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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - E comme Église ancienne

E comme Église ancienne : L'ancienne Église d'Épehy

Il faut bien reconnaître que l'on reste sur sa faim à lire ce que rapportent les écrits sur Épehy concernant l'ancienne église du village.

Voici ce que nous en dit l'abbé Paul Decagny, dans son "Histoire de l'arrondissement de Péronne - Roisel et ses environs" (1867, réédition 1990) :
"... Épehy ne fut, jusqu'au Concordat de 1801, qu'une simple succursale, ou chapelle vicariale, dépendant de l'église St-Quentin de Villers-Faucon... L'ancienne chapelle vicariale de Saint-Nicolas se trouvait au lieu dit Hourrier (probable déformation de Le Riez) : dans le cours des derniers siècles on lui a substitué, sous le même vocable, une église plus spacieuse et assez régulière, mais sans aucun intérêt architectonique. Les riches boiseries qui en décorent les autels collatéraux proviennent de Ste-Agnès de Cambrai..."(pp. 30-31).

Et, de son côté, Gabriel Trocmé, reprenant apparemment le texte de Decagny, écrit dans sa "Notice Historique" (1924) : "Au point de vue religieux, les quatre centres de Pezières, Épehy, Le Riez et Malassise, avaient une modeste chapelle vicariale, érigée à l'extrémité nord du hameau du Riez, et qui n'était qu'une simple succursale de l'église de Villers-Faucon. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que cette chapelle fut remplacée par une église très spacieuse, assez régulière, mais sans caractère architectural, qui fut construite à côté de la vieille chapelle" (p. 11).

Malgré tout, le premier auteur nous apprend l'origine des boiseries de l'église, et le second nous donne une date pour sa construction : le XVIIe siècle, les deux s'accordant pour reconnaître que l'église était spacieuse, mais sans caractère. On ne pouvait pourtant pas s'attendre à trouver une cathédrale à Épehy !

Voyons donc si les photos en notre possession permettent d'en savoir un peu plus et, pour cela, tentons d'abord, en suivant celles-ci, de faire le tour de notre ancienne église.

À la découverte du passé : l'aspect extérieur
Ces photos nous montrent, plantée parmi les maisons du quartier du Riez, une église trapue au clocher relativement peu élevé, comme il s'en trouve encore beaucoup dans les villages du nord et de l'est de la France qui n'ont pas été détruits par les guerres.

Fig. 1. Avant 1917, le quartier de l'église au Riez, d'après un croquis de Claude Saunier.

Fig. 1. Avant 1917, le quartier de l'église au Riez, d'après un croquis de Claude Saunier.

On sait qu'elle était située à peu près au même emplacement que l'église actuelle, mais aussi qu'elle s'ouvrait vers l'ouest sur la Rue Comin, près du croisement avec la Rue du Corbeau, et non vers le nord-est sur la Grande Rue comme c'est le cas de l'église actuelle (Fig.1). Son orientation était donc ouest-est et non pas nord-est-sud-ouest.

Les Fig. 2 et 3 donnent une bonne idée de la façade. Constatons que les fidèles entraient directement dans l'église par une porte à deux battants relativement étroite sous le clocher, après avoir gravi deux marches que la photo révèle assez rudimentaires. Une maison d'habitation se trouvant non loin devant cette entrée donne à penser que la sortie devait manquer de dégagement et débouchait sur la rue et non sur une véritable Place de l'Église. Il est signalé sur la Fig.2 que le clocher, soutenu par quatre solides contreforts, fut érigé en 1618, année qui marqua donc la fin de la construction du bâtiment1.

Observons aussi le mode de construction des murs, caractérisé par l'alternance de rangées de briques et de rangées de pierres de craie, une technique que l'on retrouve pour d'autres vieux murs du village. Quelques meurtrières en façade rappellent que, même si celles-ci n'étaient sûrement plus opérationnelles, les églises furent longtemps pour les villageois des bâtiments-refuges en cas de danger, car elles étaient l'une des rares constructions "en dur" et cachaient l'accès aux souterrains. Mais, pour l'heure, ces photos ne nous montrent qu'une rue bien calme, où quelques enfants et adultes observent le photographe. Le village comptait pourtant, au début du XX° siècle, 1800 âmes, 300 chevaux, 500 vaches...

