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Le 10/03/2013 à 04h08

Les origines du village - Deuxième partie

DEUXIÈME PARTIE : FRONTIÈRES ET CHÂTEAUX

 

Une frontière

A la mort de Clovis (511), le royaume mérovingien est partagé entre ses descendants : Austrasie, dont la capitale fut Reims puis Metz, et Neustrie avec Soissons pour capitale, dont notre région faisait partie. Pour son malheur, celle-ci se trouvait dans la zone frontière entre les deux royaumes, frontière d'abord orientée nord-sud en suivant à peu près la vallée de l'Escaut, et ici selon un axe Cambrai-Vermand. Or l'antagonisme entre les deux royaumes traversa les siècles, leur rivalité faisant régner dans cette zone tampon, théâtre de tous les affrontements, un état d'insécurité permanent. On pense que Vermand fut le siège d'un évêché dès le IVe siècle, mais après la destruction de la cité lors des invasions germaniques, l'évêque du Vermandois Saint-Médard décida, en 531, d'établir à Noyon le siège de son évêché. Cet évêché y perdura jusqu'en 1790.

Période d'anarchie, de troubles incessants dont témoignent deux batailles que l'histoire a retenues pour notre région : en 687, la bataille de Tertry (6 kilomètres à l'ouest de Vermand) par laquelle le maire du Palais d'Austrasie, Pépin de Herstal, soumet la Neustrie et en fait un État vassal et, en 717, celle de Vinciacus, Vinchy au sud de Cambrai1, entre le maire du Palais Charles Martel et le roi mérovingien de Neustrie Chipéric II qui donne la victoire au premier, et donc encore une fois à l'Austrasie.

En 751, l'Austrasie disparaît pour être intégrée au grand royaume franc que constituèrent Pépin le Bref et Charlemagne. Plus tard, le traité de Verdun (843) qui partagea l'empire de Charlemagne, établit à son tour sur l'Escaut la frontière entre la Lotharingie et la Francie occidentale qui revint au premier roi de France Charles le Chauve, tandis que le Cambrésis était rattaché à ce qui deviendra, en 925, le Saint-Empire Romain Germanique. Mais cette fois, la limite septentrionale du pays vermandois (pagus Veromanduorum), qui est aussi celle de l'évêché de Noyon et marque pour les huit siècles suivants (jusqu'aux traités de Nimègue en 1678) la frontière entre la France et l'Empire suit, dans notre secteur, une direction est-ouest. Epehy est inclus dans la Francie tandis qu'Honnecourt dépend de l'évêché de Cambrai et de l'Empire. La frontière dessine ainsi une sorte de bec de canard vers l'ouest et reprend ensuite une direction nord-est entre Arras et Cambrai (Parisse, Leuridan, 1994, p. 6).

Mais cette fin du premier millénaire est celle de nouvelles invasions qui désolent un fois de plus le pays : en 880 les Vikings incendient la ville de Cambrai et ravagent, en 882, la riche abbaye d'Honnecourt. Les études (Dusart, 2003) montrent que si ces Normands avaient d'abord pour objectif les abbayes et villes établies à proximité des cours d'eau qu'ils remontaient, ils n'ont cependant pas hésité, au cours de leurs raids des années 880-881, à passer d'une vallée à l'autre, de la Scarpe (Arras) à l'Escaut (Cambrai) comme de l'Escaut à la Somme (Péronne, Saint-Quentin)2. Qu'ils aient transité par le site d'Épehy en y semant la dévastation n'a donc rien d'invraisemblable. Restaurée en 911, l'abbaye d'Honnecourt est de nouveau incendiée en 953, cette fois par les Hongrois qui saccagent aussi Cambrai (ils avaient atteint Paris et Orléans dès 937), et elle ne sera reconstruite qu'au XIIe siècle (A. Gabet, 1994). Cette fois encore, que ces guerriers normands ou hongrois aient transité par Épehy est parfaitement plausible, avec les conséquences qu'on imagine.

On ne sait pourquoi G. Trocmé commence son historique d'Épehy en 824, date dont il n'est plus question dans la suite du texte. Peut-être est-ce seulement pour couvrir une période de mille cent ans, jusqu'en 1924 ? La date suivante de son récit est "vers 1121". Concernant les siècles antérieurs, il écrit simplement : "Au IXe siècle, en cet endroit, s'élevaient de pauvres cabanes dont l'agglomération formait une petit hameau nommé Spehiaeum (d'où vint Epehy). Au XIe siècle, la famille de Vermandois y établit une châtellenie très importante". De son côté P. Decagny, après avoir suggéré que, pour surveiller la route, "les Romains auront établi un poste secondaire pour en défendre le passage", ajoute, "Comme ailleurs, les rois francs substituèrent à ce poste une forteresse assez considérable qui appartenait, dès le XIe siècle aux comtes de Vermandois". Une forteresse donc, construite par les rois mérovingiens ou carolingiens, et confiée aux comtes du Vermandois ?

Les comtes du Vermandois n'apparaissent dans les documents qu'au IXe siècle, les premiers se prévalant d'une appartenance à une branche de la noblesse franque, celle des Nibelungides. C'est aussi vers les mêmes dates qu'apparaissent les comtes du Cambrésis. Les invasions et l'insécurité qu'elles entraînent font que le pouvoir central ne peut plus se manifester et disparaît de fait : "Nous sommes en effet à une époque, écrit M. Rouche, où, faute d'empereur ou de roi, les anciens fonctionnaires accaparent les pouvoirs princiers et créent des unités politiques régionales que l'on appelle principautés territoriales" (1982, p.26). La dynastie du Vermandois commencerait vers 876, par un certain Théodoric Niebelungen. Les comtes suivants sont mieux connus, ceux de la maison carolingienne, entre 896 et 1080, effectivement contemporains des invasions hongroises, puis ceux de la maison capétienne, de 1124 à 1214, cette dernière date étant celle du rattachement définitif de la province à la France de Philippe-Auguste, grâce à un jeu d'alliances matrimoniales sur lequel nous reviendrons.

Entre la création de la Chaussée Brunehaut au Ier siècle et le XIe siècle pour lequel l'abbé Decagny évoque l'existence d'une "forteresse assez considérable", il ne semble exister jusqu'à présent aucune preuve concernant l'éventuelle existence d'un habitat permanent sur le site d'Épehy. Pour tenter de comprendre ce vide (qui ne doit pas être seulement celui de la documentation), j'ai avancé une première explication, celle de l'effet plutôt négatif exercé par la route alors que, juste un peu plus au sud et un peu plus au nord, et en dépit des raids barbares, une occupation agricole s'est déjà mise en place d'abord avec les villae gallo-romaines, puis avec les domaines aux noms germaniques en -court. Par malchance, Épehy se trouvait non seulement sur la Chaussée Brunehaut mais, peut-être aussi, au croisement de celle-ci avec une autre voie, celle reliant Vermand à Cambrai, que les guerriers de Charles Martel, comme plus tard les Vikings, ne manquèrent pas d'emprunter. Une seconde explication est celle de la position de la zone frontalière dans laquelle se trouve Épehy.

