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Le 10/03/2013 à 04h08

Les champs - L comme lieux-dits

L comme Lieux-Dits : Les mots des champs

Les mots des champs, ce sont d'abord les lieux-dits, ces noms ou expressions qui servent aux hommes à se situer dans ce vaste espace qu'est leur terroir, qu'ils ont adoptés d'un commun accord au cours des siècles. Parfois difficilement compréhensibles aujourd'hui, ces micro-toponymes ne sont pourtant pas sans signification et nous transmettent une mémoire à déchiffrer. Mais certains nous viennent d'un temps si lointain que la tâche en est rendue fort difficile...
Ce sont aussi, nous le verrons en conclusion, des mots que les paysans utilisaient pour désigner non pas des lieux précis, mais des observations plus générales servant à décrire le paysage familier qui constituait leur lieu de travail, ou encore des mots servant à diriger leurs animaux.
Nul doute que dans la société rurale contemporaine, où l'activité professionnelle est, pour la majorité des habitants, totalement déconnectée de leur lieu de vie, ces mots des champs tendent à se perdent peu à peu puisqu'ils sont devenus sans utilité quotidienne sauf, peut-être encore, pour la poignée d'agriculteurs qui exploitent aujourd'hui le terroir communal. Dans ces conditions, il est évident que la recherche qui suit s'apparente beaucoup à une tentative de sauvetage...

Les lieux-dits

La carte ci-dessous du terroir d'Épehy présente un total de 61 lieux-dits (Fig. 1). Ces noms ont été obtenus à partir de trois sources : la carte IGN au 1:25 000e, la version internet du Cadastre, et la tradition orale, dans la mesure où elle nous est encore connue, mais il est existe sûrement encore d'autres appellations qui nous ont échappé.

Comme partout, ces lieux-dits sont de trois principaux types : ils peuvent signaler une forme de relief souvent suivie d'un nom de personne (cas le plus fréquent), une végétation particulière, ou encore la marque d'une intervention humaine dans le paysage (construction, culture, etc.).

Pour une plus grande commodité de lecture, la carte a été divisée de façon conventionnelle en six grands secteurs délimités par les principaux axes routiers :

Secteur A : entre route d'Heudicourt (Chaussée Brunehaut) et route de Villers-Guislain
Secteur B : entre route de Villers-Guislain et route d'Honnecourt
Secteur C : entre route d'Honnecourt et route du Ronssoy (Chaussée Brunehaut)
Secteur D : entre route du Ronssoy et route de Sainte-Émilie
Secteur E : entre route de Sainte-Émilie et route de Saulcourt
Secteur F : entre route de Saulcourt et route d'Heudicourt (Chaussée Brunehaut)
Sur la carte et dans la liste ci-après, chaque lieu-dit connu est désigné par la lettre du secteur concerné suivie d'un chiffre.

La liste indique la source utilisée : IGN, Cad (pour Cadastre Internet), Trad (pour tradition orale), puis le type de lieu-dit : R (pour Relief ou hydrographie), V (pour Végétation), H (pour intervention ou activité humaine), et enfin la tentative d'explication que nous proposons. Pour quelques-uns de ces lieux-dits, une explication a déjà été présentée à l'occasion de tel ou tel article : nous nous contenterons dans ce cas d'y renvoyer le lecteur.

Il est fort probable que notre liste des lieux-dits n'est pas exhaustive et les interprétations proposées pour ces dénominations peuvent être discutées. Merci aux lecteurs qui disposeraient de plus d'informations (lieux-dits oubliés ou mal localisés, ou bien autres interprétations possibles), de nous aider à compléter au mieux cette recherche.

 

Fig. 1. Les lieux-dits d'Épehy
Fig. 1. Les lieux-dits d'Épehy
(Fond de carte IGN 1:25 000e)

 

 

 

TABLEAU COMMENTÉ DES LIEUX-DITS
(Voir Fig.1)

Secteur A
A1 : Le Marquaix (Cad) : R ou H.
Ce mot, fréquent dans la toponymie régionale et que l'on retrouve d'ailleurs un peu plus au sud (Marquaix-Hamelet), peut avoir deux origines et donc deux significations plausibles qui, finalement, se rejoignent : il peut dériver soit de l'ancien germanique marko, le marécage, soit du francisque marka, la frontière, la "marche". Cet endroit, à une dizaine de mètres en contrebas des collines avoisinantes, a pu être effectivement une zone humide. Mais sa situation à la limite Épehy-Heudicourt plaide aussi en faveur de la seconde interprétation, celle d'une "frontière" ou plutôt d'une "zone-tampon" entre Pezières et le "prieuré considérable et fort ancien" qui, selon P. Decagny1, existait à Revelon au XIIe siècle. La limite actuelle des deux communes n'aurait donc fait que reprendre l'ancienne, laquelle a pu être matérialisée par l'existence d'une zone marécageuse.
A2 : Vallée du Bosquet (IGN) ou Vallée des Bosquets (Cad) : R et V.
Souvenir d'un bois ayant existé à la limite des terroirs d'Épehy et d'Heudicourt et, cas fréquent aux confins des terroirs, ayant été défriché plus tardivement que le reste.
A3 : La Bonette (IGN) : H.
Il s'agit d'une colline dont le sommet a fait l'objet d'une fortification sommaire appelée Bonnette. On retrouve ce toponyme d'origine militaire sur d'autres communes de la région : Bony, Bohain, Séraucourt-le-Grand, Mesnil en Arrouaise... toutes situées, comme Épehy, sur la zone frontalière entre France et Pays-Bas espagnols jusqu'à la fin du XVIIe siècle (voir l'article : C comme Chevaux). La bonette (ou bonnette) est un "type de bastion sommaire de deux faces en forme de "V" avec parapet et palissade devant..." (d'après Wiktionary).