Fig. 2 & 3. L'église vue depuis la Rue Comin (Cartes postales, coll. C. Saunier).Fig. 2 & 3. L'église vue depuis la Rue Comin (Cartes postales, coll. C. Saunier).
Fig. 2 & 3. L'église vue depuis la Rue Comin (Cartes postales, coll. C. Saunier).

Contournons la façade par la droite. Les deux photos suivantes (Fig.4 et 5), très semblables car prises pratiquement depuis le même endroit, montrent surtout le jardin et la maison Henri Lempereur, l'archéologue amateur célèbre pour le château féodal miniature qu'il avait édifié à proximité et, au-delà, l'église et le contrefort sud-ouest de son clocher. Pour la première carte, le cachet de la Poste donne la date du 13 novembre 1904.

Fig. 4 & 5. L'église et, au premier plan, le jardin etFig. 4 & 5. L'église et, au premier plan, le jardin et

Fig. 4 & 5. L'église et, au premier plan, le jardin et le jardin et maison Lempereur
(Cartes postales, collection C. Saunier).

Depuis la Rue du Corbeau, la photo Fig.6, datée de 1905, nous faut découvrir, au premier plan, le mur de briques de l'ancien cimetière, parallèle à la rue, et son if planté tout contre, près de la porte, non visible ici, y donnant accès. Ce cimetière était alors déjà désaffecté et les tombes avaient été transférées à la limite du village2. Devenu d'une taille imposante, cet if a survécu à la guerre comme en témoigne la photo de 1981 (Fig.7), et cette remarquable permanence permet aujourd'hui de déterminer avec une bonne exactitude le positionnement de l'ancienne église par rapport à l'actuelle.

 

Fig.6 
Fig. 6. Vue depuis la Rue du Corbeau
                  (Carte postale, coll. C. Saunier).                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fig. 7. L'if aujourd'hui (Photo C. Saunier, 1981).

Fig. 7. L'if aujourd'hui (Photo C. Saunier, 1981).
 

 


Fig. 8. L'église et ses annexes, vus depuis la Grande Rue (Carte postale, coll. C. Saunier).

Fig. 8. L'église et ses annexes, vus depuis la Grande Rue (Carte postale, coll. C. Saunier).

Continuons à contourner l'église, et nous voici devant son côté Est, photographié depuis la Grande Rue (Fig.8).

Il n'y a pas, à notre connaissance, d'autre photo qui soit prise de ce côté et qui laisse apparaître ainsi l'ensemble de l'église, et celle-ci est d'autant plus précieuse qu'elle révèle une curiosité inattendue : l'existence, dans la suite du bâtiment principal, de deux autres constructions. L'église était donc constituée de trois éléments en enfilade, de hauteur inégale et d'apparence assez disparate. Cette hétérogénéité pourrait même donner à penser que ces trois constructions auraient été réalisées à des périodes différentes.

Avant de voir ce qu'il en est du bâtiment intermédiaire, examinons de près le dernier édifice, le plus petit.
Son pignon triangulaire avec toiture à trois versants, sa fenêtre à arceau dont le cintre repose sur deux colonnes et qu'un meneau divise en deux (Fig.9), tout cela indique que, selon toute vraisemblance, il s'agit là d'une ancienne chapelle qui est, à notre avis, la chapelle primitive, la "chapelle vicariale" dont nous parlent les deux textes cités plus haut. Il semble bien, en effet, qu'il n'y a eu ni substitution ni remplacement de l'ancienne chapelle par la nouvelle église, ce qui laisserait supposer que la première avait été détruite ou s'était écroulée, mais plutôt, comme le signale de façon assez claire Gabriel Trocmé, que l'église "fut construite à côté de la vieille chapelle". S'il y eut substitution, ce fut seulement dans la fonction du nouveau bâtiment qui devint le lieu des célébrations religieuses au détriment de l'ancien.
On comprend ainsi que, édifiées dans le prolongement de cette ancienne chapelle, la nouvelle église ait gardé la même orientation que celle-ci. Cette orientation du chevet vers l'est (le mot orienter signifie "tourner vers l'est") apporte la preuve de l'ancienneté de cette chapelle. On sait en effet que depuis le haut Moyen-Âge et jusqu'au XV° siècle, cette orientation des lieux de culte était la règle générale, l'attente du soleil symbolisant l'attente par les Chrétiens du Christ ressuscité3.