La permanence des frontières à travers les âges est en effet un phénomène bien connu en géographie. On notera à ce propos, à une dizaine de kilomètres à l'ouest d'Épehy, toujours sur la Chaussée Brunehaut, la présence du toponyme Fins, parfois orthographié Feins sur les cartes anciennes, dérivé fines ou finis qui signifie "limite". Quelle limite ? Ce village est aujourd'hui à la limite occidentale du canton de Roisel, mais il fut d'abord sur la frontière du comté du Vermandois au delà de laquelle commençait l'Amiénois et aussi, comme Épehy, à la limite des évêchés de Noyon et de Cambrai (Chaurand, Lebègue, p. 64). Un autre indice d'une possible organisation de la mise en défense de cette frontière est l'existence, à Épehy, d'un chemin vers l'Est, divergeant de celui d'Honnecourt, et dénommé "Chemin du Catelet" qui, par la ferme du "Petit Priel" et Vendhuile où il traversait l'Escaut, aboutissait effectivement au village du Catelet. À la source de l'Escaut, ce lieu fortifié gardait comme Épehy la frontière nord du comté, en protection de la route menant directement à Saint-Quentin, la capitale. On peut comprendre qu'un système de chemins de ronde ait été organisé pour établir des liaisons directes entre ces différents châteaux. Et le château de Liéramont, (que mentionne la carte d'État-Major, mais sur lequel l'abbé Decagny est muet) jouait-il un rôle identique sur la frontière occidentale du comté et en protection de Péronne ?

Or il n'existait depuis toujours que deux façons de traiter une frontière : soit on la laissait en état de no man's land, et ce furent les "marches" du pays où il ne faisait pas bon s'aventurer parce l'endroit n'était jamais sûr, soit on en faisait une ligne fortifiée. On peut avancer l'hypothèse que, outre le rôle dissuasif de la route, la mise en valeur relativement tardive du site d'Epehy, sans doute pas avant le Xe siècle, est également due à cette situation fort ancienne de "marche" du nord. Durant des siècles, la Forêt Charbonnière ou Forêt d'Arrouaise a localement joué ce rôle. Le village se trouvait là où passait déjà la limite entre les Veromandui et les Nervii de la Gaule celte, puis celle entre Neustrie et Austrasie de la Gaule mérovingienne, et enfin celle entre Lotharingie et Francie, entre Empire germanique et France, et plus précisément entre comtés du Vermandois et du Cambrésis, situation exposée qui était de nature à inhiber toute tentative de développement économique.

Par contre, à partir de XIe siècle, ou peut-être un peu plus tôt, la zone d'Épehy serait devenue une frontière fortifiée entre Vermandois et Cambrésis, avec son château à l'abri duquel les défricheurs pouvaient trouver une certaine sécurité. Le XIe siècle est en effet celui où la France se hérisse de châteaux et où s'affirment les seigneurs féodaux, souvent turbulents et avides d'indépendance, dont le roi tentera de s'assurer la fidélité de diverses façons, notamment par l'hommage. On peut sans doute avancer le même type d'explication pour la zone immédiatement plus à l'est : ce n'est qu'au XIIe siècle, selon le même auteur, que fut érigée une forteresse au Ronssoy et que ce lieu couvert de ronces (Ronsseium) commença à être cultivé3. C'est aussi de ce même XIIe siècle que H. Lempereur propose de dater la "grande construction" protégée par "une grande et profonde circumvallation" qu'il a vu mettre à jour un peu plus à l'est encore, lors du défrichement du bois de Cologne en 1848.

Un château à Épehy ? Ou peut-être plus simplement "motte féodale" comme il s'en construisait de nombreuses à l'époque, l'une des premières étant, selon Rouche (o.c., p. 31), celle de Vinchy en 979, œuvre d'Otton, fils du comte Albert de Vermandois (934-987). En quelque sorte, le site appelait son château car, par quelque chemin que l'on aborde le village, il faut gravir une pente. Certes, sur ce plateau les dénivellations ne sont pas considérables, mais elles suffisent à renforcer le caractère défensif de ce type de construction. Selon P. Decagny, le premier texte mentionnant l'existence de la châtellenie et du domaine d'Épehy est la charte du comte de Vermandois Herbert IV (v. 1032-1080), datée de 1059, qui donne à l'église de Vermand des biens qu'il possédait là. Si Decagny et Trocmé évoquent bien l'existence d'un château à Épehy et celle d'un seul et même seigneur nommé Sohier, on se prend à regretter que ni l'un ni l'autre n'aient donné plus de précisions sur l'origine de ce château du XIe siècle que l'on peut effectivement imaginer voulu par les rois de France4 : "En France, écrit J. Heers pour cette période, les rois protégeaient leurs frontières (contre la Champagne surtout – notre voisine) ou leurs routes (...) en multipliant les villages fortifiés". Observons au passage que "l'importante ruine" que H. Lempereur cite dans son rapport, est située par l'auteur à Cologne et non à Épehy comme le mentionne à tort Decagny (p. 34, note 1).

Au XIe siècle, Épehy apparaît donc comme le lieu d'un château ou d'une motte féodale gardant la frontière sur la Chaussée Brunehaut, à proximité immédiate de l'abbaye d'Honnecourt. Sachant que les routes romaines ont souvent servi à marquer les limites, on peut penser que cette chaussée matérialisait alors la frontière dont on a vu toute l'importance stratégique. Mais s'agissait-il d'un château voulu par le roi de France, ou au contraire un château érigé (ou récupéré) par un ambitieux seigneur de la région profitant de la faiblesse du pouvoir central ? Le seigneur qui l'occupait faisait-il allégeance au comte-évêque du Cambrésis (en 1007, l'empereur Henri II a accordé à l'évêque les prérogatives du comte sur l'ensemble du Cambrésis) ou au comte du Vermandois ? La question est d'importance pour la suite de l'histoire, dans la mesure où ces comtes du Vermandois étaient parmi les plus puissants du royaume. L'historien J. Heers5 note ainsi que "déjà sous le règne du roi Robert Ier (mort en 1031), le comte d'Anjou est le seul de la Francia, avec celui du Vermandois, à faire suivre son titre, dans les souscriptions des diplômes royaux, du nom du comté (...). Les comtes montrent ainsi leur indépendance".

Or, de façon surprenante, ce XIe siècle est celui au cours duquel, grâce ces comtes, notre petit village d'Épehy entre dans l'histoire et même dans la "grande histoire" de France. Le fait est, à mon avis, si surprenant qu'il doit être considéré avec une certaine circonspection...

Un château attaqué et détruit : Par qui ? Pourquoi ? Au moins trois explications possibles.

Il faut, pour comprendre ce qui suit, retracer le contexte politique de l'époque. Ce XIe siècle est, en effet, celui au cours duquel se produisent des évènements qui, à terme, vont entraîner la disparition de la branche carolingienne des comtes du Vermandois (et aussi celle du comté). À la mort du comte Herbert IV, en 1080, sa fille Adélaïde (ou Alix) qui lui succède, épouse le Capétien Hugues Ier le Grand, frère du roi de France Philippe Ier (voir Fig. 5). Hugues meurt en croisade en 1102. Adelaïde gouverne le comté jusqu'à sa mort en 1124. Le comté revient à ses descendants Raoul Ier, puis Raoul II le Jeune, puis sa sœur Élisabeth, laquelle épouse le comte de Flandre Philippe d'Alsace et meurt en 1182 en lui léguant le comté. Éléonore, sœur ou demi-sœur d'Élisabeth, conteste la légitimité de Philippe d'Alsace6.