Secteur B
B1 : Le Landier (Cad) : V ou H.
Deux origines possibles à ce mot. Il peut s'agir du nom commun de l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus) qui servait de combustible et de fourrage (Fig. 2), à rapprocher du mot "lande", mais le problème est que cet ajonc pousse naturellement en milieu marécageux.
Certes il n'existe plus aujourd'hui de trace de marécage en cet endroit, mais il est intéressant de constater que, dans l'Histoire de Villers-Guislain2, Jean-Luc Gibot signale l'existence du même toponyme sur cette commune et en fait le commentaire suivant : "déjà cité en 1770, c'est-à-dire la lande, zone composée de bruyères et de genêts issue de la dégradation d'une forêt" (p. 7). La présence, un peu plus en aval, sur le terroir de Villers-Guislain, du "Riot de la Caille" semble bien confirmer que ce mot désigne une forme de végétation aquatique.

lieuxdits2a.jpglieuxdits2b.jpg
Fig. 2. Le landier, ajonc d'Europe
(d'après le site Internet Prom'Haies).

Une autre interprétation serait possible : un landier est, encore aujourd'hui, un chenet de cuisine en fer permettant de garder au chaud un récipient. Curieusement, ce landier dérive de "andier", mot qui, au XIIIe siècle, désignait un jeune taureau (du gaulois andero), car ces chenets étaient ornés d'une tête de taureau. On pourrait donc faire aussi l'hypothèse que ce lieu, dans son appellation picarde (ch'landier) fut celui où l'on mettait en pâture les taureaux, ou plus généralement les bovins... mais cette interprétation est beaucoup moins vraisemblable que la précédente.
B2 : La Vallée aux Chiens (IGN) : H.
Cette appellation se rencontre assez souvent en France, plutôt sous la forme "Fosse aux Chiens" ou "Fosse à Chiens". Ainsi, à proximité d'Épehy, sur les terroirs de Vendhuile et de Doingt. Ces lieux-dits se situant en général aux limites du terroir, peut-on faire l'hypothèse qu'il s'agirait d'une coutume, ou d'une obligation, d'enterrer les chiens le plus loin possible des lieux habités (peut-être par crainte des épidémies, notamment de la rage ?). Nous n'avons pas trouvé d'informations permettant de confirmer cette supposition, mais la chose est d'autant plus curieuse que l'on trouve des "fosses" semblables pour d'autres animaux. Ainsi, au Ronssoy, la "Fosse aux Loups" dont on peut comprendre qu'il s'agissait d'un piège à loups, mais qu'en est-il de "La Fosse aux Chats" à St. Christ, et de "La Fosse à Cat" à Bouvincourt-en-Vermandois" ? Au Moyen-Âge, le chat était soupçonné de sorcellerie, d'où, peut-être, des massacres collectifs dans certaines circonstances ; mais le chien ? Un mystère à éclaircir...
B3 : La Longue Vallée (IGN) : R.
La signification de ce lieu-dit est claire. Il s'agit probablement du même lieu que celui désigné par Decagny sous l'appellation de La Longue Violle.
B4 : Le Grand Champ (Cad) : H.
Un champ probablement pas comme les autres... On aurait pu attendre qu'un nom de personne suive cette désignation.
B5 : La Demi-Lune (IGN) : H.
Ce lieu-dit, qui évoque une fortification, a été présenté dans l'article C comme Chevaux.
B6 : La Vallée Vincent (IGN) : R.
Probablement l'une des premières vallées défrichées et mises en valeur, en raison de sa proximité des lieux habités. Saura t-on un jour qui était Vincent ?
B7 : Dessus la Vallée Vincent (Cad) : R.
Décidément Vincent fut un personnage important !

lieuxdits3.jpg
Fig. 3. Travaux de moisson à Épehy. En bordure de la voie de chemin de fer, mais où exactement ?
(Photo coll. C.Saunier).

