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Le 10/03/2013 à 04h08

Le village - E comme Église moderne


E comme Église Moderne : L'église moderne d'Épehy

En 1927, Épehy retrouva une église digne de ce nom, dix ans exactement après la destruction de la précédente. Dix longues années pendant lesquelles les paroissiens avaient dû supporter l'inconfort de l'église provisoire.
Cette église moderne nous est aujourd'hui devenue familière et nous avons l'impression de bien la connaître. Est-ce si sûr ? À plus de 80 ans, elle a déjà sa petite histoire que l'on oublie à mesure qu'elle se déroule. En réalité, notre église n'est déjà plus exactement celle qu'avaient édifiée ses bâtisseurs.

Une première photo, prise d'avion un matin d'été 1973 (Fig. 1), donne un aperçu d'ensemble du monument assez inhabituel pour les Épéhiens.

Fig. 1. L'église moderne, vue aérienne, 1973 (Coll. C. Saunier).
Fig. 1. L'église moderne, vue aérienne, 1973 (Coll. C. Saunier).

C'est une église nettement moins "trapue" que celle du XVIIe siècle, disons plus élégante, plus élancée et plus coquette avec ses briques rouges, ses arêtes de pierres blanches et ses ardoises bleues, au milieu d'un parc de verdure fort plaisant. Cette fois, à la différence de l'église ancienne, le porche est résolument ouvert vers la Grande Rue, comme pour inviter les passants à entrer.

Fig. 2. Le chevet de l'église moderne (Photo C. Saunier, vers 1980).
Fig. 2. Le chevet de l'église moderne (Photo C. Saunier, vers 1980).

Les archives départementales révèlent que les plans (dont on ne sait s'ils correspondaient à un modèle plus ou moins standardisé ou étaient laissés à l'inspiration du l'architecte ou du curé de l'époque), ont été établis par Louis Compoint qui résidait à Clichy et avait un bureau à Épehy1. Ces plans sont datés de 1922, le devis s'élevait à 1 105 088 francs, et l'accord de la commune et de la Préfecture fut donné en 1924. Il est possible qu'à ses origines se trouve égalmeent ce Monsieur Bienaimé (architecte ou géomètre ?) qui, nous l'avons vu (Article S comme Souterrain) a calqué en 1923 le plan du souterrain dans sa partie aujourd'hui recouverte par l'église, peut-être en prévision de la consolidation des fondations qui fut réalisée en 1926 sur la base d'un devis de 1925 (A.D.). La photo du chevet de l'église (Fig. 2) montre, à gauche, la petite porte menant au réduit à charbon où se trouve aussi l'entrée de ce souterrain.

La construction du bâtiment : quelques étapes
Nous ne possédons malheureusement que fort peu de documents concernant la construction de l'église : rien sur les bâtisseurs et seulement trois photos concernant quelques points de détail. Une certitude cependant : une équipe de tailleurs de pierres est venue à Épehy, nous n'en connaissons qu'un membre, Christian Dejeante, qui rencontra chez nous sa future épouse Zéta-Jeanne (1908-1994), la fille de Jules Roland le cafetier. Le mariage eut lieu en 1929.

Il y a d'abord cette photo de l'horloge (Fig. 3) dont l'installation fut naturellement confiée au couvreur Arcole Marquant, de même que la couverture de l'église, ce qui, du même coup, permet d'évaluer la hauteur assez impressionnante du cadran. Observons que cette horloge fut fabriquée à proximité, par la Maison Joly-Huchez de Ferrières (Oise) qui fournit également l'horloge du clocher de Villers-Guislain en 19362. Celle d'Épehy fut posée en août 1932 et coûta 13 273 francs (A.D.). Elle n'eut d'abord que trois cadrans, car leur installation supposait que les habitants désireux de voir l'heure depuis leur maison apportent leur contribution financière. Aussi le 4° cadran, celui tourné vers les rues Comin et Hérouard, ne fut-il posé qu'après 1945.