G. Trocmé nous apprend donc que le château d'Épehy fut l'œuvre de "la famille de Vermandois", mais aussi que "vers 1121, le comte Sohier de Vermandois, qui avait épousé la vicomtesse Béatrix de Lannoy, et qui avait fixé sa résidence à Epehy, fut attaqué par les seigneurs de la province voisine coalisés. Vaincu, il eut à subir toute la rigueur des lois féodales, et fut dépouillé, entre autres, de sa châtellenie d'Épehy".

1/ Première explication : la convoitise des voisins

L'appellation "Sohier" est, d'après le site du même nom7, un surnom que se seraient donnés les membres d'une branche cadette des comtes de Vermandois, un qualificatif d'origine germanique signifiant "victorieux" (de sig : victoire, et hari : armée). Latinisé, le mot est devenu Sohier ou Soyer (et en Flandre Segers, Zegers, etc.), et évoque naturellement le toponyme Soyécourt, hameau de la commune de Vermand et aussi village au sud-ouest de Péronne. Selon la même source, "L'origine du nom proviendrait sans doute de Pierre de Vermandois surnommé "Sohier", c'est-à-dire "victorieux" (vers 1030). Comme cela se pratiquait souvent à l'époque dans plusieurs grandes familles de France, ce surnom fut converti en nom héréditaire à ses descendants, en mémoire et en l'honneur de son aïeul, par Sohier le Roux de Vermandois (1025-1097)". Les généalogies concernant les comtes de Vermandois8 ne mentionnent cependant pas toutes l'existence d'un Sohier le Roux de Vermandois aux dates indiquées, mais selon les documents mentionnés par Arnaud Gabet, Sohier dit le Roux (Rufus en latin) était bien châtelain d'Épehy9; par contre Pierre ou Petrus est généralement considéré comme étant un fils du comte Othon de Vermandois (comte entre 1010 et 1045), mais sans précisions sur sa biographie10.

Le maître du château d'Épehy n'était donc pas vraiment le comte de Vermandois, mais seulement un seigneur apparenté, car les comtes résidaient plutôt à Saint-Quentin, Vermand, Péronne ou Soissons. Il n'en reste pas moins qu'ils avaient apparemment confié la garde de cette partie nord de leur domaine à leurs "cousins" Sohier. L'attaque ne vint donc pas seulement, si l'on en croit G. Trocmé, d'un seigneur voisin belliqueux, mais fut l'œuvre d'une véritable coalition de seigneurs fomentée dans la "province" voisine (ou plutôt dans le comté voisin), celui du Cambrésis. L'affaire dépasserait la simple querelle de châteaux : ce fut plutôt, toujours si l'on suit Trocmé, une querelle de frontière dont l'objectif était bien de s'emparer de tout ou partie du territoire du châtelain d'Épehy, relevant du comté du Vermandois et donc du royaume de France. S'agissait-il d'un point faible dans le système de défense de la frontière nord du comté ?

On peut cependant s'étonner, toujours si l'on s'en tient au récit de Trocmé, de l'apparente absence de réaction du comte de Vermandois à cette amputation de son domaine. Indifférence ? Incapacité à réagir ? Il est vrai qu'au cours de l'histoire, même l'abbaye d'Honnecourt fut rattachée tantôt au Cambrésis tantôt à la Picardie, au gré des guerres successives (A. Gabet, o.c.). Plutôt qu'une ligne, la frontière réelle était sans doute une zone aux limites fluctuantes et incertaines et aux terroirs imbriqués. Des études montrent ainsi que les villages d'Honnecourt, Gonnelieu, Banteux ont été des enclaves picardes au sein du Cambrésis, et ceux de Gouzeaucourt et Villers-Plouich des enclaves artésiennes (Platelle, p. 9611), et Honnecourt ne fut définitivement et fermement rattaché au Cambrésis qu'en 1790 (Gabet, 1995, p. 141). Enfin, juridictions civiles et juridictions religieuses ne coïncidaient pas nécessairement...

Entre leur probable installation vers le Xe siècle et leur disparition, supposée vers 1121 d'après Trocmé, les seigneurs d'Épehy n'avaient sans doute pas eu pour seule activité la garde de la frontière, car le rôle au moins théorique de tout féodal était de protéger les paysans qui assuraient la mise en valeur agricole des lieux. C'est en effet autour du Xe siècle que s'amorce dans toute l'Europe occidentale, et malgré la menace persistante des invasions, un renouveau économique marqué par de grands défrichements qui donnent un nouveau visage aux campagnes (Heers, o.c., pp. 118 sq.). Probablement sous l'effet de l'accroissement démographique, on assiste alors au fractionnement de la manse, voire au démembrement de la réserve seigneuriale : ces grands domaines sont alors partagés en tenures plus modestes assurant l'existence d'un plus grand nombre de familles paysannes. Les terroirs des villages se constituent et s'étendent grâce à la progression des défrichements jusqu'à rejoindre finalement ceux des villages voisins ; seuls persisteront, aux limites, quelques bois résiduels ou volontairement conservés. C'est aussi, vers 1050, l'époque d'une évolution sensible de la condition paysanne notamment marquée par l'affranchissement de serfs dont, on le verra, le testament du seigneur d'Épehy porte la trace.

Il faut donc replacer dans un tel contexte le récit de G. Trocmé lorsqu' il écrit : "Après leur victoire, les seigneurs cédèrent aux religieux de l'abbaye de Vaucelles (près de Cambrai) près de 800 hectares de terre, d'un revenu de 30 000 livres, situés dans la partie Nord du terroir d'Épehy". Certes la règle de Cîteaux interdisait aux moines de Vaucelles de percevoir des rentes et services des paysans, mais ils exploitaient eux-mêmes leurs terres avec l'aide de frères converts et de travailleurs salariés12. Le terroir d'Épehy couvrant aujourd'hui une superficie de 1 733 hectares13, les moines auraient donc reçu, par seigneurs interposés, près de la moitié de celui-ci, celle située entre la Chaussée Brunehaut et les territoires d'Honnecourt et de Villers-Guislain. Peut-on leur faire l'injure d'imaginer qu'ils furent à l'origine du complot ?

Un doute survient cependant ici concernant la chronologie proposée par Trocmé : la première pierre de l'abbaye Notre Dame de Vaucelles fut posée en 1132, exactement le 1er août, par Saint Bernard dont ce fut la treizième fondation, et la construction s'est ensuite étalée sur de nombreuses années14. On peut donc penser que la date de la funeste bataille et de la donation qui suivit ne fut pas "vers 1121", mais devrait plutôt être reportée quelques décennies plus tard, peut-être quand l'abbaye cistercienne en expansion était en quête de nouvelles terres, à moins que la généreuse donation des assaillants ne fut pas contemporaine de la bataille comme le laisse supposer le récit de Trocmé, mais ait été plus tardive et daterait plutôt des années de la fondation de l'abbaye ?