B8 : La Borne Brûlée (IGN) : H.
Une borne qui marquait là une limite, mais comment une borne, probablement en pierre, aurait-elle pu brûler ?
B10 : Vallée aux Chevaux (IGN) : R.
Situé par l'IGN à la fois sur les terroirs d'Épehy et d'Honnecourt, ce lieu-dit a été présenté dans l'article C comme Chevaux. À l'exception de Vendhuile, il semble qu'il n'y ait pas d'autres toponymes semblables dans la région.
B11 : La Chaudière (IGN) : H.
Ce nom rappelle la présence locale d'un four à chaux.
B12 : L'Écapée Lambert (orthographié de façon erronée par l'IGN "Les Capets Lambert") : H.
Passage pratiqué dans un talus pour permettre l'entrée dans un champ ou la sortie ("l'échappée"), en l'occurrence le champ d'un certain Lambert.
B13 : Les Tuiles (Trad) : H.
La découverte de tuiles en ce lieu, comme semble l'indiquer ce toponyme, peut signaler soit les traces d'une ancienne tuilerie (mais nous n'en avons aucun témoignage), soit les vestiges d'une construction romaine ou gallo-romaine qui fut couverte de tuiles. À quelque 1000 mètres au droit de la Chaussée Brunehaut, l'existence ici d'une villa gallo-romaine n'aurait rien d'invraisemblable.
B14 : Au Moulin Camus (Cad) ou Le Moulin Camus (Trad) : H.
Sur le terrain, ce lieu-dit se confond avec le précédent. Ce moulin ne semble plus avoir existé dès avant la première guerre mondiale. Y a t-il un point commun entre le propriétaire de ce moulin et "Mesdemoiselles Camus qui laissèrent toutes leurs propriétés, écrit Gabriel Trocmé3, pour la fondation de l'Hospice" d'Épehy ?

Secteur C
C1 : Les 4 Chemins de Saint-Quentin (Trad) : H.
Ce toponyme se situe exactement à la limite des terroirs d'Épehy et d'Honnecourt, là ou la route qui relie les deux villages croise le chemin de Saint-Quentin, juste après le cimetière militaire britannique. Depuis Villers-Guislain ce dernier chemin rejoint Le Ronssoy et, par Hargicourt et Villeret, peut effectivement mener à Saint-Quentin. Sur une partie de son tracé, il constitue la limite du terroir d'Épehy. P. Decagny évoque, dans son ouvrage, un lieu-dit "Croix Quentin" qui correspond sans doute à ce même endroit.
C2 : La Demi-Lieue (IGN) : H.
Mesure de longueur, dérivée du gaulois leuca. Mais de quelle lieue s'agit-il et à partir de quel endroit cette distance est-elle mesurée ? La lieue gauloise équivalait à 2 222 mètres. La longueur de la lieue dite de Paris a varié selon les époques, mais oscillait autour des 4 000 mètres. D'après la carte IGN, ce lieu-dit se trouve à environ 3 250 mètres d'Épehy, ce qui est nettement plus qu'une demie-lieue, gauloise ou de Paris ! Plus probablement et avec plus d'exactitude, le mot semble simplement désigner "Le Milieu", c'est-à-dire le milieu du parcours entre Épehy et Honnecourt.
C3 : Le Canal (Trad) : H. Localisation incertaine.
Cet lieu-dit concerne la zone la plus éloignée du terroir en direction d'Honnecourt. C'est aussi la plus proche du canal de Saint-Quentin, d'où probablement ce nom.
C4 : L'Étable à Vaches (IGN) : H.
En bordure du chemin d'Honnecourt, un lieu où les bovins étaient mis à pâturer et trouvaient aussi un abri, une étable.
C5 : Les Mencaudées (IGN) : H.
La mencaudée est une ancienne mesure agraire équivalant à 35-40 ares. Surtout employé dans le Nord, ce mot que, curieusement aucun chiffre ne vient préciser, semble seulement vouloir rappeler que cette partie du terroir a longtemps fait partie du domaine des seigneurs d'Honnecourt et qu'ici on mesurait les superficies en mencaudées ! À Épehy, les champs étaient plutôt mesurés en "journaux". Les deux termes désignent d'ailleurs à peu près la même superficie, celle qui pouvait être labourée avec une paire de bœufs en une journée, ou fauchée s'il s'agissait d'un pré.
C6 : La Vallée des Trois Arbres (IGN) : V.
Une longue vallée dont les trois arbres (aujourd'hui disparus) doivent être considérés comme les symboles d'une zone restée longtemps boisée, où la Chaudière toute proche devait trouver son combustible.
C7 : Le Bois Alphonse (Trad) : V.
Aujourd'hui disparu, ce bois était une relique de la zone boisée qui a longtemps couvert l'ensemble du secteur C. Il a sans doute été conservé plus tardivement parce que situé à flanc de colline, dans une zone trop pentue pour être labourée. Nous ne saurons sans doute jamais qui était Alphonse !
C8 : Les Beurrières (IGN) : R ou V.
Malgré la proximité de l'Étable à Vaches, il est fort douteux que les paysannes soient jamais venues fabriquer leur beurre à cet endroit ! Ce mot me semble plutôt désigner la nature du terrain, un sol de lœss marneux, mou comme du beurre, à rapprocher des Marlettes de Vendhuile, des Marnières de Cartigny ou encore de l'Argillière de Barleux. Une autre interprétation possible est qu'il s'agirait de "Bruyères" et non de "Beurrières" : c'est ce que suggère l'étude de Decagny et cela n'a rien d'invraisemblable, s'agissant d'une zone longtemps laissée à sa végétation naturelle.
C9 : La Sablière (IGN) : R.
Ici également, le mot désigne la nature du terrain, un endroit où le lœss présente un faciès à dominante sableuse qui a peut-être été exploité comme sablière.