Fig. 3. Avant la pose du cadran de l'horloge par Arcole Marquant (Coll. C. Saunier).
Fig. 3. Avant la pose du cadran de l'horloge par Arcole Marquant (Coll. C. Saunier).

L'autre photo est celle des couvreurs avant qu'ils n'installent le coq-girouette en haut du clocher (Fig. 4). Une délibération du Conseil municipal du 18 août 1926 avait demandé que le clocher soit octogonal, et que son coq soit en zinc doré (A.D.). On retrouve sur cette photo, au gauche, Arcole Marquant avec, au milieu, son frère Marcel, et à droite Georges Marquant (merci à Vincent Delareux qui, grâce à son grand-père Philippe Marquant, nous a donné l'identité de ce dernier, de même que celle de Léon Marquant - père de Philippe, Fig.19).
Observons les gravats aux pieds des personnages, et aussi leur "tenue du dimanche" : la photo n'a pas été prise le jour de l'exécution du travail !
Ce coq fut remplacé durant le mandat municipal de René Basquin (1990-2001).
À vrai dire la carrière de ce premier coq commença assez mal ! À peine était-il installé qu'un violent orage éclata sur Épehy : la foudre prit pour cible le clocher tout neuf de l'église qui n'était pas encore protégé par un paratonnerre ; c'était, selon la date indiquée sur une photo conservée par Francine Delauney, le 7 mai 1927. La Fig. 5 commémore l'évènement.

Fig. 4. Le coq, prêt à être monté en haut du clocher (Coll. C. Saunier).
 Fig. 4. Le coq, prêt à être monté en haut du clocher (Coll. C. Saunier).

Sans tarder le Conseil municipal examine le 27 mai le devis établi par M. Bilz le 23 ,et décide d'installer un paratonnerre pour un coût de 3000 francs (A.D.).
L'église bénéficiera de l'arrivée de l'électricité au village, réalisée à partir de 1925 par la SICAE (Société d'Intérêt Collectif Agricole d'Électricité), et l'on apprend notamment (A.D.) qu'une lampe fut installée au baptistère par R. Saunier, électricien à Épehy.
 

Fig. 5. Le clocher foudroyé (Coll. C. Saunier).
Fig. 5. Le clocher foudroyé (Coll. C. Saunier).

Les cloches
L'histoire de tout église est habituellement marquée par deux évènements majeurs dont la mémoire est fidèlement gardée : le baptême des cloches et la consécration par l'évêque du diocèse dont témoigne toujours la "pierre d'autel".
Concernant la consécration de l'église, aucun document (écrits ou photos) n'est à notre connaissance disponible qui permettrait d'en connaître les détails. On peut seulement supposer, sans possibilité de vérification, qu'elle eut lieu le dimanche le plus proche de la Fête de la Nativité, soit le 11 septembre 1927.
Pour le premier évènement, nous avons par contre la chance de disposer d'une photo sur laquelle apparaissent les trois cloches vêtues de leur "robe de baptême" (Fig. 6), et aussi d'un article du "Progrès de la Somme", ancêtre du Courrier Picard, relatant l'évènement (Fig. 7).

Fig. 6a. Le baptême des 3 cloches (Coll. C. Saunier).
Fig. 6. Le baptême des 3 cloches (Coll. C. Saunier).