Quant au bâtiment intermédiaire, assez peu esthétique (Fig. 8), constituait-il déjà un agrandissement de la chapelle primitive qui aurait été réalisé avant la construction de l'église, ou bien au contraire, aurait-il été ajouté plus tardivement pour faire la jonction entre l'ancien et le nouveau lieu de culte, par commodité et de façon à utiliser la totalité de l'espace disponible ? L'examen de l'intérieur de l'église nous dira ce qu'il en est. Observons aussi l'existence d'une sorte de contrefort à la jonction de l'ancienne chapelle et de la sacristie, sans que l'on puisse en proposer une explication.

Fig. 9. L'ancienne chapelle Saint-Nicolas (Carte postale, coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).
Fig. 9. L'ancienne chapelle Saint-Nicolas (Carte postale, coll. C. Saunier, agrandissement A. Franqueville).

Concernant l'environnement de l'église (Fig.8), nous retrouvons sur la gauche la maison Gaudefroid et, devant celle-ci, le mur de clôture de l'ancien cimetière (la chapelle devait donc se trouver dans l'enclos du cimetière, en fonction de la croyance selon laquelle les vivants et les morts, appartenant au même peuple de Dieu, ne doivent pas être séparés), et à droite, devant la façade, cette maison proche de la sortie de l'église. 

Avec la Fig. 10, nous terminons le tour de l'église. C'est l'hiver, la neige est tombée, le village est occupé par les troupes allemandes. On constate ici que la véritable place de l'église se trouvait de ce côté nord-ouest ouvert sur la Grande Rue, et qu'elle était agrémentée d'arbres sans doute des ormes, entre lesquels sont rangés les chariots bâchés des militaires. Remarquons aussi le calvaire monumental, "croix hosannière" déjà signalée dans notre article "C comme Calvaires". Outre les cinq fenêtres repérables sur les photos 8 et 10, il semble bien que ce côté de l'église présentait également une petite porte latérale, surtout visible sur la Fig. 8.
 

Fig. 10. L'église et le calvaire, côté nord-ouest (Carte postale, coll. Ph. Monard).
Fig. 10. L'église et le calvaire, côté nord-ouest (Carte postale, coll. Ph. Monard).

Fig. 11. La façade de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).
Fig. 11. La façade de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).

La photo de la Fig.11, antérieure à la précédente (le cachet de la Poste indique 1908), boucle notre tour de l'église. Nous voici à nouveau devant l'entrée avec, sur la gauche, le calvaire parmi les arbres, à l'angle rue du Corbeau et rue Comin. Le photographe était visiblement plus intéressé par les travaux en cours au premier plan que par la façade de l'église ! De quels travaux s'agit-il ? De la construction d'un mur dont la base est en "opus incertum" comme d'autres Rue des Archers et Rue Louis George, et dont le propriétaire sans doute H. Lempereur, devait être aisé, vu les matériaux utilisés !

À la découverte du passé : l'intérieur de l'église
Que pouvons-nous savoir de l'intérieur de l'église ?
Nous n'en n'avons que deux photos (Fig.12 et 13). Elles montrent la partie avant de la nef avec les premières travées et le chœur, et laissent sans réponses bien des questions : Y avait-il des vitraux ? Un harmonium ? Une tribune ? Une chaire ? Des fonts baptismaux ? Sans doute...
L'impression dominante est bien celle d'une église "très spacieuse et assez régulière" comme l'écrit Gabriel Trocmé. À gauche et à droite se devinent les autels latéraux ; des statues variées, difficilement identifiables, ornent le chœur, la plus haute, au dessus de l'autel, étant probablement celle du "Sacré Cœur".
Une marche surélève quelque peu la partie antérieure de la nef, séparée du reste par des boiseries sculptées, et où se trouvent d'autres bancs : sans doute un espace traditionnellement réservé aux notabilités du village. Plus loin, la table de communion avec sa grille ouvrante.

Fig. 12. L'intérieur de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).
Fig. 12. L'intérieur de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).