Fig. 4. Épehy.  Le village vu depuis les champs (Photo C. Saunier).
Fig. 4. Épehy. Le village vu depuis les champs (Photo C. Saunier).
 

C10 : Le Bois Têtard (Trad) : V.
Ou "Les Bosquets Tétart" selon le cadastre. Relique d'un boisement plus vaste, comme le Bois Alphonse, celui-ci n'a pas (pas encore) complètement disparu même s'il s'est bien réduit au cours des ans. Sa chance est de se trouver sur une zone peut-être trop pentue pour l'agriculture. On ne sait si son nom rappelle celui d'une personne, peut-être son propriétaire, ou s'il est dû à sa position sur la "tête", c'est-à-dire vers le haut de la colline. On ne sait non plus s'il faut écrire le mot avec un D ou avec un T.
C11 : Au Moulin Corbeau (IGN) : H.
Un moulin qui devait donc se trouver en haut de la colline du Bois Têtard, à quelque 135 mètres d'altitude. Comme le Moulin Camus, il semble avoir disparu dès avant la Première Guerre mondiale. Avait-il quelque chose à voir avec la famille Corbeau d'Épehy ?
C12 : Le Sable Roux (IGN) : R.
Cette dénomination est celle retenue par l'IGN et rappelle, bien sûr, La Sablière voisine. Pourtant Gabriel Trocmé nous donne une autre version : la ferme de La Malassise fut construite à cet endroit qui faisait partie du terroir d'Honnecourt et s'appelait Sarroux (devenu Salleroux au XVIIIe siècle). Or Sarroux (sarrotum du latin exsarire, sarcler) signifie terre défrichée et non pas sable roux (ni d'ailleurs terre en friche comme l'écrit Trocmé). Mieux vaudrait donc dire Sarroux.
C13 : La Vallée Marie Vion (Cad) : R.
Ce toponyme a été présenté dans l'article V comme Vion concernant la Rue Marie Vion à Épehy.
C14 : Le Trou à l'Eau (IGN) : R.
Un endroit où le terroir d'Épehy rejoint ceux d'Honnecourt, Vend'huile et Lempire, et probablement fort humide puisqu'ici s'amorce une vallée qui, par le bois d'Ossu va rejoindre celle de l'Escaut.
C15 : Les Douze (IGN) : H.
Les Onze, selon le cadastre ! Les douze ou les onze quoi ? Il est assez fréquent dans la région de trouver ainsi des chiffres seuls, le mot sous-entendu (mais aussi parfois exprimé) étant "Journaux" ou "Mencaudées". Il s'agit donc d'une indication de surface d'une propriété ou d'un défrichement.
C16 : Les Trente (Cad) : H.
Même observation que pour C15.
C17 : Le Vieux Bosquet (IGN) : V.
Encore un petit bois relique d'un passé révolu ! C'est près de ce bosquet que fut implantée la première ferme de Malassise, la "vieille cense" (voir l'article M comme Malassise).
C18 : Vallée de l'Enfer (IGN) : R.
Vallée partagée entre Épehy et Lempire avec, en limite, le Bois d'Enfer. Ce type de dénomination qui n'est pas rare dans la région (Tertry, Rancourt), semble s'appliquer à des lieux situés aux confins du terroir. N'agirait-il pas d'une forme de dérision du genre : aller là-bas, c'est l'enfer ?
C19 : La Chaussée Brunehaut (Cad) : H.
C'est l'appellation qu'en réalité le cadastre applique plusieurs fois aux terres situées en bordure de la voie romaine, de ce côté du village et aussi en direction d'Heudicourt.
C20 : Vallée de la Maie (IGN) : R.
Voir C21.
C21 : Bosquet de la Maie (IGN) : V.
On a oublié aujourd'hui ce qu'était une "maie". Dans l'Histoire de Villers-Guislain, Gérard Leduc nous le rappelle : "Nom du bouquet qu'on mettait à la maison d'une jeune fille au premier mai, ou de celui qu'on mettait au dernier chariot des récoltes, ou à la cheminée en fin de chantier de construction", le mot se prononçant "maille"4. Donc, une façon de se réjouir, de faire la fête. Ajoutons que la maie pouvait être "le bouquet", mais aussi un simple branchage. Fallait-il aller à cet endroit précis du terroir pour se le procurer ? Il y a peut-être là le souvenir d'une anecdote que nous ignorons...
Ou bien, il est plus plausible que ce mot dérive du latin mansus, exploitation agricole à l'époque médiévale, que, selon les spécialistes, l'on retrouve aussi dans les appellations Les Mées, Le Mai, Mée, etc.5. De fait, on observe dans la région les toponymes La Maie (Soyécourt), La Metz (Roisel, Longavesnes), une autre Vallée de la Maie (Honnecourt) et, plus douteux, La Mouie (Caulaincourt), qui tous nous rappellent donc que le seigneur propriétaire du lieu pouvait accorder à ses fermiers une tenure, appelée manse (et devenue Maie), constituée de pièces de terre réparties entre les différentes soles, moyennant certaines redevances ou corvées.
 