Ce baptême (ou bénédiction) fut célébré le dimanche 7 août 1927, "par un temps admirable", écrit le journaliste et avec la participation d'une assistance "fort nombreuse, renforcée par un contingent important d'habitants venus des villages voisins, surtout du Ronssoy et de Villers-Faucon".
"Des vêpres solennelles furent d'abord célébrées dans l'église provisoire en bois, par M. le Doyen de Roisel, entouré de tous les prêtres du canton : M. l'abbé Sceaux, curé du Ronssoy, M. l'abbé Denis, curé de Villers-Faucon, M. l'abbé Philippe, curé d'Hervilly, M. l'abbé Niquet, curé de Tincourt-Boucly, M. l'abbé Quénolle, curé d'Épehy dirige l'imposante cérémonie. Les chants liturgiques sont exécutés par deux jeunes gens d'Épehy : MM. Raphaël et Gabriel Plaquet, à la voix pure et harmonieuse. Après le "Magnificat" M. Gabriel Trocmé, d'une belle voix de ténor, chante le "Salve Regina", que l'on aurait volontiers applaudi n'eut été la majesté du lieu".
Après le sermon, prononcé par le curé du Ronssoy connu pour son "beau talent oratoire", et dont le thème fut que le retour des cloches annonçait la renaissance du pays dévasté, on se rendit à la nouvelle église pour y procéder à la bénédiction confiée au Chanoine Cocrelle, natif du village. Le récit qu'en donne le journaliste correspond bien à l'image que nous a laissée le photographe :
"Devant l'autel, sous les hautes voûtes blanches, suspendues à un portique décoré de fleurs, les trois cloches étaient là, habillées de dentelles...", et il nous apporte les précisions suivantes : "...entourées de leurs parrains et marraines, M. Arthur Dhermy et Mme Gabrielle Saunier-Trocmé, M. Arthur Baudelot et Mme Bancourt, M. Alexis Durieux et Mlle Andrée Collet"3.
Comme il se doit pour les baptêmes, à l'issue de la cérémonie, parrains et marraines procédèrent à une ample distribution de dragées, et un "Salut solennel" termina cette magnifique journée "tandis que les nouvelles cloches faisaient entendre leurs premiers tintements".
Les anciens se souviennent que les préposés aux cloches étaient Anatole Dorigny (1878-1959) et son épouse Cléore née Delaine (1893-1948), laquelle, en fonction de sa corpulence, actionnait habituellement la grosse cloche "Gabrielle". Le mécanisme de sonnerie des cloches fut électrifié après 1945.

 Fig. 7. Copie de l'article du "Progrès de la Somme" relatant la bénédiction des cloches (Coll. C. Saunier).
Fig. 7. Copie de l'article du "Progrès de la Somme" relatant la bénédiction des cloches (Coll. C. Saunier).

Les Archives Départementales nous apprennent qu'elles ont coûté 44 220 francs, qu'elles sont l'œuvre de M.Wauthy, fondeur à Douai, et qu'elles étaient garanties 10 ans.
Observons que cet article fait mention d'une "église provisoire en bois", ce qui nous pose question. Il s'agit seulement, en fait, d'une approximation du journaliste pourtant présent sur les lieux, car la Fig. 10 de notre article sur "l'église-tonneau" montre bien la coexistence de l'église moderne et de l'église-tonneau lors du dernier mariage qui eut lieu dans celle-ci. Donc aucune église en bois à Épehy (contrairement au cas de Villers-Guislain) : seules les extrémités du "tonneau" étaient en planches, comme on le voit bien sur la photo du mariage.
Pour l'anecdote, Anatole Dorigny, dit plus familièrement "Natole", avait pour surnom "Ch'Catieu" (le château). L'explication en est qu'il eut toujours l'espoir de trouver un trésor au village (ou peut-être des renseignements importants) grâce auquel il comptait pouvoir s'acheter un château !

L'intérieur de l'église
Les deux photos suivantes (Fig. 8 et 9) donnent l'image de la partie antérieure de la nef et du chœur, quelques années après l'achèvement et la consécration de l'église, à l'occasion (au moins pour la première) d'une fête qui lui valut d'être abondamment décorée de guirlandes de roses en papier.

Fig. 8. Partie avant de la nef, vers 1927 (Coll. C. Saunier).
Fig. 8. Partie avant de la nef, 1934 (Coll. C. Saunier).

