destruction immédiate.

Nous ne reproduirons pas, dans cet article, la vue aérienne du village en ruines déjà présentée à nos lecteurs (voir en particulier la Fig.1 de l’article "H comme Hôtels après 1919", mais uniquement des photos de ruines prises au sol, en choisissant de préférence celles qui, nous semble t-il, sont les moins connues.

Les premières destructions
1917 ne doit cependant pas faire oublier que ce fut dès le début de la guerre, le 27 août 1914, lors de la première offensive allemande, qu'eurent lieu les premières destructions à Épehy. En représailles à la résistance qu'ils avaient rencontrée lors de l'assaut au village, les Allemands, en provenance de Villers-Guislain, incendièrent la ferme Magniez (Fig.1), puis les granges Lepreux, Demaret, Grain, Leclerc, Moreaux Léon, Moreaux Henri et Magniez, non sans avoir assassiné trois ouvriers de cette dernière ferme1.

Fig.1. Les ruines de la ferme Magniez (Coll. M. Delaire)1. (Voir dans l'article "F comme Fermes", Fig.10 et 11, les photos de cette ferme avant son incendie).
Fig.1. Les ruines de la ferme Magniez (Coll. M. Delaire)2.
(Voir dans l'article "F comme Fermes", Fig.10 et 11, les photos de cette ferme avant son incendie).

Dans les années qui suivirent, le village étant occupé par l'armée allemande, la menace à laquelle il fallait s'attendre fut plutôt celle de bombardements par des avions anglais. Ainsi Gabriel Trocmé rapporte (et s'en irrite fort) que, le 21 juillet 1916, des aéroplanes anglais ont jeté 11 bombes sur Épehy, avec le bilan suivant : 3 ou 4 maisons endommagées, une habitante tuée, une autre grièvement blessée, un prisonnier civil blessé, et chez les soldats allemands, 6 ou 8 tués et 15 blessés3.

La destruction générale
Le 20 février 1917, jour de l'évacuation totale d'Épehy, "les derniers habitants n'étaient pas encore sortis du village, écrit Gabriel Trocmé4, que les torches incendiaires étaient portées de tous côtés, et que la dynamite attaquait les édifices que la flamme eut été impuissante à détruire".
Il est assez surprenant (n'étaient les circonstances, on pourrait même écrire : cocasse) que l'un des premiers "édifices" auxquels les Allemands se sont attaqués semble bien avoir été le "Château Lempereur" ! Occupant les lieux depuis 3 ans, ils devaient pourtant s'être bien rendus compte que ce n'était là qu'une miniature, une sorte de jouet sans intérêt stratégique !5

Fig.2. Ruines du "Château Lempereur". L'église et les alentours sont encore debout.
Fig.2. Ruines du "Château Lempereur". L'église et les alentours sont encore debout.


Les édifices publics

Fig.3 et 4. L'église en feu (mars 1917), et ce qu'il en reste en 1919.

Repère commode pour l'artillerie, l'église fut certainement l'un des premiers grands édifices publics à être détruit par les incendiaires (dont on aperçoit d'ailleurs les silhouettes à droite sur la Fig.3). Bien sûr, cette église, achevée en 1618, n'était pas un chef-d’œuvre architectural : elle était constituée de trois bâtiments disparates : la "vieille chapelle" qui dépendait de l'église de Villers-Faucon et était sans doute un héritage du passé seigneurial d'Épehy, la grande église construite fin XVIe-début XVIIe siècle et, entre les deux, un curieux bâtiment sans doute postérieur et raccordant les deux parties (voir l'article : "E comme Église ancienne"). Elle n'en était pas moins le symbole du village, le lieu de rassemblement et de reconnaissance de ses habitants.

Autre lieu dont la charge émotionnelle n'était pas moins considérable, le cimetière du village n'échappa pas à la destruction, et en particulier les chapelles communautaires ou privées qu'il comportait (Fig.5).



Fig.5. État du cimetière en 1919.
Fig.5. État du cimetière en 1919.

G. Trocmé, dans sa "Notice" de 1924 (p.22), semble cependant suggérer que ce fut là surtout le résultat des combats dont le village fut le théâtre, plus que celui d'une destruction volontaire par l'armée allemande : "Le cimetière qui avait été profondément touché par les obus, a repris, dans son ensemble, un peu de sa physionomie d'autrefois ; nombreuses cependant, trop nombreuses même, sont les sépultures qui n'ont pas encore reçu la réparation à laquelle ont cependant bien droit ceux qui reposent là-bas".

Les deux figures suivantes montrent comment se présentaient, aux yeux des habitants rentrés au pays en 1919, deux autres édifices publics qui avaient été des lieux essentiels dans l'animation du village : la mairie et l'école attenante.

Fig.6. Ruines de la mairie.
Fig.6. Ruines de la mairie.