Secteur D
D1 : Vallée du Ronssoy (IGN) : R.
Vallée suivie par l'ancien Chemin du Ronssoy qui, traversant le bois du même nom, arrivait à ce village. La carte d'État-Major signale l'existence d'un moulin à vent à la limite des deux communes, entre ce chemin et la Chaussée Brunehaut.
D2 : La Toupiole (Trad) : R.
Ce nom désigne une colline aux confins des terroirs d'Épehy, du Ronssoy et de Villers-Faucon (hameau de Sainte-Émilie). L'abbé Decagny le mentionne pour Villers-Faucon, mais non pour Épehy ni pour Le Ronssoy bien que cette dénomination y soit connue, comme en témoigne le roman régionaliste de Maurice Thiéry6. Il est peu probable qu'il s'agisse ici de cette plante des bois de la famille des Liliacées plus connue sous le nom de Sceau de Salomon (Polygonatum multiflorum), dont l'un des anciens noms est "toupiole", mais bien plutôt de la colline que se partagent les trois terroirs et dont la forme ronde peut effectivement évoquer une toupie. Le suffixe ole ou iole, venu du latin iola, précise qu'il ne s'agit que d'une petite toupie...
D3 : Vallée Maucuit (IGN) : R.
Vallée au pied de La Toupiole, partagée entre Épehy et Le Ronssoy. Maucuit est un nom de famille dont l'origine se situe plutôt dans l'Oise.
D4 : Au Chemin de Templeux (Cad) : H.
Au-delà du Ronssoy, ce chemin que nous avons déjà rencontré (D1) peut effectivement mener à Templeux-le-Guérard, mais aussi à Hargicourt. Decagny nous dit que Templeux était d'ailleurs une dépendance du Ronssoy.
D5 : La Vallée des Moulins (IGN) : R & H.
En toute logique les moulins à vent n'étaient sûrement pas placés dans une vallée... Il s'agit plutôt de la vallée à laquelle on accédait à partir des moulins ci-dessous.
D6 : Les Moulins (IGN) : H.
Ils se situaient juste à la sortie d'Épehy en direction de Leuilly, sur un point haut (141 mètres). Nul ne sait combien il y en avait ni qui était leur propriétaire (voir l'article M comme Moulins).
D7 : Le Champ d'Œillettes (Cad) : H.
L'œillette est un genre de pavot cultivé à partir du XVe dont on tire une l'huile comestible. Faut-il croire qu'ici fut le premier champ d'œillettes, ou bien le seul autorisé (car la culture en était réglementée) et qu'il resta suffisamment longtemps unique au village pour marquer ainsi la toponymie ?

lieuxdits5.jpg
Fig. 5. L'œillette. Pavot blanc cultivé dans le nord de la France,
dont les graines servaient à la fabrication d'une huile utilisée pour l'assaisonnement,
mais aussi dans les peintures et pour des usages médicaux (Photo Internet).

 

Fig. 6. Des Épéhiens au travai

Fig. 6. Des Épéhiens au travail ou en visite dans un champ d'œillettes (?)
à Montigny vers 1945-1950 (Coll. C. Saunier).

De gauche à droite :
n° 2 : Arsène Cocrelle, n° 3 : Hippolyte Boulanger, n° 4 : Louis Pertriaux, n° 6 : Leconte, n° 7 : Fernando Santi,
n°8  : Charles Lequet.
 

D8 : La Vallée de Loeuilly (IGN) : R.
Ou Leuilly. L'appellation, primitivement Lulli, nous rappelle l'ancien nom de Sainte-Émilie qui fut changé à la fin du XIXe siècle. Le mot dérive de Lullius, nom du propriétaire gallo-romain qui fut sans doute le fondateur du domaine.

Secteur E
E1 : La Vallée de Villers (IGN) : R.
Une vallée qui serpente entre La Montagne (de Villers-Faucon), le Rideau Mathieu et le Bois de Villers jusqu'à l'ancienne carrière à la limite de Sainte-Émilie, celle que, selon Decagny, les moines de Pezières ont été autorisés à utiliser bien qu'elle fut, comme Villers-Faucon et Leuilly, propriété de l'abbaye du Mont Saint-Quentin près de Péronne.
E2 : Le Bois de Villers (IGN) : V.
Ce bois, qui aujourd'hui n'a plus d'existence que sur le terroir de Villers-Faucon, était, comme on le constate fréquemment, un bois-limite, une sorte de "marche" entre les deux villages.
E3 : Le Rideau Mathieu (IGN) : R & H.
Le rideau picard est une forme de relief créée par l'homme, un "talus qui sépare deux champs étagés sur un versant et qui ralentit l'érosion", selon le dictionnaire Larousse. "Rideau" est en quelque sorte le mot "savant", car le mot habituellement employé ici est "rouillon". Curieusement, on ne trouve pas ce dernier mot, pourtant bien connu et utilisé à Épehy, dans les lexiques du dialecte picard (Voir l'article C comme Crime). En fait, cette orthographe correspond à la prononciation locale car, dans son étude sur le patois de Villers-Guislain, Gérard Leduc7 orthographie ce mot "ruyon" (et le traduit par talus). On retrouve ce dernier mot dans le Glossaire de J. Corblet (1851)8, sous la forme "royon", que l'auteur traduit pas "rideau, éminence", en lui donnant comme synonyme "rindet" qu'il traduit par "rideau de champ".