Nous avons la chance que la photo ci-dessus fasse également partie de l'album familial des grands-parents de Francine Delauney car, au verso, la grand-mère Mathieu avait pris soin de noter : "L'église d'Épehy garnie de roses blanches pour le cinquantenaire de M. le Curé et la première messe de M. Gabriel Plaquet". Cela se passait donc pendant l'été 1934 et les deux événements avaient été réunis en une seule fête dont une autre photo a déjà été présentée (voir article "Monument aux morts", Fig. 9).

Tout l'ameublement est déjà en place, de même que les statues et les lustres.

Fig. 9. L'autel décoré vers 1927 (Coll. C. Saunier).
Fig. 9. L'autel décoré vers 1927 (Coll. C. Saunier).

Le bas-relief de l'autel représente la célébration de la Sainte-Cène (fraction du pain) en présence de deux disciples du Christ et, à gauche et à droite, Saint-Paul et Saint Pierre.

Fig. 10. La tribune et l'orgue (Coll. C. Saunier).
Fig. 10. La tribune et l'orgue (Coll. C. Saunier).

 

Les Fonts baptismaux, avec leur bel entourage de boiseries et la classique représentation du baptême du Christ par St . Jean Baptiste, sont aussi en place (Fig. 10b).

Fig. 10b. Les Fonts baptismaux (Coll. C. Saunier, 1989).

Fig. 10b. Les Fonts baptismaux (Coll. C. Saunier, 1989).

Concernant l'orgue de l'église sur lequel opérait Mlle Andrée Collet, nous ne disposons que d'une seule photo (Fig. 10) sans doute prise dans les mêmes circonstances que les deux précédentes. Construit par la maison Didier & Fils de Nancy pour la somme de 51 500 francs, il devait être livré pour le 15 août 1927 (A.D.). Notons qu'une tradition attribue sa fabrication à la Maison Roethinger (ou Roetinger), dynastie de facteurs d'orgues et d'harmoniums de Schiltigheim (67). Peut-être porte t-il une marque de constructeur qui permettrait d'en décider ? Les Archives précisent qu'il comporte 9 jeux, 2 claviers manuels, un pédalier.
Ajoutons que le commentaire ci-dessous, aimablement envoyé par Michel Delaire, nous donne encore une autre version de l'origine de cet orgue, celle rapportée par les habitants d'Heudicourt. Bizarre, bizarre...

Les vitraux
Nous avons la chance d'être mieux renseignés sur les vitraux de l'église et sur l'artiste qui les a réalisés4.
Ces vitraux, évoqués au Conseil municipal entre mai et juillet 1927 (A.D.), sont l'œuvre du maître verrier Léon Lecourt (né à Merfy (51) en 1857, décédé à Vanves (92) en 1936), qui avait son atelier à Vanves depuis 1900. Le forfait demandé s'élevait à 35 350 francs. On voit que, sur ces vitraux, le nom du verrier est parfois associé à celui de son gendre, Clément Mazard (1879 - 1951), qui a collaboré à certains d'entre eux pour la partie dessin de l'ouvrage.

Curieusement, l'église d'Épehy semble bien être la seule du département à posséder des œuvres de Léon Lecourt. On les trouve, en effet, surtout dans le département du Nord (Fig. 11), aussi bien dans de nombreuses églises et chapelles (à Cambrai, notamment à l'archevêché, et dans une dizaine de villages du Cambrésis) que dans des hôtels particuliers et à la Taverne Flamande. D'autres encore sont à Paris où il travaillé à la restauration de plusieurs églises et à la décoration de bâtiments civils (Les Magasins Réunis, bars divers).
L'église la plus proche d'Épehy qui possède ses œuvres est celle de Masnières. Pourquoi cette sorte de spécialisation sur le département du Nord alors que Léon Lecourt vivait à Vanves ? Peut-être parce que son fils, Lucien Lecourt, était installé à Cambrai, d'abord comme commis de l'architecte Pierre Leprince-Ringuet entre 1919 et 1922, puis comme architecte agréé jusqu'en 1926, année de son retour à Vanves. Ce séjour de son fils dans le Nord a pu lui faciliter l'accès aux chantiers en cours dans la région ?
Les vitraux d'Épehy, dont on trouvera ci-dessous quelques photos, furent posés en 1927. On y perçoit bien deux styles différents, selon que les dessins furent l'œuvre de Léon Lecourt ou de son gendre Clément Mazard (comparer les Fig. 12 et 13).
 