Il apparaît sur la Fig.12 que le chœur est surbaissé par rapport à la nef. Cela signifie t-il qu'il occupait au moins une partie du bâtiment intermédiaire ? De fait, les deux fenêtres visibles sur la droite (Fig. 12), de même que la grande baie sur la gauche (Fig. 13) et celle, non visible, qui projette de la lumière sur la droite, semblent bien correspondre aux fenêtres cintrées aperçues à l'extérieur sur ce bâtiment. 

Ainsi se confirme que ce bâtiment constituait bien le chœur de l'église et que, malgré les apparences extérieures, il aurait été construit au même moment que le reste de l'église, tandis que le rôle de sacristie était assuré par l'ancienne chapelle.

Fig. 13. Le chœur de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).
Fig. 13. Le chœur de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).

On ne peut manquer d'être frappé par la place que tiennent les boiseries dans cette église : celles qui séparent le haut et le bas de la nef, le retable au fond du chœur et les stalles sur les côtés, les autels collatéraux où Decagny, plutôt dépréciatif, reconnaît malgré tout l'existence de "riches boiseries". Mais pourquoi ont-elles quitté Sainte Agnès de Cambrai, comme l'indique cet auteur, et pour arriver justement à Épehy ?

Une communauté des "Filles de Sainte Agnès" avait été établie à Cambrai par l'archevêque François Van der Burch (1567-1644), dans le cadre de la réforme catholique menée aux Pays-Bas espagnols. Elles avaient pour mission d'accueillir gratuitement une centaine de jeunes filles pauvres du Cambrésis et d'assurer leur éducation. Mises en cause à Rome, injustement semble t-il, entre 1626 et 1632, elles virent leur communauté supprimée sur ordre du Saint-Siège4. On peut donc penser que cette suppression alla de pair avec la dispersion de leurs biens, et que ce fut l'occasion, pour l'église d'Épehy encore peu décorée, de récupérer les boiseries de leur chapelle. Le choix d'Épehy résulta sans doute du jeu de relations personnelles.
Une autre possibilité est que ces boiseries furent achetées sous la Révolution, vers 1792-1793, lorsque les "Filles de Sainte-Agnès" furent chassées de France pour refus de prêter serment (elles revinrent en 1800).Le décor sculpté de la "Maison de Sainte Agnès" à Cambrai fut principalement réalisé en 1628 par Jaspart Marsy, artiste célèbre à l'époque, de sorte que notre ancienne église avait ainsi eu la chance d'être dotée d'œuvres d'art particulièrement précieuses.

L'ancienne église d'Épehy comportait encore une autre particularité que signalent aussi bien P. Decagny que G. Trocmé. Voici ce qu'ils rapportent :
"Les possessions de ce dernier (le baron d'Honnecourt), écrit Decagny en 1867 (o.c. p.31), s'étendaient principalement sur Hourrier (Le Riez) : mais avant lui, ce fief a dû appartenir à un seigneur de la maison de Lannoy dont on remarque les armoiries sur le mur de l'église pour la construction de laquelle il aura signalé sa pieuse munificence". Et une note de bas de page décrit ces armoiries : "Armes : d'argent, à 3 lions de sinople couronnés et armés de gueules ; et couronnés d'or pour les comtes de Lannoy-Gaucourt".
Le texte de Gabriel Trocmé (o.c. p.12), nous apprend que ces armoiries ont été déplacées :"À l'intérieur du clocher, on pouvait remarquer encore en 1914 une plaque de fer très épais portant des armoiries (qu'Épehy a faites siennes par la suite) représentant les écus, accolés, des maisons du Vermandois et de Lannoy. Évidemment, cette plaque a été dérobée et cachée par un métayer, à l'époque où le baron d'Honnecourt s'est emparée de la châtellenie du comte Sohier de Vermandois ; après la Révolution, la famille qui la détenait, en fit la remise au curé qui la fixa dans un des contreforts du clocher".
On voit que les deux auteurs attribuent à cette plaque une origine fort ancienne et une histoire assez peu plausible. L'étude d'Arnaud Gabet sur Honnecourt5 permet d'avancer une explication plus vraisemblable. "En 1755, la seigneurie d'Honnecourt est passée entre les mains de la famille de Lannoy", écrit-il (p. 101). Ainsi cette famille comptait, parmi ses possessions, le quartier du Riez et disputait même, écrit l'auteur, les droits seigneuriaux de l'abbaye de Vaucelles sur Pezières. On peut donc penser qu'un seigneur de Lannoy ait fait un don à l'église d'Épehy (dont la construction était alors achevée depuis plus d'un siècle) dans la seconde moitié du XVIII° siècle, et ait voulu immortaliser sa "munificence" et aussi rappeler ses droits sur les lieux, en faisant apposer cette plaque commémorative sur l'un des murs. On peut aussi imaginer que, soucieux de mettre ces armoiries à l'abri des excès de la Révolution, le curé de l'époque les ait dissimulées dans le clocher... où elles restèrent jusqu'en 1917.