 

lieuxdits6.jpg
Fig. 7. Royons (ou rouillons) en Pays de Caux (Photo M. Royon).

Un site internet9 donne une explication exhaustive du mot, d'ailleurs reprise par l'Encyclopédie Wikipédia :
"Les rideaux ou royons sont très communs dans les contrées vallonnées datant du crétacé supérieur de la Picardie, du pays de Bray, pays de Caux, en Berry, en Auvergne... Ce sont des éléments caractéristiques du paysage picard se présentant sous forme de bordures de champs le plus souvent longs et étroits, faites d'un talus de terre, fortement inclinées, plus ou moins rectilignes, à flanc de coteau, perpendiculaires à la pente, destinées à retenir la terre et contrôler la verticalité du relief en fractionnant la pente et en diminuant son pourcentage avec un surcreusement au pied du rideau et accumulation des terres au dessus du rideau inférieur. Du fait de leur nature, ces rideaux serventsouvent de limite cadastrale, et leur superficie correspond le plus souvent à un nombre entier de journaux (le journal vaut 42 ares 21), d'où leur autre nom proposé de talus-limite... Les royons ou rayons peuvent être rapprochés des restanques (ou murs de soutènement de terrasses) du sud de la France, mais avec des bordures où les pierres seraient remplacées par des buissons, et les terrasses seraient plus pentues".
On peut d'ailleurs rapprocher "royon" du mot "roèe", sillon en picard, s'agissant d'une sorte de raie, trace ou coupure dans le paysage. La plupart de ces "rouillons" ont aujourd'hui disparu, victimes du remembrement des terres, sans égards pour le rôle anti-érosif qui fut leur raison d'être. Une dangereuse inconscience ?
E4 : La Montagne (IGN) : R.
Ou plutôt "La Montagne de Villers(-Faucon)" selon le cadastre. Bien sûr, l'appellation est un peu exagérée, cette montagne ne dépassant pas les 140 mètres au point le plus haut !
E5 : La Montagne Gaillard (IGN) : R.
Elle prolonge la précédente vers l'ouest. Qui était ce Gaillard : le premier défricheur ? Le grand propriétaire du lieu ?
E6 : La Cornée (IGN) : ?
La signification du mot est incertaine. Sûrement rien à voir avec la cornée de l'œil ! On ne trouve pas de toponymes comparables dans la région, à part "Le Muid Cornu" à Vermand, mais il doit s'agir d'un nom de personne. On pense, bien sûr, à "corne" et à l'expression "la corne du bois" où corne signifie coin, angle : peut-être... On peut supposer que le mot primitif, en ancien français ou en picard, a été modifié de façon "savante" par le rédacteur du cadastre (de la même façon que "Les Capets Lambert") pour lui donner un sens qui serait plus compréhensible... hélas !
E7 : Le Chemin de Péronne (IGN) : H.
Ce lieu-dit se trouve bizarrement entre deux anciens chemins, l'un se dirigeant vers Guyencourt-Saulcourt, l'autre vers Villers-Faucon. Pour se rendre à Péronne, mieux valait emprunter celui de Saulcourt...
 