Fig. 11. La carte de visite (recto et verso) de Léon Lecourt, maître verrier (Coll. M. Perrier-Lecourt).
Fig. 11. La carte de visite (recto et verso) de Léon Lecourt, maître verrier (Coll. M. Perrier-Lecourt).

Une anecdote rapportée par Françoise Balestri à propos du vitrail illustrant la légende de Saint-Nicolas : sa mère (87 ans) se souvient encore du jour où son oncle, le dessinateur Clément Mazard, la fit poser, avec son frère Marc et sa petite sœur, dans un baquet en bois installé dans le jardin ! Il s'agissait de représenter les trois enfants miraculeusement sortis du saloir par le grand Saint, toujours patron de l'église du village depuis le Moyen-Âge... (Fig. 13).

Fig. 12. Deux vitraux dessinés et réalisés par Léon Lecourt : la grotte de Lourdes et la Sainte Famille (Photos F. Balestri).
Fig. 12. Deux vitraux dessinés et réalisés par Léon Lecourt : la grotte de Lourdes et la Sainte Famille
(Photos F. Balestri).

Fig. 13. Deux vitraux dessinés par Clément Mazard et réalisés par Léon Lecourt :  Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et la légende de Saint Nicolas (Photos F. Balestri).
Fig. 13. Deux vitraux dessinés par Clément Mazard et réalisés par Léon Lecourt :
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et la légende de Saint Nicolas (Photos F. Balestri).

Ameublement et dernières décorations
"Fournies, rendues et posées" en 1927 (A.D.), les 14 stations du Chemin de Croix furent l'œuvre de la maison Joseph Vanpoulle de Cambrai pour un coût de 5 200 francs. En juillet de la même année, la décoration du tympan et celle du chapiteau de la sacristie furent confiées à un sculpteur de Levallois, M. Fivet, pour la somme de 10 500 francs et furent terminées le 10 février 1928.
Les 120 chaises furent commandées par le Conseil municipal en septembre 1927 à l'entreprise Monserrat & Cie de Neuville-Coppegueule (80) pour un montant de 2 880 francs. Enfin le "petit mobilier", acquis surtout en 1928, provient de plusieurs fournisseurs : la maison "Au Grand Saint-Éloi", à Paris, pour les sièges des enfants de chœur et de l'officiant, catafalque, drap mortuaire, croix de procession et chandeliers en bronze, et la maison Rouet-Jonard d'Amiens pour les nappes d'autel et de communion, aubes, vases, etc.

C'est à l'issue de la Seconde Guerre mondiale que l'église du village reçut ses derniers embellissements.
Les peintures décorant aujourd'hui la totalité du chœur furent alors réalisées (Fig. 14). Comme le mentionne une inscription en bas à droite de l'ensemble, ces décorations constituent un signe de reconnaissance pour le fait que le village n'avait subi que peu de dégâts durant cette dernière guerre, à l'exception du bombardement de la gare et de la destruction d'une villa de l'usine Trocmé. On ne sait qui fut le concepteur de cette œuvre exécutée par deux artistes qui, se souvient-on, logèrent à l'hôtel Bulan.

Fig. 14. Les décorations du chœur (Photo C. Saunier).
Fig. 14. Les décorations du chœur (Photo C. Saunier).