Plus loin, l'auteur nous apprend que "le véritable chef de la coalition des seigneurs" était le baron d'Honnecourt, de sorte qu'il bénéficia aussi d'une partie des terres ravies au châtelain d'Épehy. On peut dès alors se demander pourquoi les coalisés firent profiter de leur "générosité" l'abbaye de Vaucelles et non celle d'Honnecourt... mais A. Gabet a montré que l'abbé et le baron d'Honnecourt ont souvent été dans l'histoire un seul et même personnage ! En effet cet auteur, citant la Chronique d'Arras et de Cambrai de Baldéric, rapporte que vers 1070 "l'abbaye d'Honnecourt a été prise en commende par des hommes de guerre et [a été] réduite à un petit nombre de moines" (Gabet, 1995, p.50). Que ces hommes de guerre aient pu alors attaquer le châtelain d'Épehy pour étendre leur domaine n'aurait rien d'étonnant ! Et pourtant, à l'encontre du récit de Trocmé, il semble bien n'exister, selon A. Gabet, "aucun document attestant la confiscation de la seigneurie d'Épehy par les seigneurs d'Honnecourt ou les religieux de Vaucelles"15, et l'on peut fort bien supposer, ajoute t-il, qu'il s'est agi simplement d'un don de la famille de Vermandois aux religieux de Vaucelles.

À moins que, plus tard, lorsque fut fondée l'abbaye de Vaucelles (1132) dans le contexte de la réforme grégorienne dont l'un des objectifs était justement de réduire l'influence des laïcs sur l'Église, les nouveaux abbés d'Honnecourt aient cédé aux moines de Vaucelles une partie de ces terres qui leur avaient été attribuées ?

Toujours est-il que le dénombrement (inventaire) de la châtellenie d'Honnecourt réalisé en 1396 (Gabet, 1995, p. 67) montre que celle-ci possédait encore un fief à Épehy et un autre à Pezières et que, par ailleurs, un seigneur de Lesdain, Guy de Haucourt, propriétaire de terres à Honnecourt en possédait aussi 16 mencaudées vers Pezières (1 mencaudée = 35 à 40 ares) et trois mencaudées "à la hayette d'Espehy". Cette dernière précision est intéressante car elle situe ces terres sur le lieu du lotissement qui constitue à proprement parler Épehy, la haie d'épines originelle. De leur côté, les seigneurs de Villers-Guislain avaient également bénéficié du partage du terroir, car A. Gabet (2006, p.12) signale que le prévôt du seigneur Gautier de Fontaines touche en 1222 des rentes de Pezières et qu'en 1226 et 1228 le seigneur Jean de Villers-Guislain approuve une donation de son prévôt à l'abbaye de Vaucelles portant sur 12 mencaudées et un droit de terrage à Pezières.

Un terroir partagé donc, entre abbayes et seigneurs du nord, sans que l'on en sache vraiment les causes ni les modalités.

2/ Une autre version des faits... l'explication géopolitique

Le document de l'abbé Decagny donne une présentation assez différente de cette affaire, qui autorise une autre interprétation.

La "forteresse assez considérable (qui se trouvait à Épehy) appartenait, dès le XIe siècle aux comtes de Vermandois ; et Sohier Ier, issu de cette famille, s'intitulait surtout châtelain d'Épehy dans son testament de 1080. Mais son père, Eudes Ier, dit l'insensé, s'attira la disgrâce de Herbert IV et de Hugues de France ; et ses enfants furent victimes de sa rebellion, de son ingratitude. Le roi Philippe Ier les dépouilla de leurs biens et de leurs armoiries; et suivant la rigueur des lois féodales, leur château aurait été détruit sans retour avec ses dépendances. Dès lors, il ne fut plus question de cette puissante châtellenie, ni même de la paroisse du village dont la décadence suivit celle des seigneurs...", au point que la vie religieuse des fidèles allait désormais dépendre d'une chapelle attenante à la ferme de Lœuilly relevant de l'église Villers-Faucon.

Selon ce récit, le personnage victime de la spoliation de ses biens n'aurait donc pas été le seigneur Sohier comme l'écrit Trocmé, mais son père Eudes, et Decagny ne fait aucune allusion à une quelconque attaque menée par les seigneurs voisins, mais seulement au châtiment apparemment justifié d'une famille rebelle, exercé par le roi lui-même.

La sévérité de ce châtiment surprend : château rasé, châtelain dépouillé de tous ses biens, ainsi que ses enfants, et Decagny précise que la famille se réfugia ensuite dans le Cambrésis. Cela donne à penser que l'affaire fut sérieuse, au point d'impliquer non pas une coalition de seigneurs voisins, mais le comte de Vermandois Herbert IV, son gendre Hugues Ier le Grand, fils du roi de France, et même jusqu'au roi de France Philippe Ier (1060-1108), frère de Hugues. Manifestement il s'agirait alors de bien plus qu'une affaire de terres convoitées par les voisins, mais bien plutôt d'une affaire d'État et les termes employés par Decagny, sans qu'il les explicite - insensé, rebellion, ingratitude – en apportent la preuve.

L'observation de la généalogie de la maison de Vermandois, comporte en effet des éléments propres à comprendre l'importance de cette affaire et à en accréditer l'hypothèse (Fig. 5).

Le comte de Vermandois Herbert IV (dit aussi Herbert V ou VI, né vers 1028-32), fils de Othon Ier, est devenu titulaire du comté en 1045. Il a épousé en 1060 Alix de Valois (appelée aussi Adèle, Aèlis ou Alix, fille du comte de Valois Raoul, comtesse d'Amiens etc., morte en 1118), qui lui donna plusieurs enfants dont Adelaïde (née vers 1062-65, morte vers 1122-24), et Eudes dit "l'insensé" (1060-1085 selon le site des Sohier16) qui fut, selon ce même site et selon Decagny, père de Sohier le Roux, châtelain d'Épehy, et aussi père de Eudes et de Ébaude...17. A la mort de Herbert IV (vers 1080-81)18, le comté de Vermandois échoit non pas à son fils aîné Eudes (ni à son frère Gérard dont nous ignorons les dates de naissance et de décès), mais à sa sœur puînée Adélaïde, mariée en cette même année 1080, à Hugues Ier le Grand (1057-1102), frère du roi de France Philippe Ier. On peut donc parfaitement interpréter cette succession inhabituelle comme une première ébauche de la stratégie des rois Capétiens visant à étendre leur domaine en mettant la main sur le comté par le jeu des alliances matrimoniales, stratégie qui, on l'a vu, prendra tout son effet plus tard avec le rattachement du Vermandois à la France par Philippe-Auguste en 1214.

Généalogie de Sohier le Roux et des comtes de Vermandois
Fig. 5. Généalogie de Sohier le Roux et des comtes de Vermandois, selon Decagny et Le Carpentier.

Sachant que c'est à partir du règne de Philippe 1er que les rois exigent hommage et fidélité de tous leurs sujets et s'efforcent de définir une hiérarchie basée sur des rapports vassaliques19, on peut dès lors penser que la faute irréparable du seigneur Eudes, qui lui valut d'être déshérité par son père, a bien pu être celle de se rebeller contre cette succession en dénonçant là une manipulation, en revendiquant pour lui-même le comté et en refusant de prêter l'hommage à son suzerain, sa sœur (et, par-delà, au roi lui-même).