Secteur F
F1 : Les Chaufours (IGN) : H.
Ou "Les Chauffours" selon le cadastre. Ce mot, très fréquent dans la région, désigne évidemment un endroit où se trouvaient des fours à chaux. Pour la fourniture en combustible, ils étaient installés près d'un bois. À Épehy, ce bois a disparu, mais tout près, à Saulcourt, le "Bois des Chaufours" existe encore, à la limite des deux communes.
F2 : Au delà du Bois (IGN) : V.
Il y avait donc bien un bois à traverser pour se trouver "au-delà" du bois !
F3 : La Haie Tassart (IGN) : V.
Elle fut le lieu d'un crime (voir l'article C comme Crime qui lui est consacré). Tassart est un nom de personne, surtout présent dans le Pas-de-Calais.
F4 : Les Houiches (IGN) : H.
Ou les Ouiches selon le cadastre. Comme déjà signalé dans l'article C comme Chemins, le mot "Houiches" que l'on trouve aussi sous les formes Ouiches, Wiches, Houches et Ouches, dérive du latin tardif olca qui désigne une portion de terre labourable. On repère le même mot, parfois sous des formes différentes, sur les terroirs de Guyencourt-Saulcourt, Hesbécourt, Bellicourt, etc. Des terres labourées donc, au milieu d'autres qui étaient en friches.
F5 : Le Bois Paquenne (IGN) : V.
Ou plutôt, comme l'indiquent le cadastre et la tradition, Le Bois (ou Le Bouquet) Jacquenne. Encore un témoignage de la persistance relativement tardive de la forêt dans cette zone. Jacquenne est un nom de personne, fort peu commun en France.
F6 : La Vallée Brûlée (IGN) : R & V.
Une vallée de part et d'autre de la limite avec Heudicourt. Faut-il comprendre qu'elle fut "brûlée" accidentellement, ou plutôt qu'elle fut défrichée par le feu, "essartée" ?
F7 : L'Écapée Martineau (Trad.) : H. Localisation incertaine.
Un endroit où le talus a été ouvert pour donner accès aux champs, en particulier à celui de Martineau...
F8 : Les 40 Saules (Trad.) : V. Localisation incertaine.
Dans mon souvenir, ce lieu-dit se situait en bordure de la Chaussée Brunehaut. L'existence de ces arbres aujourd'hui disparus semblerait confirmer ce que suggérait déjà "Le Marquaix", la présence ici d'une zone plus humide qu'ailleurs ?
F9 : Les Croquets (Cad.) : R.
Il faut rapprocher ce toponyme de la Vallée du Grand Croquet (à proximité, mais sur la commune d'Heudicourt) et de l'ancien passage à niveau du Croquet naguère fréquenté par le chemin de fer Vélu-Bertincourt. Manifestement le mot n'a rien à voir avec le jeu anglais qui se joue avec un marteau, des boules et des petits arceaux plantés sur le terrain, un tel jeu n'a jamais fait partie des distractions habituelles des paysans du lieu ! Écartons aussi l'idée qu'il puisse désigner un "gâteau mince et sec" appelé croquant, ou même qu'il puisse dériver de "crochet", instrument de fer muni d'un long manche, dont on voit mal ce qu'il ferait là.
L'explication est ailleurs. Il s'agit, une fois de plus, d'une déformation "savante" du mot "Crinquet", ancien français que l'on retrouve sur les terroirs de Vermand ("Le Crinquet"), du Verguier ("Le Haut Crinquet") et encore au Ronssoy ("Au Crinquet Vincent"). Employé également en Belgique et dans le Cambrésis, ce terme désigne, de façon générale, une butte et, plus sûrement chez nous, un talus, un rideau ou encore ce que nous appelons un "rouillon". Le lieu-dit était donc remarquable par la présence de ces rideaux sur cet endroit assez élevé (125-130 mètres ) et en pente vers le nord, vers la vallée du Grand Croquet.
À noter qu'en langage de cyclistes, le terme "crinquet" est encore utilisé pour désigner une pente raide et brève... réputée "couper les mollets" !

Pour terminer cette présentation des lieux-dits du terroir, observons que, dans son étude sur le canton de Roisel, l'abbé Decagny conclut les chapitres consacrés à l'histoire de chacun des villages par l'énumération d'un certain nombre de lieux-dits qu'il a probablement relevés sur les cadastres de l'époque (1867) et peut-être aussi sur des documents plus anciens. Pour Épehy, on y retrouve en partie des dénominations citées précédemment et aussi quelques autres non identifiées.
En voici la liste complète : "La Demi-Lune, La Cornée, La Vallée Brûlée, La Vallée du Bosquet, La Voie Cagnion, Les Capets Lambert, Chemin des Charbonniers, Ruyo de Mastreq (en 1742), Marché des Tombois, Vallée des Chiens, Longue Violle (probablement la Longue Vallée), Les Bruyères (Les Beurrières ?), La Croix Quentin (les 4 Chemins de Saint-Quentin ?), Les Carrières, Terres ci-devant plantées en Bois, Vallée du Moulin Brûlé (Vallée Brûlée ?), Chaussée d'Épehy au Ronssoy, Ferme de Malasize, etc.".
Y aura t-il des lecteurs qui pourront situer La Voie Cagnion, Le Ruyo de Mastreq, Le Marché des Tombois, Les Carrières ?
Si l'on se réfère à une liste de lieux-dits apparemment dressée entre 1880 et 1914, sans doute par un curé d'Épehy, la Voie Cagnion serait "le chemin qui descend à la chapelle Lepreux ou le sentier qui va du Riez au chemin de fer". Nous ignorons tout de ce dernier sentier et de cette chapelle Lepreux (était-ce celle de la rue du Ronssoy, auquel cas la Voie Cagnion se confondrait avec la rue Marie Vion ?) mais, quoi qu'il en soit, ce serait là une ruelle du village plutôt qu'un lieu-dit des champs.
Observons, pour clore cette analyse, que ces lieux-dits sont nettement plus nombreux dans les secteurs B et C de la carte, c'est-à-dire dans la partie du terroir orientée vers Honnecourt, que dans la zone sud du village. Pourquoi ? Cette "humanisation" plus marquée au nord-est peut signifier une mise en valeur agricole plus "intensive" qu'ailleurs, ce qui pourrait être lié au fait que la zone relevait du domaine des seigneurs d'Honnecourt... soucieux de leurs revenus ? Par contre, les nombreuses références à la végétation arborée, principalement entre la route d'Honnecourt et celle du Ronssoy, et dont le souvenir s'est donc gardé jusqu'à présent, sont peut-être l'indice que cette mise en valeur y fut plus tardive qu'ailleurs.