Fig. 7. Ruines de l'école des garçons.
Fig. 7. Ruines de l'école des garçons.

Concernant la mairie, Gabriel Trocmé rapporte aussi, dans sa "Notice" (p.18), qu'il s'agissait d'un bâtiment fort vétuste (son fronton portait la date de 18546 : "(…) la mairie, par exemple, était une simple chambre prise sur le logement de l'instituteur. Sa fragilité, d'ailleurs, était telle qu'à chaque réunion, il était indispensable de placer un étai au rez de chaussée, sous la poutre centrale".

Le bâtiment principal semble donc avoir été l'école des garçons, tandis que, toujours selon G. Trocmé, "(…) l'école des filles, composée de pièces disparates, (…) était construite de façon aussi légère que la mairie ; prévue, du reste, au début, pour deux classes, elle avait dû être aménagée, vaille que vaille, en 1912, pour trois classes et trois logements d'institutrices !". Sur la Fig.7, les enfants au premier plan sont Olivier Masson (en blanc) et Paul Collet, né en 1907.

Dernier édifice communal, l'hospice, qui comptait 28 lits, fut lui-aussi méthodiquement détruit (Fig.8).
 

Fig.8. Ce qui fut l'hospice. À comparer avec le photo 18b de l'Instantané n°18.
Fig.8. Ce qui fut l'hospice. À comparer avec le photo 18b de l'Instantané n°18.

Ses caves, fort solides, servirent d'abri provisoire aux premiers Épéhiens (les "réintégrés") qui rentrèrent de l'évacuation en 1919. Il fut reconstruit sur le même emplacement et dénommé "Hospice Camus", car, nous rappelle G. Trocmé : "Mesdemoiselles Camus (…) laissèrent toutes leurs propriétés à la commune pour la fondation de l'Hospice (…) qui devait recevoir les vieillards, indigents et infirmes d'Épehy" ("Notice", p. 23).

Enfin, parmi les bâtiments à usage public, les occupants n'oublièrent pas de détruire la gare de chemin de fer qui leur avait si abondamment servi pour acheminer troupes et matériel, l'une de ses dernières utilisations ayant sans doute été l'évacuation des habitants vers Berlaimont et quelques autres villages environnants.
 

Fig.9. Ruines de la gare. Déjà des employés des chemins de fer du Nord sont là.
Fig.9. Ruines de la gare. Déjà des employés des chemins de fer du Nord sont là.

Contrairement à celle qui lui succéda sur le même emplacement en 1920, cette gare construite vers 1880, était un bâtiment à un étage où logeait sans doute le chef de gare (voir article "H comme Hôtels avant 1917", Fig.21).

La production économique
L'agriculture

En 1917, le potentiel productif agricole du village avait été réduit à néant. Non seulement les habitations et les bâtiments d'exploitation avaient été incendiés, chevaux et cheptel avaient été réquisitionnés, mais aussi le pilonnage des obus, les tranchées, les fils de fer barbelés, les munitions non explosées, tout cela avait rendu les champs impropres à l'agriculture7.

La photo des ruines de la ferme de Malassise (Fig.10) donne une triste illustration de l'ampleur de ces destructions.

Fig.10. Ruines de la ferme de Malassise.
Fig.10. Ruines de la ferme de Malassise.

Après une première destruction en 1917, ces lieux furent le théâtre de combats acharnés de 1918 : d'abord l'attaque allemande en mars, à laquelle les Anglais résistèrent pendant trois jours et trois nuits, puis en octobre, quand les Allemands en retraite résistèrent sur place pendant cinq jours pour permettre au reste de leur armée la traversée de l'Escaut8.
Rares furent les fermes du village qui échappèrent à une telle destruction totale. La ferme d'Auguste Despagne, à l'actuel n°1 de la rue Hérouard, et dont nous avons présenté les ruines avec l'Instantané n°42, reste une exception.

L'industrie
Il faut aussi se rappeler que, contrairement à l'époque actuelle, les campagnes picardes du XIXe siècle n'étaient pas seulement productrices de denrées agricoles d'ailleurs fort variées. Elles étaient aussi zones d'une production industrielle dispersée qui employait une main-d’œuvre considérable. Les deux pôles principaux de cette activité étaient le textile et la brasserie, auxquels il faudrait ajouter les différents métiers artisanaux annexes de l’agriculture (forgeron, charron, maréchal-ferrant, bourrelier, etc.).
Il existe de nombreuses photos des ruines du tissage Leriche, sans doute à cause de l’importante place qu'il tenait dans la vie du village. Nous en avons retenu les deux suivantes.