L'ensemble est centré sur la personne du Christ et son amour des hommes avec, sous la clé de voûte, une évocation du Dieu Père, du Calvaire (alpha et oméga) et des quatre évangélistes. De part et d'autre sont retranscrites les Béatitudes et, soulignant la voûte à l'entrée du chœur, est écrit le rappel de la pérennité du message évangélique dont ce chœur constitue un résumé des éléments essentiels. Entre les quatre vitraux, de la même facture que ceux de la Fig.13, ont été peintes en rouge des fausses tentures qui achèvent l'ensemble.

Fig. 15. Célébration d'une grande messe solennelle (Coll. C. Saunier).
Fig. 15. Célébration d'une grande messe solennelle (Coll. C. Saunier).

La photo de la Fig. 15 fut prise vers 1946 lors de la grande messe solennelle célébrée pour une cérémonie dont nous ignorons la nature. Trois prêtres officiaient, deux autres sont à gauche, un autre à droite de même que évêque assis à droite, auxquels s'ajoutent une douzaine d'enfants de chœur. Peut-être s'agissait-il d'une cérémonie de confirmation inaugurant en même temps cette rénovation de l'église ?
Cette photo permet de découvrir les stalles et le boiseries constituant le mobilier du chœur.

Face à l'église, le presbytère fut sans doute reconstruit également vers 1927 et les documents municipaux font état de divers travaux réalisés en 1928 par l'entreprise Macquart: murs de clôture, clapiers (A.D.). Il va connaître un agrandissement en 1936, par adjonction d'une véranda dont les plans et devis furent établis par Louis Delauney. Des artisans du village participèrent aux travaux : Ch. Dotigny pour la maçonnerie, Copin-Despagne pour la serrurerie, Moutoir pour la menuiserie, Joseph et Jan Annota pour la peinture (A.D.).

Clergé et mouvements d'église
Les deux prêtres qui eurent en charge la paroisse pendant toute cette période de construction et d'aménagement de l'église moderne furent l'abbé Léon Quénolle (de 1919 à 1937), puis l'abbé Étienne Carton (de 1937 jusqu'au début des années 1950).

Fig.16. L'abbé QuénolleFig.17. L'abbé Léon QuénolleFig. 18. L'abbé Étienne

Fig.16. L'abbé Quénolle en 1929.             Fig.17. L'abbé Léon Quénolle vers 1935.             Fig. 18. L'abbé Étienne       
                                                                                                                                 Carton, 25 avril 1937.     
                                                    (Coll. C. Saunier, agrandissements A. Franqueville).  

                                                                                                               
Ce sont là les deux prêtres qui ont remis en état et relancé le fonctionnement de la paroisse après la Première Guerre mondiale.
Un élément de ce renouveau fut certainement la mise en place de mouvements d'Action Catholique qui commençaient alors à se développer dans toute la France. Trois photos du milieu des années 1930 montrent que l'abbé Quénolle, pourtant vieillissant, avait su prendre des initiatives en ce sens.
 

Fig. 19. Le Cercle Saint-Nicolas (Coll. C. Saunier).
Fig. 19. Le Cercle Saint-Nicolas (Coll. C. Saunier).

Fig. 19 bis. Identification des personnes :
Fig. 19 bis. Identification des personnes :

1. Abbé Quénolle -2. Paul Ducellier - 3. ? - 4. Joseph Formont (neveu de l'abbé) - 5. Odette Tricot – 6. Mme Gaudefroy – 7. Léon Marquant - 8. ? - 9. Louis George– 10. ? - 11. Andréa Marichelle, ép. Censier – 12. Gabriel Plaquet – 13. Gustave Loy fils – 14. Louis Masson – 15. Paul Marichelle.