Les autres mots du terroir

Les lieux-dits sont en quelque sorte les noms propres du terroir, des mots ou expressions uniques au village et qui permettent à chacun de se situer.
Mais pour décrire et qualifier leur domaine, les paysans utilisaient couramment un vocabulaire spécifique, des noms communs picards ou français. En conclusion de ce texte, en voici quelques-uns, souvent déjà rencontrés, mais dont il faudrait dresser une liste complète. Merci donc aux lecteurs qui pourraient nous aider à le faire.

- Écapée ou ékapée : ouverture pratiquée dans un talus pour permettre l'accès aux champs. Suivi d'un nom de personne, il désigne un lieu précis.

-Rouillon : curieusement, on ne trouve pas dans les lexiques picards le mot "rouillon", pourtant bien connu et utilisé à Épehy. Cette orthographe correspond en fait à la prononciation locale. Nous avons rencontré ce mot à propos du "Rideau Mathieu" et signalé que Gérard Leduc1 l'écrit "Ruyon" (et le traduit par talus), ce qui laisse supposer que le U était prononcé "U" à Villers-Guislain et non pas "OU" comme à Épehy. L'abbé Decagny écrit "ruyo", mais l'orthographe habituellement retenue est plutôt "royon" que l'on repère déjà dans des textes des XIIe et XIIIe siècles.
Le "rouillon", ou "rouyon" comme il faudrait peut-être l'écrire pour Épehy, est donc bien le rideau reconnu par les géographes comme caractéristique du paysage picard, ce rideau étant, selon le dictionnaire Larousse, un "talus qui sépare deux champs étagés sur un versant et qui ralentit l'érosion". Nous avons vu qu'il pouvait aussi s'appeler "crinquet". Suivi d'un nom de personne, il désigne un lieu précis.

- Collet : un petit col, passage moins élevé entre deux collines.

- Tête : sommet de la colline.

- Journal : unité de surface habituellement utilisée à Épehy et en Picardie, équivalant à environ 40 ares, superficie que l'on pouvait labourer avec une paire de bœufs en une journée.

Et pour terminer, rappelons-nous quelques autres mots qui ont résonné durant des siècles dans nos campagnes et que l'usage du tracteur a définitivement chassés, ceux qui servaient à diriger les chevaux. Qui s'en souvient ?
Pour arrêter l'attelage, le commandement était "Ho... Ho... !", et pour avancer :"Hue !", bien sûr.
Pour "pousser ou tirer à dia", c'est-à-dire tourner à gauche, le commandement était : "Doo... Doo...!", et pour tourner à droite ("pousser ou tirer à ut") : "Ieu... Ieu...!". Ce sont là des mots qui nous viennent de la nuit des temps. Enfin pour reculer (car il y avait une marche arrière), c'était simplement "Arrière... Arrière...!", une opération que les chevaux n'aimaient pas beaucoup réaliser ! Chacune de ces manœuvres pouvait être menée soit à la voix, soit au cordeau, soit en combinant les deux moyens, ce qui était plus persuasif.

Tous ces mots, lieux-dits ou noms communs, héritage de notre histoire, viennent pour certains de fort loin, d'autres sont plus récents, certains appartiennent à notre vieille langue picarde et ont parfois fait l'objet d'une tentative de francisation, d'autres sont en français moderne. Toute une histoire cachée du village et même souvent oubliée s'y découvre : l'époque gallo-romaine avec la Chaussée Brunehaut, peut-être aussi l'habitat gallo-romain "(Les Tuiles"), les défrichements, les premiers champs ouverts dans les clairières ("Les Houiches") et leur mesure ("Les 12", "Les 30"), les aménagements agraires ("Rideaux" ou "Croquets"), les épisodes violents ("La Demi-Lune", etc.), et le souvenir d'une économie rurale aujourd'hui bien oubliée, avec ses moulins et ses fours à chaux.
 

Notes :
1 Decagny Paul (Abbé) : Roisel et ses environs. Histoire de l'arrondissement de Péronne. 1867 – 1990. 121 p.
2 In Arnaud Gabet : Villers-Guislain. Éd. Cambrésis, Terre d'Histoire, 2006, 208 p.
3 Gabriel Trocmé : Notice historique sur le bourg picard d'Épehy. 1924, 24 p.
4 Gérard Leduc : Le patois de Villers-Guislain, in A. Gabet, o.c.
5 Stéphane Gendron : L'origine des noms de lieux en France. Essai de toponymie. 2003.
6 Thiéry Maurice : La vieille ferme, roman picard. Ed. La Découvrance. 2006. 254 p.
7 In Arnaud Gabet : o.c. (pp. 177-183).
8 Abbé Jules Corblet : Glossaire étymologique et comparatif du patois picard ancien et moderne. 1851. Extraits du tome XI des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie.
9 Dr. Michel Royon au nom prédestiné (!), mais sans doute s'était-il interrogé sur son origine... Site du 30 mai 2003 : www.pierreseche.com : Royons ou rideaux de culture en Pays de Caux (Haute Normandie).
10 In Arnaud Gabet : ibid.


Date de création : 22/09/2009 @ 17h44
Dernière modification : 17/01/2010 @ 18h23
Catégorie : Les champs
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par Abdon le 27/09/2009 @ 12h05

Quelle mine de connaissances pour tous ceux qui s'intéressent à leur village !

Merci pour tout ce travail et félicitations.

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