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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - B comme Brasserie

B comme Brasserie : La Brasserie Durieux
 

Les débuts
La brasserie-malterie sise rue du Corbeau à Épehy, a été achetée par Ernest Durieux vers 1879-1880. Elle existait donc déjà avant cette date, sans que l'on sache qui en fut le créateur.
La famille Durieux serait originaire d'Havrincourt (62), au sud-ouest de Cambrai, ce nom étant surtout présent dans le département du Nord et en Belgique.

Ernest Durieux (1856-1932) avait donc environ 24 ans quand il reprit cette brasserie et il possédait sûrement déjà une formation de brasseur. Les années 1880-1914 furent une période faste pour l'industrie brassicole rurale : la consommation française de cette boisson atteignait alors son maximum, et nos anciens vantaient des mérites de la bière d'avant 1914.
Les affaires marchent donc bien pour M. Durieux à ce tournant du XXe siècle. Le bâtiment Brasserie avait une architecture fort convenable (Fig.1), une imposante maison d'habitation (Fig.2) fut construite (ou reconstruite) en 1904-1905. Ce fut d'ailleurs une époque où l'on construisit beaucoup à Épehy.

 

Fig.1. Le bâtiment Brasserie1
Fig.1. Le bâtiment Brasserie1

Fig.2. La maison d'habitation, côté jardin.
Fig.2. La maison d'habitation, côté jardin.


Parallèlement à la brasserie fonctionnait une ferme, les deux activités étant sans doute fort imbriquées : cultures servant à la brasserie, chevaux pour le transport de la production (Fig.3 et 4).

Fig.3. Avant 1914, les moutons de la ferme.
Fig.3. Avant 1914, les moutons de la ferme.
Fig.4. Un haquet pour le transport des tonneaux 									      (photo Internet).
Fig.4. Un haquet pour le transport des tonneaux
(photo Internet).
 


Ce fut aussi une époque où l'on a cherché à améliorer les bières et à en diversifier la gamme proposée aux clients. Pour ce faire, Ernest Durieux devait multiplier les contacts et voyageait donc beaucoup, particulièrement dans le Nord et en Belgique.

La famille
On peut supposer que ce fut au cours de l'un de ses voyages que le brasseur eut l'occasion de trouver et d'acheter la collection entière des œuvres de Victor Hugo, reliée et dédicacée ! S'agissait-il de toutes les œuvres (9 romans, 13 pièces de théâtre, 21 poésies, etc., etc.), ou seulement d'une partie ? Cette information fut révélée vers 1938-39 par Berthe Durieux, née Dorgeville, épouse d'Ernest, à sa petite-fille Marie-Jeanne née Millou ; elle regrettait fort que tout cela se soit perdu dans l'incendie du village en février 1917.
 

Fig.5. Ernest Durieux, années 1930.
Fig.5. Ernest Durieux, années 1930.

Fig.6. Alexis Durieux, années 1930.
Fig.6. Alexis Durieux, années 1930.


Ernest épousa Berthe Dorgeville, née à Tourcoing en 18582 et qui vécut jusqu'en 1939. De ce mariage naquirent deux enfants : Alexis en 1890 et Suzanne en 1893. Bien que non-originaire du village, Ernest avait su gagner suffisamment la confiance des habitants pour être maire de 1928 à 1932 (année de son décès), prenant ainsi la succession de Gabriel Trocmé.
Appartenant à la "classe 1910", Alexis fit probablement son service militaire vers 1910-1911 et, peu après, fut mobilisé pour la Grande Guerre (voir sa Carte du Combattant, Fig.7). Après la guerre, il épousa Paule Salembier. Ils eurent deux garçons : Philippe né en 1929 et Marc en 1933.

Fig.7. Carte du Combattant d'Alexis Durieux.
Fig.7. Carte du Combattant d'Alexis Durieux.


 

Fig.8 Marc, Alexis et Philippe Durieux, vers 1934.
Fig.8 Marc, Alexis et Philippe Durieux, vers 1934.

 

Fig.9. Berthe Durieux-Dorgeville, Marie-								Jeanne Millou, Marc, Philippe, X Millou, 								en 1937.
Fig.9. Berthe Durieux-Dorgeville, Marie- Jeanne Millou, Marc, Philippe, X Millou, en 1937.
 


Dans ses "Carnets de Guerre"3, Gabriel Trocmé raconte qu'au cours de l'été 1915, la jeune Suzanne renâclait fort devant la réquisition allemande qui obligeait les femmes à travailler aux champs, cela avec toute une population hétéroclite et sous la surveillance de soldats. On la comprend aisément...
Elle épousa un officier d'artillerie, M. Millou, dont la fille Marie-Jeanne a recueilli fidèlement tout ce qu'elle a pu sur l'histoire de la brasserie du grand-père4.

Fig.10. En 1939. Alexis Durieux, Marc, Philippe et Paule née Salembier,  rue du Corbeau, devant l'entrée de la brasserie, à gauche.
Fig.10. En 1939. Alexis Durieux, Marc, Philippe et Paule née Salembier,
rue du Corbeau, devant l'entrée de la brasserie, à gauche.


Ernest Durieux meurt donc en 1932. Son enterrement, on s'en doute, rassembla une nombreuse assistance (Fig.11). Au cimetière, le monument funéraire de la famille (Fig.12) rappelle qu'il fut maire de la commune.

 

Fig.11. Enterrement d'Ernest Durieux, 1932.
Fig.11. Enterrement d'Ernest Durieux, 1932.

Fig.12. Le monument funéraire 									famille Durieux-Millou à Épehy  									        (Photo C. Saunier, 2011).
Fig.12. Le monument funéraire famille Durieux-Millou
à Épehy.