Cette explication n'apparaît pas clairement dans le récit de Decagny, mais elle est ouvertement retenue par le généalogiste Le Carpentier (Histoire de Cambrai, 1664)20 de même que sur le site des Sohier et se déduit aisément du testament de Sohier le Roux (voir en Annexe 1 le texte latin de ce testament et la traduction que j'en propose). Cette dévolution du comté aux Capétiens est présentée par Le Carpentier (o.c. p. 1013) et par le site des Sohier, comme une usurpation, mais en adoptant le parti du révolté, celui du seigneur d'Épehy et non celui, en quelque sorte légitimiste, de la royauté comme Decagny (et sans doute Colliette dont il s'inspire) semblait y incliner (rebellion, ingratitude). Eudes l'insensé, appelé dernier comte de Vermandois par le Carpentier, est clairement considéré, de même que son fils Sohier, comme victime d'une usurpation fomentée par les Capétiens : "(...) Philippe Ier, roi de France, qui cherchant tous les moyens possibles pour introduire et affermir Hugues, son frère puîné, dans l'usurpation des biens et États d'Eude, Comte de Vermandois..." oblige Sohier à "quitter les armes (armoiries) de ses Ancêtres Comtes de Vermandois et, en les quittant, [lui commande] d'abolir et ensevelir tant mieux les justes prétentions que pouvaient avoir les enfants du dit Eude sur les États de leur Père".

Un contemporain de Le Carpentier, qui écrit en 1661 mais de façon plus littéraire, présente aussi le même point de vue en affichant clairement sa volonté de réhabiliter la dynastie, dans un ouvrage signé J.C.D.D. et composé pour (et probablement à la demande de) son contemporain Constantin Sohier désireux de faire reconnaître ses origines nobles par l'Empereur21 : "... personne ne niera qu'il n'y a gueres eu de Maison, dont la cheute ait été plus subite, et la connoissance plustost perdue, ou obscurcie, par la disgrace qu'encourut EUDES COMTE DE VERMANDOIS, lequel fut injustement despoüillé de ses Estats par Henry I et Philippes son fils, Roys de France, qui ne laissèrent à ses enfans que bien peu de Seigneuries, de peur que reprenans leurs forces ils ne se soulevassent contre leurs Couronnes, et ne se vangeassent du tort qu'on leur faisoit... Les historiens de ce temps là ou par respect, ou par crainte n'osèrent faire éclater cette usurpation".

Dans ce contexte, l'hypothèse serait que "l'ingratitude" reprochée à Eudes l'insensé ait consisté à ne pas se contenter de la seigneurie d'Épehy, mais de réclamer le comté, et que sa "rebellion" fut celle de refuser de se reconnaître vassal de sa sœur et surtout, par delà, du Capétien Hugues. En quelque sorte ce fut réellement une affaire d'État qu'il importait, pour le comte comme pour le roi, de régler de façon exemplaire. S'il en fut bien ainsi, la date (1080) du testament de Sohier devient alors très significative : elle est celle de la mort du grand-père de son auteur, le comte Herbert IV (1080 ou 1081), et aussi et surtout celle du mariage de sa tante Alix ou Adélaïde et de Hugues le Grand, évènements à la faveur desquels le comté va passer aux Capétiens. Ce document serait, en quelque sorte, par son contenu même, une reconnaissance implicite par Sohier du fait accompli et de sa renonciation à faire valoir les droits sur le comté de son père qu'il aurait pu revendiquer, renonciation nettement confirmée par le passage expliquant que Sohier ne portera plus les armes du Vermandois, mais qu'il a reçu du roi, en compensation, le titre de Chevalier de l'Ordre de l'Étoile (en 1070 selon Le Carpentier). Si on retient donc que Sohier a vécu entre 1025 et 1097, comme mentionné sur le site des Sohier, il aurait rédigé son testament à l'âge de 55 ans, ce qui paraît tout à fait vraisemblable, et il pouvait fort bien, à cet âge, avoir déjà les petits-enfants qui y sont nommés et reçoivent leur part d'héritage.

Sceau de Sohier le RouxParaphe de Sohier le Roux
Fig. 6. Sceau et paraphe de Sohier le Roux, selon J.C.D.D. (1661)

"À cette mesme lettre pend un grand seel représentant un Chevalier armé de toutes pièces, vestu d'une cotte d'armes à l'antique, traversée d'une chaisne d'or au bout de laquelle se void une petite estoile, qui est la véritable marque d'un Chevalier de l'Ordre de l'Estoile, constitué en ce siècle là... Le dit Chevalier tient en une main une escusson chargé d'une Estoile de cinq pointes, & en l'autre une espée, ayant son cheval bardé et caparassoné à l'antique" (pp. 46-47).

Le sceau qui, selon J.C.D.D., était attaché au testament de Sohier (Fig.6) est très semblable à ceux des seigneurs de Villers-Guislain et d'Honnecourt reproduits par A. Gabet (1995, pp. 60-65). Cependant l'effigie du chevalier y est étonnament quasi intacte, faisant clairement apparaître par quatre fois l'étoile à 5 branches (qui, pour les généalogistes du XVIIe siècle, constitue une importante preuve d'authenticité du testament), tandis qu'il ne reste que des bribes des mots permettant d'identifier le personnage. On peut distinguer "S." (pour Sigillum : sceau), puis "ERI" qui peut être interprété comme "SohiERI" (de Sohier), mais aussi bien "WaltERI" (de Gautier), "Caste", sans doute de "CASTEllani" (châtelain), et les trois lettres "PAV" qui peuvent paraître des composantes du mot "DesPAUhi" ou "DesPAUhensis" (d'Épehy), mais aussi bien appartenir à un autre nom de lieu.

3/ Doutes et tentative d'une autre explication...

Cette explication, celle d'un refus de l'hommage, paraît donc très logique et séduisante. Elle est présentée par les auteurs du XVIIe siècle et, après eux, par la tradition Sohier en défense de la dynastie héritière du nom. Pourtant, une analyse critique du testament soulève nombre d'interrogations sur cette version des faits.

D'une part, si, comme l'écrit Decagny, Eudes l'insensé "s'attira la disgrâce de Herbert IV et de Hugues de France ; et ses enfants furent victimes de sa rebellion, de son ingratitude", et que lui-même et ses enfants furent dépouillés de tous leurs biens, on comprend assez mal comment son fils Sohier puisse encore déclarer dans son testament : "Voici pourquoi avant ma mort, moi Sohier, j'ai voulu répartir entre mes fils tous les biens dont Dieu m'a comblé.", et qu'il donne à ses enfants Almaric et Hugues château et terres, et à ses petits-enfants des bijoux familiaux qui sont détaillés. Comment expliquer qu'il soit encore en possession de tous ces biens ?

Sa châtellenie n'avait-elle pas été précédemment détruite et ses terres réparties entre les voisins ? La réponse avancée par des deux auteurs du XVIIe siècle est qu'il ne s'agit plus là que de quelques miettes des richesses que Eudes possédait. G. Deviolaine (1934, XXI, site Sohier) reprend cet argument dans son étude : "Il fut laissé à Eudes quelques seigneuries et terres féodales pour sa subsistance et celle de ses enfants qui, n'ayant plus assez de biens, de forces et de moyens pour se soulever contre les têtes couronnées, furent obligés de faire alliances avec des maisons de moindre marque et extraction".

Une deuxième interrogation porte sur le fait que d'autres généalogies des comtes ne donnent à Eudes l'insensé qu'un seul fils, Eudes II Farin, qui ne semble d'ailleurs pas avoir été déshérité puisqu'il y est appelé "seigneur de Saint-Simon"22. Ici la réponse des deux auteurs est que les historiens et généalogistes ont volontairement effacé toute mention de Sohier : "Les historiens de ce temps là ou par respect, ou par crainte n'osèrent faire éclater cette usurpation".