La destruction et les vestiges du passé
Dans les mois qui suivirent immédiatement l'évacuation de février 1917, le village fut incendié, dynamité, rasé. Il fait partie des 205 villages de la Somme détruits en totalité (soit 25 % des communes du département) et l'ancienne église d'Épehy est l'une des 274 églises disparues6

Deux photos nous rappellent cette triste réalité.

Sur l'une (Fig. 14) prise par un militaire allemand7, le feu consume le quartier de l'église, la fumée s'échappe de la maison Gaudefroy et de l'église. Les arbres de la place ont été abattus. Une fois l'incendie achevé, les Allemands faisaient sauter à l'explosif ce qui restait encore debout.

L'autre (Fig. 15) est la seule vue que nous ayons de ce qui reste de l'église dont, à l'évidence, la destruction a été méthodiquement réalisée. Il semble bien que ce qu'il en reste appartenait au côté sud de l'église, et qu'il peut s'agir de l'une des grandes fenêtres du chœur et d'un pan de mur de la nef.
 

Fig. 14. L'église en feu, 1917 (Archives allemandes, J.M & M.C. Lemaître, 2007).
Fig. 14. L'église en feu, 1917 (Archives allemandes, J.M & M.C. Lemaître, 2007).

Fig. 15. Les ruines de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).
Fig. 15. Les ruines de l'église (Carte postale, coll. C. Saunier).

Sont-elles donc perdues à jamais les traces de notre ancienne église ?
Un événement fortuit montre qu'il suffirait certainement de déblayer quelque peu le site, recouvert de toutes sortes débris, pour mettre à jour des vestiges dignes d'intérêt.
En mai 2004 eurent lieu devant l'église des travaux de terrassement liés au déplacement du Monument aux Morts et à la réfection de la Place. À cette occasion apparurent, à faible profondeur, les soubassements de murs de pierres dont M. Patrick Charlet, conseiller municipal, eut la bonne idée de signaler la présence à Claude Saunier, ce qui nous vaut de pouvoir présenter la photo suivante (Fig.16).

Fig. 16. Vestiges des fondations de l'ancienne église (Photo C. Saunier, 2004).
Fig. 16. Vestiges des fondations de l'ancienne église (Photo C. Saunier, 2004).

Cette photo révèle le soubassement des murs de l'extrémité orientale de l'ancienne église, c'est-à-dire, nous semble t-il, les fondations du bâtiment que nous avons identifié comme étant la chapelle primitive du Riez avec son pignon triangulaire, laquelle a pu servir, par la suite, de sacristie après la construction de l'église du XVII° siècle.
S'il en est bien ainsi, on constate que l'église actuelle recouvre en grande partie l'espace qui était occupé par l'église ancienne, mais avec une orientation quasiment opposée. On peut aussi en déduire que l'entrée du "souterrain de l'église" devait se trouver sous le clocher de l'ancienne église.

Un autre vestige de ce passé si vite oublié, est plus émouvant encore. Beaucoup d'Épéhiens le connaissent.

  Fig. 17. Sculpture sur bois de
Fig. 17. Sculpture sur bois de l'ancienne église (Photo C. Saunier).

Il s'agit d'une sculpture sur bois, de taille modeste (une vingtaine de centimètres de haut) mais d'une grand beauté : une tête d'homme, très finement taillée, manifestement exécutée par ungrand artiste (Fig. 17). Bien difficile de savoir quel était sonemplacement exact dans ancienne église...