 


En 1940, Alexis, sans doute trop âgé pour cela, ne fut pas mobilisé, contrairement à ce que nous avions d'abord pensé.
 

Fig.13. Avril 1940. Alexis mobilisé.
Fig.13. Fig.13. Dans une caserne, avril 1940. L'armée française était-elle réellement prête ?

 

Destruction, reconstruction et déclin de la brasserie
L'occupation allemande valut aux brasseries du village de subir, comme à tout un chacun, vols, exactions et pillages de toutes sortes. Les "Carnets" de G. Trocmé en donnent quelques exemples, notamment en 1915 :
"19 mai 1915 :.. on a raflé la bière, l'orge, le malt, le houblon et tout le matériel des brasseries...", en échange de quoi la commune reçoit 4 tonnes de pommes de terre d'une valeur de 640 F !
"21 mai 1915 : J'ai obtenu ce matin de l'adjudant le droit de prendre 2 fûts de bière sur le restant de Mme Lempereur. Ce sont les derniers ; Dieu sait quand on en aura à nouveau ; les brasseries se démontent tuyau à tuyau".

En février-mars 1917, la brasserie Durieux n'échappa pas non plus à la destruction générale du village. Sur la photo 14, un inconnu contemple le désastre.

Fig.14. La brasserie en ruines.
Fig.14. La brasserie en ruines.


Les photos montrent que la reconstruction fut cependant menée bon train. Ainsi, dès 1920 le nouveau bâtiment de la brasserie était déjà achevé (Fig.15), et la maison d'habitation l'a sûrement suivie de peu, sinon précédée (Fig.16).

Fig.15. Brasserie-malterie reconstruite, 1920. Côté cour. Alexis Durieux.
Fig.15. Brasserie-malterie reconstruite, 1920. Côté cour. Alexis Durieux.


Fig.16. La maison reconstruite. À gauche, Paule et Alexis Durieux, à droite des cousins.
Fig.16. La maison reconstruite. À gauche, Paule et Alexis Durieux, à droite des cousins.


En cet entre-deux-guerres, Alexis, à l'imitation de son père, gardait des contacts suivis avec la corporation des brasseurs comme on le voit sur la photo ci-dessous (Fig.17).

Fig.17. Réunion de brasseurs : Alexis Durieux est le premier à gauche.
Fig.17. Réunion de brasseurs : Alexis Durieux est le premier à gauche.


 

Fig. 18. Personnel de la brasserie devant
Fig. 18. Personnel de la brasserie devant le reposoir Durieux

Fig.19. Le personnel de la brasserie, un jour
Fig.19. Le personnel de la brasserie, un jour de dégustation !
 

Les photos du personnel montrent qu'au moins six employés travaillaient alors à la brasserie Durieux.
 

Pour illustrer cette période, l'un de nos lecteurs, M. Michel Théry a eu la bonne idée de nous envoyer la photo de deux factures tirées des archives familiales (l'une datée du 18 mai 1921, l'autre sans date), son épouse étant une descendante de leur destinataire, Cyril Objois et Gustave Objois. Nous l'en remercions vivement.

Fig. 20. Deux factures de la Brasserie Durieux (archives M.Théry-Objois).

Fig. 20. Deux factures de la Brasserie Durieux (archives M.Théry-Objois).

 

On notera que la bière est livrée au client en fûts de 50 litres, au prix de 0,55 Fr. le litre, et non en caisses de 10 bouteilles comme ce sera le cas plus tard.

Pourtant les années 1930 marquent déjà le début du déclin des petites brasseries rurales au profit des grandes brasseries urbaines, capables de produire de grandes quantités et une plus grande variété de bières.
Nul doute que la brasserie Durieux ait été fort affectée par cette concurrence (de même que la brasserie Lempereur), car c'est alors que les propriétaires procèdent à la vente de la ferme attenante et de la maison, et aménagent une partie de la brasserie en habitation. En effet, des travaux considérables y ont été faits en 1938-1939 par Raymond Saunier, électricien.

L'acheteur de la ferme et de la maison fut, vers 1938-39, M. Labarthe qui les revendit ensuite, vers 1950-1951, à M. Montignies.
La brasserie sera vendue beaucoup plus tard (à la disparition des Durieux, sans doute ?), à un fabricant de charcuterie ("la saucissonnerie"), puis à un autre, avant d’être rachetée par son propriétaire actuel, M. Greuin, qui dirige une entreprise de couverture.

 

Notes

1 Nous devons presque toutes les photos de cet article et les souvenirs évoqués, à Mme Marie-Jeanne Galerneau née Millou, et à M. Régis Durieux, fils de Philippe. Nous leur adressons nos plus vifs remerciements.
2  La liste des évacués de Berlaimont donne la date de 1860 pour la naissance de Berthe et de 1893 pour Suzanne.
"Carnets" publiés par les soins de Claude Saunier dans la revue "Cambrésis, Terre d'Histoire". Sur les brasseries, voir en particulier le n°43, p.25, septembre 2005.
4 Les distinctions militaires décernées à son père, officier supérieur, valurent à Marie-Jeanne de pouvoir faire ses études secondaires à la Maison d'Éducation de la Légion d'Honneur de Saint-Denis.
 


Date de création : 09/03/2012 @ 11h11
Dernière modification : 20/02/2014 @ 10h47
Catégorie : Le village
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par alex le 05/07/2012 @ 11h45

bonjour, je suis collectionneur d'objets de brasseries, j'habite a epehy depuis peu, je possede un pichet d'une brasserie d'épehy  lorsque celle ci etait un dépot pour les bieres de clerck de Peronne,  si vous voulez une photo, n'hesitez pas a me contacter

cordialement

alex

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