Mais le problème incontournable et sans réponse reste que ce testament suppose d'admettre que Sohier ait vécu entre 1025 et 1097, comme mentionné sur le site des Sohier. Or la chronologie des dynasties montre que Sohier, s'il est le fils de Eudes dit l'insensé, ne peut être né en 1025 mais au plus tôt vers 1080.

(Pour ne pas alourdir ce texte, j'ai reporté en Annexe 1, outre le texte du testament, sa traduction et son étude, une présentation des questions qu'il soulève et aussi des hypothèses en vue d'une possible explication. Avant de poursuivre la lecture de ce texte, il est préférable de prendre connaisance dès maintenant de cette Annexe.)

Il est d'autre part surprenant de trouver dans d'autres documents la trace de Sohier procédant à des donations bien avant 1080. Ainsi "Sohier, châtelain de Vermandois, donna la terre de Saudemont à son fils cadet, Sohier lui aussi, vers 1060"23 le village de Saudemont se situant à mi-chemin entre Cambrai et Arras. Et, à la même date encore, l'église de Saint-Quentin reçoit cinq manses de terre de Fervacques données par un Sohier le Roux24. Comment se peut-il que très précisément ces deux dispositions du testament de 1080 aient pu être déjà mises en œuvre vingt ans plus tôt, vers 1060 ?

Comme je le propose en conclusion de l'Annexe 1, mon sentiment est que Sohier le Roux serait simplement un seigneur local, sans doute puissant, mais sans lien de parenté crédible avec les comtes de Vermandois, même s'il reste connu par le même surnom germanique de "Victorieux" donné à Pierre, l'un des membres de cette famille ayant vécu au XIe siècle. De toute façon, les seigneurs dits "Victorieux" ont dû être nombreux dans l'histoire, même régionale...

En admettant, comme je le présume, que la liste des fonciers légués par Sohier le Roux constitue la seule partie réellement fiable de ce testament, l'étude de leur localisation peut-elle nous aider dans la recherche de son identité ?

L'abbé Decagny observe que Sohier possédait "en Vermandois, en Cambrésis et en Artois, beaucoup d'autres seigneuries désignées dans ce testament" (o.c. p. 32, note 1) et, selon Le Carpentier cité par Gabet, il était pair du Cambrésis. Les propriétés foncières (plutôt que les seigneuries) énumérées, pour autant que l'on puisse identifier et les localiser, sont en fait assez dispersées. On peut cependant tenter de les regrouper en fonction des trois "pays" (pagus) cités dans le testament : Vermandois, Cambrésis et Artois.

Dans notre zone du Vermandois, on trouve mention de biens sur les lieux suivants : Fervakum considéré comme Fervacques (près de Fonsommes, au N.E. de Saint-Quentin25), Meulanum que J.L. Sohier traduit par Meulan (non identifié dans la région de Péronne, s'agissant d'un don à l'église de cette ville) et qui me semblerait plutôt être Moislain (Mediolanum), le château d'Espauhi (Épehy). On trouve également des terres à Liramonte, vraisemblablement Liéramont.

En Artois, il s'agit de terres (que le testament classe en Vermandois) à Dolavan, traduit Alouane par J.L. Sohier et qui pourrait être Allouagne près de Béthune, à Berticurte que l'on traduit sans hésiter par Bertincourt, à Cuignicurte, non traduit par Sohier, doit être Cagnicourt, entre Arras et Cambrai, à Salicimonte, soit Saudemont, dans la même zone. En Artois d'autres terres encore sont signalées à Buicieriae que J.L. Sohier traduit par La Buissière (au sud de Béthune), mais qui pourrait aussi être Boussières à l'est de Cambrai, et à Harricurte (Héricourt près St. Pol s/ Ternoise) et à Choques (Choques près Béthune). Propriétés auxquelles il faut ajouter la mention imprécise de "ma terre en Artois" donnée à Almaric.

Dans le Cambrésis sont mentionnées des terres à Markonvilla (en Vermandois selon le testament) traduit Marconville (non identifié) par J.L. Sohier, à mon avis plutôt Marquion (N.E. de Cambrai) qui me semble plus vraisemblable que Marcoing, généralement retenu en suivant Le Carpentier, mais dont la forme latine est Marconius (Poulet, o.c., p.43), une exploitation agricole à Fontanae (Les Fontaines, s'agit-il de Fontaine N.D. ?), une autre à Avesnas oberti dont semble bien directement dériver Avesnes-les-Auberts. À la limite du Vermandois mais toujours dans le Cambraisis, le second fils Hugues hérite de terres aux Herijs traduit Deheries par J.L. Sohier (S.E. de Cambrai,), à Seregno (Serain) et Malicurte (Malincourt), tous deux proches de Deheries.

Les Huchijs, traduit Huches par Sohier, restent non identifiés mais le testament les classent en Vermandois, tandis que Berelgijs et Irio (Berelges et Iris selon Sohier, tous deux non identifiés), ainsi que Tilietum (sans doute un Tilloy non précisé) sont classés par le testament "tant en Cambrésis qu'en Artois". Quant à Kesteniers, également non identifié, il semblerait s'agir, d'après le contexte, d'un lieu proche de Buicieriae, donc également en Artois ou en Cambraisis.

On observe donc que, sur les 23 lieux cités, 18 se situent en Artois (11) ou en Cambraisis (7) et seulement 5 en Vermandois. On observe également que ces propriétés se regroupent principalement sur deux zones : l'une au sud-est de Cambrai, à la limite du Vermandois et du Cambraisis, l'autre au nord-ouest de Cambrai, entre Arras et cette ville.

Malgré la dispersion et quelques localisations inconnues, l'impression générale est que la plupart des propriétés foncières de Sohier le Roux se situaient plutôt dans la mouvance du Cambrésis ou de l'Artois, ce qui, à mon avis, suggère que celui-ci serait issu de cette région nord plutôt que du Vermandois. Certes il est le maître d'un château à Épehy, mais c'est encore à la limite du Cambraisis.

En résumé, s'il est hors de doute que la victime de la déchéance prononcée par le comte Herbert IV est bien son fils Eudes, le fait étant signalé dans l'histoire de ces comtes, il me semble nécessaire de bien dissocier les événements que Trocmé et Decagny présentent réunis dans le temps, probablement à tort mais en suivant les généalogistes du XVIIe siècle : déchéance de Eudes, testament de Sohier, destruction de la châtellenie, attribution des terres aux voisins.

Sous réserve de découverte de nouveaux documents, il semble bien que puisse avancer les conclusions suivantes :

1/ il n'est guère possible d'admettre que Eudes dit l'insensé soit le père du seigneur d'Épehy Sohier le Roux. À l'exception du récit de Decagny fondé, semble-il bien, sur la généalogie donnée par les auteurs du XVIIe siècle reprise par Colliette et par le site Sohier, on ne trouve attribué à Eudes, on l'a vu, qu'un seul descendant, Eudes II Farin, seigneur de Saint-Simon26 Les mésaventures de Sohier et sa famille seraient alors sans rapport avec le rattachement du comté de Vermandois au royaume de France.

2/ dans ce cas, la parenté des Sohier avec les comtes de Vermandois et leur origine carolingienne, si elle n'est pas mythique, devrait plutôt être recherchée nettement plus en amont que la génération de Eudes l'insensé. On se heurte là à une difficulté fréquente dans la connaissance de cette époque, celle de plusieurs personnages portant le même nom, dans la mesure où "dans les grandes familles nobles de l'époque, le nom constitue un véritable patrimoine qui est donné sans cesse aux héritiers" (Rouche, o.c., p. 28), ce qui ouvre la porte à toutes les confusions...