La première (Fig. 19 et 19 bis) présente les membres du "Cercle Saint-Nicolas" (auquel l'église est dédiée), apparemment rattaché à un mouvement plus large, l'ACJP, comme l'indique la bannière ; elle est prise sur le perron du n°7 de l'actuelle rue Raoul Trocmé.
Le Cercle Saint-Nicolas ne regroupait pas seulement des hommes adultes, comme le montre la deuxième photo (Fig.20), prise le 17 juin 1936 devant l'église. À l'occasion d'une fête (on ignore laquelle), les jeunes gens ont été invités à fleurir leurs vélos, et sans doute à les faire admirer lors d'un défilé. La majorité d'entre eux a pu être identifiée. Apparemment Paul Ducellier devait être l'animateur de ce groupe de jeunes.

Fig. 20. Les jeunes du Cercle Saint-Nicolas,
Fig. 20. Les jeunes du Cercle Saint-Nicolas, 17 juin 1936 (Coll. C. Saunier).

Identification des personnes (de gauche à droite) :
1.Robert Lourme, 2.Gérard Saunier, (au fond, un petit garçon non identifié), 3.Robert Graux, 4.Hubert Lourme, 5.Paul Boulanger tenant la bannière, 6.Raymond Héluin, 7.Clotaire Ménard, 8.R.Hugo, 9.Onésime Delaplace, 10.Edmond Carlier, 11.Marino Pascoli,
en bas : 12.Paul Ducellier (accroupi), 13.Jean Thiéry (?), 14.Camille Rigaux, en arrière : 15.Louis George, 16.Jean Monard.

La troisième photo (Fig. 21 et 21 bis) concerne le mouvement féminin "Les Bérets Bleus". Comme pour les précédentes, nous avons tenté de retrouver l'identité des personnes photographiées, avec l'aide de Roger et Léone Cocrelle-Franqueville, sans toutefois y parvenir intégralement.
 

Fig. 20. Les Bérets Bleus  (Coll. C. Saunier).
Fig. 21. Les Bérets Bleus (Coll. C. Saunier).

Fig.20 bis. Identification des personnes :
Fig.21 bis. Identification des personnes :

1. Jacqueline Saunier – 2. ? - 3. ? - 4. Augusta Despagne – 5. Hélène Bulan – 6. ? - 7. Geneviève Thierry –8. ? - 9. ? - 10. ? - 11. Jeannette Copin – 12. Janine Saunier – 13. Renée Thierry – 14. ? - 15. Mme Gaudefroy – 16. Émilienne Lemaire – 17. ?- 18. Marie-Thérèse Bancourt – 19. ? - 20. Marguerite Pernois.


En guise l'épilogue
Laissons à Christian Dejeante, évoqué au début de cet article, le soin de le conclure.
Cet homme ne fut pas seulement tailleur de pierres : il fut aussi chanteur renommé à son époque, comme le montrent les extraits de journaux ci-dessous, datés de 1939,1947 et 1949.

 

Fig. 21. Coupures de journaux : Christian Dejeante, chanteur sur Radio-Lille, Radio PTT et à la messe de minuit (Coll. C. Saunier).

Fig. 22. Coupures de journaux : Christian Dejeante, chanteur sur Radio-Lille, Radio PTT et à la messe de minuit
(Coll. C. Saunier).

Mais il fut aussi, à n'en pas douter, bon père de famille, si l'on en croit la Fig. 23 sur laquelle il nous présente son jeune fils Robert né en 1944 et décédé en 1991.

 

Fig. 22. Christian et Robert Dejeante (Coll. C. Saunier).
Fig. 23. Christian et Robert Dejeante (Coll. C. Saunier).