L'histoire du sauvetage de cette œuvre d'art vaut d'être contée, en conclusion de cet article.
Parmi les ruines de l'église, un ouvrier italien dont l'identité nous reste inconnue, repère ce fragment de sculpture dont la beauté l'asans doute frappé. Il le garde précieusement durant tout son séjour à Épehy où il travaillait dans l'entreprise de construction Ceratto, de 1920 à 1925.
Avant son retour en Italie, il eut la délicatesse de ne pas emporter cet objet et de vouloir le laisser à une personne de confiance.
Il choisit de le donner à M. Arnold Stich, d'origine suisse, engagé volontaire dans l'armée française devenu chauffeur personnel de M. Ceratto et que les ouvriers de l'entreprise connaissaient bien.
M. Stich (Fig. 18) a conservé cet unique témoin d'un passé détruit aussi précieusement que l'humble ouvrier italien, pendant plus de 50 ans8. Nous devons à l'un et à l'autre de pouvoir l'admirer encore aujourd'hui à la mairie du village où elle a été déposée par Patricia Béthermin qui la tenait de sa mère Madame Roland.


Fig.18. Arnold Stich (1895-1987).
Fig.18. Arnold Stich (1895-1987).
Photo prise par C. Saunier lors d'une réunion d'anciens combattants, vers 1977.

Notes :
1 La date de 1707 donnée par Decloquement-Vasseur (t.2, p.31) pour la construction de cette église est vraisemblablement erronée ; peut-être s'agit-il seulement de travaux d'entretien ?
Le déplacement des cimetières hors des zones habitées résulte du Décret du 23 Prairial An XII (12 juin 1804) et de l'Ordonnance royale du 6 décembre 1843. Sa mise en œuvre dépendait d'une décision municipale. Le dépouillement des archives municipales permettrait d'en préciser la date pour Épehy.
 Voir sur internet : Wikipédia et le site http://www.guidecasa, casa info n°58
 Lottin A. - Réforme catholique et instruction des Filles pauvres... In : Les religieuses enseignantes. XVI-XX siècles. Actes de la 4° rencontre d'histoire religieuse. 1981. Elles furent réhabilitées quelques années plus tard et revinrent à Cambrai.
 Gabet A. (sous la direction de) - Histoire et cadre de vie, Honnecourt sur Escaut. 1995. 303 p.
 Bellemère J. - Les chiffres : les stigmates de la guerre dans le département de la Somme. In : La Picardie dans la guerre, 1914-1918 (pp. 115-118). CRDP d'Amiens. 1986.
7  Jean-Michel et Marie-Christine Lemaitre - 1914-1918. La Somme occupée (p. 127). Mémoire en images. 128 p. Éds. Alan Sutton. 2007.
8  Claude Saunier a recueilli cette histoire de la bouche de M. Stich lui-même et photographié cette sculpture vers la fin des années 1970.

 


Date de création : 29/11/2009 @ 22h19
Dernière modification : 20/01/2010 @ 18h22
Catégorie : Le village
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Réactions à cet article


Réaction n°3 

par isa le 27/12/2010 @ 23h32

Que de surprises réserve ce site sur Epehy.
C'est avec beaucoup d'émotion que je découvre le visage de mon pêre Jean Platek qui se trouve à côté de Mr Stich lors d'une réunion d'anciens combattants.Est il possible d'avoir cette photo?
merci

Réaction n°2 

par paradis le 08/12/2009 @ 22h34

Emotion à la vue de Mr Stich puisque je le connaissais et , avec ma mère, l'avais rencontré souvent qd je travaillais sur la reconstruction d'Epy: ma mère savait qu'il avait été le chauffeur de M. Cerato. Il nous avait montré le fragment de bois sculpté  que j'eus l'occasion de revoir ce printemps 2009 au cours de l'expo de photos organisée par M. Delaire.  Avez-vous la photo du clocher neuf atteint par la foudre ds les années 20 je pense?A plus!

Réaction n°1 

par GDelauney le 01/12/2009 @ 18h52

Merci aux auteurs de cette évocation si bien documentée et illustrée de notre ancienne église dont le clocher n'est pas aussi insignifiant que des commentaires anciens voudraient le laisser entendre; et la qualité de la tête sculptée issue sans doute des fameuses boiseries cambrésiennes laisse à penser que l'ensemble devait être simplement une splendeur. Partie en fumée, ce qui nous serre encore le coeur.

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