Fig.11. En 1918 (tiré de Hindenburg Line).
           Fig.11. En 1918 (tiré de Hindenburg Line)
 
Fig.12. En 1919-1920, angle de la rue de la
       Fig.12. En 1919-1920, angle de la rue de la gare


On reconnaît (Fig.11) ce qui fut une balustrade ornant la façade de l'usine (voir article "T comme Tisseurs", Fig.2 et 3), tandis que la photo suivante montre que la rue a déjà été considérablement déblayée avec le retour des habitants.
Un autre exemple de ruines industrielles est celui de l'établissement de broderies Colombier, également dans la Grande Rue (actuel n° 37) à proximité du tissage Leriche, là même où, en 1914, Gabriel Trocmé dut servir d’interprète au Commandant de la place désireux d'envoyer un cadeau à sa fille !

Fig.13. Ruines des Broderies Colombier.
               Fig.13. Ruines des Broderies Colombier.

Fig.14. Ruines d'une usine non identifiée.
Fig.14. Ruines d'une usine non identifiée.            

 

Les deux brasseries d'Épehy, Durieux et Lempereur, ne furent pas davantage épargnées. Nous avons quelques photos de leurs ruines, parfois prises par les Allemands eux-mêmes comme pour témoigner de la bonne réussite des destructions ordonnées.

 Fig.15. Ruines de la brasserie Durieux (coll. Durieux)
Fig.15. Ruines de la brasserie Durieux (coll. Durieux)
 Fig.16. Ruines probables de la brasserie 									   Lempereur.

      Fig.16. Ruines probables de la brasserie Lempereur.


 Les rues du village
La Fig.11, prise par les militaires anglais, donne une bonne idée de l'état général du village avant que les premiers habitants de retour en commencent la réhabilitation.
"Aspect lunaire, écrit Gustave Loy (p. 20). On voyait à perte de vue un terrain dénudé, bouleversé, couvert de ruines : plus d'arbres, ou des troncs calcinés. Les rues étaient devenues des sentiers, des pistes où l'on rencontrait quelques abris construits avec des matériaux récupérés dans les tranchées"9.
Nous présentons ci-dessous quelques photos des rues, sans qu'il soit toujours possible de reconnaître ce dont il s'agit et de localiser les ruines.

Fig.17
                                  Fig.17

 

Fig.18.
                                         Fig.18.
 

Sur la Fig.17, on peut penser qu'il s'agit de l'une extrémité du village, à la limite des champs. Sur la Fig.18 apparaissent les incendiaires au casque à pointe , sans doute satisfaits de leur œuvre !

Avec la Fig.19, la destruction du village est en cours, à l'arrière-plan des maisons sont encore intactes. La photo 20 (carte postée en 1920) est prise à hauteur du n°14 de la Grande Rue, et la mention manuscrite indique l'emplacement des ruines de la maison d'Albert Trocmé et Cécile Pérard, les parents de Raoul Trocmé.

Fig.19.
                                      Fig.19.

Fig. 20.
Fig. 20.                                    

Terminons notre tour du village, ou plutôt de ce qu'il en restait, par une note plus optimiste.

Avec cette dernière photo (Fig.21), nous voici dans la Grande Rue déjà élargie et à moitié déblayée et l'on voit, dans la boue, que des véhicules (lesquels?) y sont récemment passés. Nous sommes là au niveau de l'ancien tissage Leriche. À droite, il semble bien s'agir, posés sur le sol, des rails destinés à un Decauville, ce petit chemin de fer à voie étroite qui joua un rôle si important dans la remise en état et la reconstruction du village. On remarque aussi, à droite, une baraque "Adrian", l'une de ces premières habitations provisoires mises à disposition des habitants "réintégrés" en remplacement des inconfortables abris en tôle "Nissen".
La reconstruction du village est en marche...

Fig 21.
Fig 21.

Notes
1 Voir dans la revue "Cambrésis Terre d'Histoire", "Les Carnets de Guerre du Maire d'Épehy, Première Partie", n° 39, juin 2004, p. 22.
2 Sauf mention contraire, toutes les figures (souvent des photos allemandes) sont tirées de la collection Claude Saunier.
3 Voir dans "Abécédaire – Le village", l'article "R comme Rail, la bataille du rail à Épehy".
4 "Notice historique sur le bourg picard d'Épehy", p. 14, 1924.
5 Une autre explication pourrait être que ce "château" était déjà en ruines avant la Première Guerre mondiale, ce que montrerait simplement cette photo qui, dans ce cas, serait antérieure à la destruction du village ?
6 Voir l'article "E comme école avant 1917".
7 Voir à ce propos, dans la rubrique "Au fil des ans", le texte "Le retour en 1919 – 1".
8 Pour plus de détails, voir dans "Abécédaire – Les champs" : "M comme Malassise".
9 "Gustave Loy raconte Épehy", 23 p., vers 1980.


 

 

 

 



 


Date de création : 23/02/2012 @ 10h54
Dernière modification : 23/02/2012 @ 11h54
Catégorie : Le village
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