Et pour conclure, M. Jean-Marie Keil vous invite à visiter l'église en admirant ses magnifiques photos : cliquez sur le lien ci-dessous.
http://epehy.jimdo.com/présentation-du-village/visite-de-l-église/
 

Notes

1 Toutes les informations tirées des Archives Départementales, et signalées (A.D.), ont été recueillies et nous ont été communiquées par Francine Delauney, ainsi que la photo 6b et les éléments du commentaire de la photo 6a. Nous la remercions vivement pour son aide.
2 Gabet A. - Villers-Guislain (p.97). Éd. CTH.2006.
3 Gabrielle et non pas Madeleine Saunier-Trocmé, et Mme Bancourt et non Beaucourt comme écrit dans l'article.
4 Nous adressons ici tous nos remerciements à Madame Françoise Balestri, arrière petite-fille de Léon Lecourt, qui nous a très aimablement fourni les informations et photos que nous présentons (communication du 19.12.09), ainsi qu'à  Francine Delauney qui nous en mis en contact avec celle-ci.

 


Date de création : 19/01/2010 @ 19h12
Dernière modification : 23/06/2013 @ 19h07
Catégorie : Le village
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Réactions à cet article


Réaction n°4 

par francine le 07/02/2010 @ 12h20

Précisions sur le clocher foudroyé : le devis de M.Bilz date du 23 mai 1927 et la délibération du C.M., du 27 mai. Donc, la foudre date de mai... Par ailleurs,la date de réception des sculptures de Fivet-tympan et chapiteau de la sacristie date de février 1928. Rien sur la sculpture de l'autel... Le courrier picard n'existe pas en 1927 ; c'est le Progrès de la Somme, remplacé en 1944,45 par le Courrier, ou bien un autre journal, plus proche d'Epy, qui parle du baptème des cloches. A corriger... Merci.

Réaction n°3 

par francine le 06/02/2010 @ 22h46

Pour répondre à M.Delaire concernant les orgues, je pense que les dommages de guerre délégués à la Société coopérative de reconstruction des églises dévastées du Diocèse d'Amiens ont pu  payer les orgues en construction en  1927 d'après ce que j'ai pu voir aux A.D.Je voudrais aussi préciser que c'est vous qui m'avez mise en contact avec Mme Balestri et que je vous en remercie. Et bonne année !

Réaction n°2 

par Delaire le 23/01/2010 @ 12h03

J'ai une petite anecdote à propos des orgues. Lorsque j'étais enfant, dans les années 50,dans le café de mes parents à Heudicourt,  j'ai entendu des anciens du village, dont Monsieur Josse, ancien maire, expliquer qu'Epehy avait "volé" les orgues d'Heudicourt ! Il y avait des orgues dans l'église d'Heudicourt avant 1914 alors qu'il n'y en avait pas dans celle d'Epehy !Et, lors de la reconstruction, celles-ci avaient été réinstallées à Epehy. Il est vrai qu'à l'époque, c'est l'abbé Quénolle qui désservait Heudicourt, qui n'avait plus de prêtre alors que des villages plus petits en avait encore un. Mais tout ceci demande à être vérifié : Epehy avait peut-être aussi des orgues. Et puis d'où venait l'argent qui a permis l'installation des nouvelles orgues ? Y avait-il des dommages de guerre pour cet instrument ?

Encore bravo pour votre travail !

                       &n bsp;                        &n bsp;         Michel Delaire


Réaction n°1 

par francine le 22/01/2010 @ 23h08

Je ne me doutais pas, qd je fréquentais l'église, que je ferai connaissance avec des dames  descendantes du maître-verrier, par l'intermédiaire d'ailleurs de M. Delaire. Ni que ce que j'avais trouvé ds des liasses de la reconstruction aux A.D pouvait servir à qqchose ou à quelqu'un !!! J'enverrai sous peu, à André, par écrit, ce qui concerne le mobilier installé ds l'église après 1927. Par ailleurs, la foudre qui a abîmé le clocher, daterait du mois de mai d'après une inscription au dos de la photo de C. Delauney.Quand vous imaginez que les plans de l'église, sur papier bleu, existent toujours , bien pliés, ds un dossier ,ds une chemise un peu poussiéreuse..., c'est émouvant, non ??? Bien sûr, ça ne sort pas des A.D.

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