3/ le Sohier propriétaire de la châtellenie d'Épehy aurait plutôt pour origine le Cambrésis ou l'Artois, mais non le Vermandois, comme semble l'indiquer la localisation de la plupart de ses possessions. Le fait que son testament ait été signé à Cambrai en est un autre indice. Il aurait bien eu les descendants nommés dans le testament, à qui il aurait légué la châtellenie d'Épehy et les diverses terres mentionnées (pour les bijoux et autres objets, cela me semble nettement moins sûr), et aurait écrit ce testament vers 1060, peu avant sa mort. La destruction de la châtellenie d'Épehy mentionnée par Trocmé, ainsi que le partage des terres auraient pu avoir lieu non pas du vivant de Sohier le Roux (puisqu'il transmet son héritage), mais plutôt à la génération suivante, le seigneur dépouillé étant alors soit Almaric (1040-1133, selon le site Sohier), soit, avec moins de probabilité, Hugues Ier le Magnifique (1040-1111) lequel, selon Decagny, aurait succédé à son frère aîné27. L'attribution à la toute nouvelle abbaye de Vaucelles, fondée en 1132, d'une partie des terres confisquées en devient alors plus vraisemblable.

Un peu plus qu'un simple querelle de châteaux ?

Une fois proposée cette nouvelle interprétation, reste à tenter de comprendre l'évènement rapporté par Trocmé et Decagny, mais dont, curieusement, les auteurs du XVIIe siècle ne soufflent mot, la destruction de la châtellenie d'Épehy et la confiscation de ses terres.

Une première explication consisterait à replacer l'évènement dans le cadre des luttes incessantes qui opposèrent longtemps les comtés du Vermandois et du Cambrésis, luttes notamment évoquées par la célèbre chanson de geste "Raoul de Cambrai" écrite certes au XIIIe siècle, mais relatant des faits antérieurs de quatre siècles nous disent les historiens (M. Rouche, in Trenard, o.c. pp. 26-28).

On sait que l'épopée reprend en réalité deux conflits, l'un de 896, l'autre de 943. Le premier mit aux prises Herbert Ier de Vermandois (840-902) qui défendait son comté contre les ambitions de Raoul de Cambrai, frère du comte Baudouin de Flandre. Le second est celui de la lutte des fils d'Herbert II (+ 943) contre Raoul II qui tentait d'envahir le Vermandois et y perdit la vie. Il n'est pas interdit d'imaginer que la destruction de la châtellenie ait été l'œuvre de l'un ou l'autre Raoul du Cambraisis en expédition contre leur proche voisin du Vermandois. Mais dans ce cas, l'évènement serait nettement antérieur à la période évoquée jusqu'à présent, et en particulier à la fondation de l'abbaye de Vaucelles, ce qui rend peu pertinente cette explication.

On peut encore mettre l'épisode en rapport avec la tentative d'Otton, fils d'Albert de Vermandois, en direction de Cambrai, qui se termina, on l'a vu, par la destruction de la motte féodale qu'il avait édifiée à Vinchy en 979 (M. Rouche, o.c. p.32). Dans la foulée, comte et évêque du Cambraisis pourraient aussi avoir détruit celle d'Épehy, œuvre de la même famille comtale, pour écarter toute autre nouvelle menace, en particulier sur l'abbaye d'Honnecourt ? Comme pour l'explication précédente, l'événement se situe trop tôt dans le temps.

On pourrait dès lors, pour expliquer l'attaque contre Sohier (ou contre son fils), reprendre l'interprétation de Trocmé qui semble n'y voir qu'une expédition guerrière contre un trop riche seigneur dont les voisins convoitent les terres, quittes à remettre une part de leur butin aux moines de l'abbaye de Vaucelles pour se faire pardonner leur forfait... démarche somme toute conforme aux mœurs de l'époque ! Mais l'évènement ne pourrait s'être produit qu'autour de l'année 1132, plus tardivement même que la date de 1121 avancée par cet auteur.

On peut aussi supposer que cette opération ait visé un seigneur trop remuant, voire brigand, établi à Épehy, comme il y en eut tant d'autres dont les documents racontent les méfaits. On sait en effet que les violences seigneuriales étaient monnaie courante, un vice de l'époque, écrit H. Platelle (o.c., p.46), entretenu de multiples façons : "Et tout d'abord par les habitudes de vengeance privée importées par les anciens Germains qui avaient conquis la Gaule. Après un meurtre, les familles se dressaient l'une contre l'autre et la vengeance dégénérait en guerre régionale et en terrorisme... Bien plus redoutables et plus fréquents étaient les désordres provoqués par une chevalerie indisciplinée, insuffisamment encadrée par les liens de l'hommage et du fief. Ces hommes de guerre de tout rang, théoriquement vassaux...., profitaient de la faiblesse du pouvoir (central) pour mener leur jeu personnel. Les plus puissants d'entre-eux se créaient des zones de commandement, se bâtissaient des châteaux, assujettissaient les paysans, et à partir de là essayaient de pousser plus loin leurs avantages. Cela se traduisait par des extorsions de redevances, des vols de bestiaux, des pillages, des incendies et des meurtres".

Ainsi, un seigneur Sohier, possédant déjà de nombreux biens en Cambraisis et en Artois, et ayant étendu son domaine du côté du Vermandois (Épehy, Liéramont...), aurait pu être jugé trop puissant et trop menaçant pour la tranquillité de la région, la sécurité de l'abbaye d'Honnecourt, voire l'autorité du comte de Vermandois. Dès lors, une expédition contre lui pourrait fort bien avoir été montée par ce dernier, soit par les voisins, soit par le comte lui-même, ce qui expliquerait qu'il ne soit pas intervenu en faveur de ce seigneur qui n'était pas son suzerain. Après quoi les religieux de Vaucelles auraient reçu en donation une partie des terres confisquées, ceux d'Honnecourt une autre, de même que ceux de Saint-Quentin relayés par l'église de Villers-Faucon. Voilà qui expliquerait aussi l'absence, constatée par A. Gabet, de tout document "attestant la confiscation de la seigneurie d'Épehy par les seigneurs d'Honnecourt ou les religieux de Vaucelles"28, et l'auteur ajoute : "tout ceci a dû se faire dans la plus grande sérénité, je le pense par un don de la famille de Vermandois à l'abbaye de Vaucelles"...

C'est peut-être aussi dans un tel contexte qu'il faut replacer la donation de quatre manses situées à Épehy, faite en 1059 par le comte Herbert IV au profit de l'église de Vermand (Decagny, o.c., pp. 31-32), ce qui pourrait constituer une indication sur la date de récupération et de destruction de la châtellenie par le comte et correspondrait à la date de décès de Sohier, vers 1059-1060, et à celle des donations de Fervacques et Saudemont. Dans ce cas son fils aîné Almaric n'aurait pas hérité de la châtellenie d'Épehy comme le prévoyait le testament et comme l'écrit Le Carpentier, mais tout au plus de certaines des terres mentionnées telles celles de Liéramont car, si l'on suit Decagny (o.c., pp. 59-60), "les descendants d'Almaric formèrent une famille (à Liéramont), du nom de ce village, qui paraît dès le XIIIe siècle", notamment en l'année 1200.

Quoi qu'il en soit de cette proposition d'explication, elle suppose l'abandon de toute interprétation "géopolitique" de l'évènement pour ramener celui-ci soit à une "simple attaque" de brigandage ou de défense organisé par des voisins ou, à l'inverse et à mon avis plus probablement, à une expédition voulue par le comte, contre un seigneur voisin trop envahissant.

Que la date en soit vers 1060 ou une autre plus tardive (vers 1132), faut-il penser que les terres redistribuées étaient déjà en exploitation, puisqu'elles procuraient à leur propriétaire, selon le récit de G. Trocmé, un revenu de 30 000 livres ? L'ensemble du terroir actuel du village était-il donc déjà largement défriché, et même cette zone tampon si exposée, au nord de la Chaussée Brunehaut ? On verra plus loin que le doute subsiste, mais le texte de l'abbé Decagny29 montre que ces estimations (30 000 livres et 800 hectares) sont reprises de baux datés entre 1742 et 1770, de sorte que l'on n'en peut rien déduire concernant la situation agraire locale en ce milieu du XIe siècle.

(à suivre)

Notes :
1 Hameau du village de Crèvecœur devenu commune de Les Rues des Vignes en 1930. Pour une présentation de cette bataille et de ses conséquences, voir A. Gabet, 2001.
2 L'article cité de Dominique Dusart reprend une carte d'un ouvrage dirigé par Alain Lottin (2002) montrant les itinéraires des raids normands dans le Nord-Pas-de-Calais.
3 La limite actuelle des départements de la Somme, du Nord et de l'Aisne reprend cette frontière historique. À l'est, elle passe entre les villages contigus du Ronssoy (80) et de Lempire (02), son voisin immédiat au nord. Ce dernier toponyme est-il souvenir de la frontière du Saint Empire Romain Germanique, ou même de l'empire de Charles-Quint dont la province des Pays-Bas s'arrêtait aussi là ? La question reste posée...
4 Le présent essai devrait évidemment être complété par des recherches sur place aux archives de la région (Cambrai, Saint-Quentin, Amiens), dans la mesure où elles n'ont pas été détruites durant les différentes guerres, ce que l'on peut craindre car, à propos de l'abbaye d'Honnecourt, A. Gabet note que les archives concernant le Vermandois antérieures à 1559 ont disparu lors des mises à sac de Saint-Quentin de 1557 et 1559.
5 o.c. p.85.
6 Raoul Ier a eu successivement trois épouses : Éléonore de Champagne (ou de Blois) répudiée en 1142, Adelaïde (ou Pétronille) d'Aquitaine (ou de Guyenne) répudiée en 1151, et Laurette (ou Laurence) d'Alsace. Selon les sources, la mère d'Éléonore serait l'une ou l'autre des deux dernières.
7 Source : Site web des Sohier : http://sohier.free.fr/menufr.htm
8 http://pagesperso-orange.fr/royaume.europe/vermandois.htm
9 Communication personnelle. La source utilisée est : Le Carpentier, Histoire de Cambray, 1664.
10 Difficile de savoir si le comte Othon Ier de Vermandois (v. 1000-v.1045) appelé également Eudes Ier, fut bien, comme l'écrit Decagny, le propriétaire-fondateur du domaine de Heudicourt, car bien des personnages de l'histoire régionale portèrent ce nom.
11 In : Louis Trenard, chap. IV.
12 Heers, o.c. p. 113. et 118 sq.
13 Source : http://fr.wikipedia.org. On peut s'étonner de cette mention anachronique en hectares donnée par Trocmé.
14 Source : http://amisdevaucelles.free.fr/histoire/indexhist.htm
15 Communication personnelle.
16 http://sohier.free.fr/genealogiefr.htm
17 Cette généalogie, qui place Sohier dans la descendance directe de Eudes l'insensé, est rapportée par l'abbé Decagny et par A. Gabet, et inspirée par Le Carpentier (1664). D'autres généalogies de ces comtes ne signalent pas, on l'a vu, l'existence d'un Sohier fils de Eudes.
18 1080 est la date à laquelle le comte a octroyé à la ville de Saint-Quentin sa charte communale donnant aux habitants un certain nombre de franchises et libertés. À Cambrai les premières luttes communales ont lieu en 1077.
19 Heers, o.c., p. 97
20 Document obligeamment mis à ma disposition par Arnaud Gabet.
21 Dans l'ouvrage "La véritable origine de la très ancienne et tres illustre Maison des Sohier, avec une table généalogique de sa ligne principale et directe, embellie d'un court récit des Branches qui en sont sorties, depuis six cens ans, ou environ jusques à present. Le tout vérifié par Titres, Chartres, Monumens et Histoires authentiques", éd. A. Leyden, chez François Hecke, 288 p., mis en ligne sur le site des Sohier. L'adresse du livre est la suivante : "A très illustre seigneur Constantin Sohier, libre baron du Saint Empire, seigneur de Warmenhuysen, Crabbendam, Out-Pœlgeest, etc.".
22 Cette ascendance des seigneurs de Saint-Simon est cependant contestée. Voir Ludovic Baillet : Rollot et ses hameaux (http://rollot.baillet.org/).
23 http://www.saudemont.fr/hier_et_aujourd_hui.html
24 http://pagesperso-orange.fr/jean-claude.gallochat/fer/fervaques.htm
25 Il existe cependant une autre Ferme de Fervacques sur le territoire de Villeret, plus près d'Épehy.
26 http://web.genealogie.free.fr/Les_dynasties/Les_dynasties_celebres/Les_dynasties_celebres.htm
27 Alors que, selon la généalogie des Sohier, Hugues serait décédé en 1111, c'est-à-dire avant son frère aîné (1133).
28 Communication personnelle.
29 Note 1, p. 30.

Sources bibliographiques :
Dusart Dominique, 2003 : Réflexions sur les raids normands survenus autour de Cambrai vers la fin du IXe siècle. Revue "Cambrésis terre d'histoire" n° 37, octobre, pp.3-13.
Gabet Arnaud, 1994 : L'abbaye d'Honnecourt du XVIIIe siècle à nos jours. Revue "Cambrésis terre d'histoire" n° 8, janvier, pp.3-19.
Gabet Arnaud, 2006 : Histoire de Villers-Guislain. Ed. Cambrésis, Terre d'Histoire. 208 p.
Parisse Michel, Leuridan Jacqueline, 1994 : Atlas de la France de l'an Mil. État de nos connaissances. Picard. 129 p.
Platelle Henri, 1982 : Les luttes communales et l'organisation municipale. In : Trenard Louis, 1982.
Rouche Michel, 1982 : Cambrai, du comte mérovingien à l'évêque impérial. In : Trenard Louis, 1982.
Trenard Louis (sous la direction de), 1982 : Histoire de Cambrai. Presses universitaires de Lille. Coll. Histoire des villes du Nord / Pas-de-Calais, II. 314 p.


Date de création : 22/07/2009 @ 14h00
Dernière modification : 03/08/2009 @ 13h59
Catégorie : Les origines du village
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par Georges59161 le 26/11/2009 @ 05h06

Me revoilà !!

La suite a été aussi intéressante que la première partie.

Je continue d'abonder ma culture de ce puits de connaissances.

Merci et à bientôt !

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